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Tel Aviv : les orthodoxes fustigent l’éventuel fonctionnement du tramway à Shabbat

Merav Michaeli dénonce un système qui piège les citoyens sans voiture ; les politiciens religieux accusent la leader Travailliste de désacraliser la journée juive de repos

Merav Michaeli,, ministre des Transports, se rend à une conférence de presse dans la nouvelle station de tramway Allenby à Tel Aviv, le 23 juin 2022. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)
Merav Michaeli,, ministre des Transports, se rend à une conférence de presse dans la nouvelle station de tramway Allenby à Tel Aviv, le 23 juin 2022. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

La ministre des Transports Merav Michaeli a ordonné à l’entreprise publique chargée de superviser les nouvelles lignes de tramway de Tel Aviv, actuellement en construction, d’examiner un possible fonctionnement à Shabbat, touchant une corde politique très sensible et entraînant un tollé de la part des leaders ultra-orthodoxes.

L’initiative prise par Michaeli, qui dirige le parti Travailliste progressiste, viendrait à l’encontre de normes adoptées depuis longtemps qui interdisent les transports publics lors de la journée juive de repos dans presque toutes les localités à majorité juive. Toutefois, cela fait des années que les résidents de Tel Aviv, un bastion laïc et libéral, se plaignent d’une paralysie hebdomadaire de toutes les activités qui s’apparente, selon eux, à une forme de coercition religieuse.

Michaeli a dit à Mia Likvarnik, qui dirige le Système de transport métropolitain NTA en charge du développement du métro et du tramway à Tel Aviv, d’examiner un modèle de fonctionnement sept jours sur sept au vu des investissements massifs consentis dans le projet. Cette demande ne porte que sur l’étude de la possibilité d’un fonctionnement du tramway à Shabbat sur une base contractuelle et budgétaire.

« Les citoyens méritent de ne plus être assiégés le week-end », a déclaré Michaeli, notant que cette initiative permettrait de laisser les voitures dans les garages et qu’elle mettrait un terme aux restrictions injustes subies par les Israéliens qui souhaitent se déplacer le samedi, mais qui se retrouvent piégés par l’absence de transports publics.

La nouvelle station de tramway Allenby à Tel Aviv, le 23 juin 2022. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

« Aujourd’hui, des Israéliens de plus en plus nombreux ont besoin de transports publics pendant le week-end, ils en veulent, et un grand nombre de ceux qui ne les utiliseront pas a priori sont aussi favorables à cette idée. Il est de notre devoir de le faire », a-t-elle ajouté, appelant le Premier ministre Yair Lapid à soutenir ce plan.

Lapid ne s’est pas encore prononcé sur le sujet – son parti, Yesh Atid, fait campagne en faveur de la fin de l’hégémonie des ultra-orthodoxes sur certaines parties de la vie publique.

En revanche, les politiciens issus des formations religieuses se sont précipités pour condamner le projet, accusant Michaeli d’utiliser le sujet pour rallier de potentiels électeurs.

« La ministre des Transports en échec dans sa mission a décidé de piétiner le Shabbat au sein de l’État d’Israël et de porter préjudice à l’identité juive de l’État dans le cadre de sa campagne électorale », a dit le député issu du parti Sionisme religieux, Bezalel Smotrich, lui-même ancien ministre des Transports.

Le député du Shas, Moshe Arbel, lors d’une conférence sur les catastrophes survenues sur des sites de construction en Israël, le 27 mai 2019. (Crédit : Noam Revkin Fenton/ Flash90/ File)

La formation ultra-orthodoxe Shas a pour sa part déclaré que Michaeli lançait « une campagne électorale cynique » au détriment du caractère sacré du Shabbat.

L’un des députés de la faction, Moshe Arbel, a ajouté que le Shas songeait à déposer une requête contre Michaeli devant la Commission centrale électorale, affirmant qu’elle utilisait des organismes publics pour glaner des votes. Il a rejeté l’idée que les citoyens sans voiture étaient piégés à Shabbat, évoquant « un argument démagogique » et il a noté que les taxis fonctionnaient le samedi.

« Il y a un statu quo et venir changer le statu quo de l’État juif, le seul dans le monde entier, en luttant contre le Shabbat est extrêmement grave », a-t-il commenté auprès de la chaîne de télévision Kan.

Le maire de Tel Aviv Ron Huldai prend la pose lors du lancement des nouveaux bus de la ville qui circuleront pendant Shabbat, dès ce week-end, le 20 novembre 2019. (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)

En 2019, la municipalité de Tel Aviv avait lancé une initiative de transport public à Shabbat, offrant des services de minibus aux habitants de la ville et des environs.

Darkenu, un mouvement issu de la société civile qui œuvre à promouvoir les voix qui, selon lui, sont « modérées » au sein de la société israélienne, a salué la ministre pour « le progrès » qu’elle tente de mettre en place, exprimant l’espoir que « les bonnes décisions seront prises ».

En Israël, les bus et les trains ne circulent généralement pas dans les villes à majorité juive du vendredi soir au samedi avant le crépuscule.

Cette pratique avait été mise en place suite à un accord conclu entre la communauté ultra-orthodoxe et le premier Premier ministre israélien, David Ben-Gurion, avant la formation de l’État.

Après plus d’une décennie de travail et plusieurs retards, la première des trois nouvelles lignes de tramway commencera à circuler au mois d’octobre. La ligne Rouge reliera Bat Yam à Petah Tikva via Tel Aviv-Jaffa, Ramat Gan et Bnei Brak, une banlieue ultra-orthodoxe où même les voitures sont généralement interdites à Shabbat.

L’équipe du Times of Israel a contribué à la rédaction de cet article.

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