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Soudan: craintes de la poursuite des exactions à El-Facher

Au total, plus de 65 000 civils ont fui El-Facher, où des dizaines de milliers de personnes sont encore piégées, selon l'ONU. Avant l'assaut final des paramilitaires, la ville comptait environ 260 000 habitants

Cette photo diffusée par les Forces de soutien rapide soudanaises (RSF) le 30 octobre 2025 montre des membres des RSF en train d'arrêter un combattant connu sous le nom d'Abu Lulu (à gauche) à El-Fasher, dans la région du Darfour occidental, déchirée par la guerre.
Cette photo diffusée par les Forces de soutien rapide soudanaises (RSF) le 30 octobre 2025 montre des membres des RSF en train d'arrêter un combattant connu sous le nom d'Abu Lulu (à gauche) à El-Fasher, dans la région du Darfour occidental, déchirée par la guerre.

De nouvelles images satellites et des témoignages de l’ONG Médecins sans frontières (MSF) suggèrent samedi la poursuite des massacres dans la ville soudanaise d’El-Facher, près d’une semaine après sa prise par les paramilitaires.

Alors que les informations sur des violences contre les civils se multiplient, les chefs de la diplomatie allemande et britannique ont alerté sur une situation « absolument apocalyptique » et « véritablement terrifiante » sur le terrain.

Après 18 mois de siège, les paramilitaires des Forces de soutien rapides (FSR) de Mohamed Daglo ont pris dimanche El-Facher, dernière grande ville du Darfour (ouest) qui échappait encore à leur contrôle dans leur guerre contre l’armée du général Abdel Fattah al-Burhane.

Selon le Laboratoire de recherche humanitaire de l’université de Yale, qui analyse des vidéos et images satellites, les dernières images datant de vendredi ne « montrent aucun mouvement à grande échelle » à El-Facher, ce qui suggère que la majorité de sa population est « morte, capturée ou cachée ».

Le laboratoire a identifié au moins 31 groupes d' »objets » correspondant à des corps humains entre lundi et vendredi, dans différents quartiers, sur des sites universitaires et des sites militaires. « Les indices montrant que les massacres se poursuivent sont clairement visibles », conclut-il.

« Tuées, retenues, pourchassées »

MSF a lui aussi dit craindre samedi qu’un « grand nombre de personnes » y soient toujours « en grave danger de mort » et que les civils soient empêchés par les FSR et leurs alliés « d’atteindre des zones plus sûres » comme Tawila.

Des milliers de personnes ont déjà fui El-Facher pour cette ville située à environ 70 km à l’ouest, où MSF s’est préparé à faire face à un afflux massif de déplacés et blessés.

Des survivants ont raconté à l’ONG que des habitants ont été séparés selon leur sexe, âge ou identité ethnique présumée, et que beaucoup sont toujours détenus contre rançon.

Un rescapé a rapporté des « scènes horribles » de prisonniers écrasés par les véhicules de combattants.

« Le nombre de personnes arrivées à Tawila est très faible (…) Où sont toutes les personnes manquantes, qui ont déjà survécu à des mois de famine et de violence à El-Facher? » s’inquiète Michel-Olivier Lacharité, responsable des opérations d’urgence chez MSF.

« D’après ce que disent les patients, la réponse la plus probable, bien qu’effrayante, est qu’elles sont tuées, retenues et pourchassées lorsqu’elles tentent de fuir ».

Au total, plus de 65 000 civils ont fui El-Facher, où des dizaines de milliers de personnes sont encore piégées, selon l’ONU. Avant l’assaut final des paramilitaires, la ville comptait environ 260 000 habitants.

Des combattants des Forces de soutien rapide (RSF) brandissant des armes et célébrant dans les rues d’el-Fasher, dans la région soudanaise du Darfour, dans une capture d’écran d’une vidéo publiée sur Telegram, le 26 octobre 2025. (Crédit : Forces de soutien rapide/AFP)

« Apocalyptique »

Depuis dimanche, plusieurs vidéos sur les réseaux sociaux montrent des hommes en uniforme des FSR y procéder à des exécutions sommaires, les paramilitaires affirmant que plusieurs de ces séquences ont été « fabriquées » par des sites liés à l’armée.

Les paramilitaires ont affirmé jeudi avoir arrêté plusieurs de leurs combattants soupçonnés d’exactions lors de la prise de la ville, et l’ONU a réclamé vendredi des enquêtes « rapides et transparentes » après des « témoignages effroyables » d’atrocités dans cette localité.

S’exprimant en marge d’une conférence à Bahreïn, le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, a qualifié samedi la situation à El-Facher d' »absolument apocalyptique », évoquant comme l’ONU la « pire crise humanitaire du monde ».

« Les FSR se sont publiquement engagés à protéger les civils et devront rendre compte de leurs actions », a-t-il ajouté.

« Les informations qui nous parviennent du Darfour ces derniers jours sont véritablement terrifiantes », a fait écho son homologue britannique, Yvette Cooper, évoquant les « atrocités commises, exécutions de masse, famine et le viol comme arme de guerre ».

Le Soudan est déchiré depuis avril 2023 par une guerre opposant l’armée, qui contrôle le nord et l’est du pays – le gouvernement pro-armée s’étant replié sur Port-Soudan – et les FSR, désormais maîtres de l’ensemble du Darfour, une région vaste comme la France métropolitaine.

Les pourparlers en vue d’une trêve, menés depuis plusieurs mois par un groupe réunissant les Etats-Unis, l’Egypte, les Emirats arabes unis et l’Arabie saoudite, sont dans l’impasse, selon un responsable proche des négociations.

Les FSR ont reçu armes et drones des Emirats arabes unis, selon des rapports de l’ONU, tandis que l’armée bénéficie de l’appui de l’Egypte, de l’Arabie saoudite, de l’Iran et de la Turquie, selon des observateurs. Tous nient toute implication.

Dans un communiqué samedi, le ministère émirati des Affaires étrangères a « rejeté catégoriquement toute allégation de soutien, sous quelque forme que ce soit, à l’un ou l’autre des belligérants » et « condamné les atrocités perpétrées tant par l’Autorité de Port-Soudan que les FSR ».

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