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TikTok, une application accusée de promouvoir l’antisémitisme

Le mois dernier, au Canada, un groupe de collégiens a posté une vidéo dans laquelle ils faisaient un salut nazi - un récent exemple d'antisémitisme parmi d'autres sur la plateforme

Logo de l'application TikTok sur l'écran d'un iPhone, à Arlington, en Virginie, le 13 avril 2020. (Crédit : Olivier DOULIERY/AFP)
Logo de l'application TikTok sur l'écran d'un iPhone, à Arlington, en Virginie, le 13 avril 2020. (Crédit : Olivier DOULIERY/AFP)

Le mois dernier, des collégiens de l’École secondaire catholique Algonquin de North Bay, à proximité d’Ontario au Canada, ont été filmés alors qu’ils faisaient un salut nazi, criant « Heil Hitler ». La vidéo a été postée sur TikTok, et le groupe répondait là à un défi lancé sur la même plateforme : celui de promouvoir la haine et la manifestation publique de cette dernière dans les cours d’école.

Suite à la vidéo et à la polémique qu’elle a provoquée dans la région, la direction de l’école a publié un communiqué le 24 septembre. Celui-ci a annoncé que des cours de sensibilisation au racisme et à l’antisémitisme seront donnés, et « divers invités permettront à la communauté scolaire entière le dialogue et la connaissance et pourront ainsi contribuer à la croissance sociale des jeunes et du personnel ».

Le groupe d’élèves devra également effectuer un « geste réparateur tout aussi public que ses actions précédentes ».

« Ils doivent reconnaître leur manquement au discernement, à la citoyenneté numérique et à quel point ils ont porté atteinte au bien-être des membres des communautés en région, voire même au pays », a écrit l’école, dans un communiqué en français.

« L’éducation des jeunes et des adultes est la clé pour enrayer l’intimidation, l’antisémitisme, le racisme, et toute autre forme de discrimination. Nous remercions notre personnel et nos parents de bien vouloir aborder en continu, le sujet de l’équité. La dénonciation de toute forme de préjugé est essentielle pour le bien collectif et le droit de son prochain ainsi que pour assurer une communauté scolaire imprégnée de valeurs, pour contribuer positivement et responsablement à la société que nous voulons pour nos enfants et les prochaines générations. Nous sommes navrés par ce qui s’est passé et ne tolérerons pas de tels comportements à l’école. Nous sommes engagés à augmenter le dialogue et la connaissance dans nos classes et à accompagner nos élèves dans leur cheminement », était-il ajouté.

Selon un rapport intitulé « Répandre la haine sur TikTok » publié en juin 2020 par les chercheurs Gabriel Weimann, professeur de communication à l’Université de Haïfa, et Natalie Masri, assistante de recherche à l’Institut international du contre-terrorisme, la plateforme TikTok, particulièrement populaire chez les jeunes, « accuse un retard significatif en matière de surveillance des contenus » et serait un lieu d’expression privilégié pour l’antisémitisme.

Les chercheurs avaient alors recensé sur le réseau social 196 contenus en rapport avec des thèses d’extrême-droite publiés entre février et mai 2020. 43 de ces contenus comportaient des messages clairement antisémites ou révisionnistes.

Ils avaient également découvert 14 publications de discours d’Hitler, 11 comportant le salut nazi, 17 vidéos encourageant à la violence avec des symboles nazis, telle que la croix gammée, et 26 noms d’utilisateurs comportant le nombre 88 – un code numérique signifiant « Heil Hitler ».

« À la différence des autres réseaux sociaux, les utilisateurs de TikTok sont presque tous de jeunes enfants, beaucoup plus naïfs et crédules face aux contenus malveillants », soulignait l’étude, publiée dans la revue Studies in Conflict & Terrorism.

« Étant en outre la plateforme sociale la plus récente sur le marché, TikTok accuse un retard significatif en matière de surveillance des contenus et de protection de ses utilisateurs », concluait le rapport.

En juillet 2020, une chanson aux paroles clairement antisémites, associée à des contenus reprenant l’idéologie nazie, avait cumulé 6,5 millions de vues sur TikTok avant d’être supprimée. « Nous allons faire un voyage dans un endroit appelé Auschwitz, c’est l’heure de la douche », pouvait-on notamment entendre.

Interrogé par la BBC, Stephen Silverman, directeur des enquêtes et de l’application de la Campagne contre l’antisémitisme, avait expliqué que, selon lui, TikTok était devenu « l’un des vecteurs les plus rapides de transmission de mèmes se moquant de l’Holocauste ».

La Knesset avait alors elle aussi reproché à TikTok son échec contre la propagation de l’antisémitisme.

En mai dernier, une survivante de la Shoah avait subi un déferlement de haine antisémite sur TikTok. Lily Ebert, 97 ans, avait souhaité un bon Shabbat sur le réseau social, essuyant en retour de nombreux messages de haine, dont « Joyeux Holocauste », ainsi que de nombreuses accusations pour les combats alors en cours à Gaza.

Le réseau chinois s’est défendu de faire la promotion de la haine et de l’antisémitisme. « Nous ne tolérons aucun contenu diffusant des discours de haine », a assuré une porte-parole l’année dernière. « Nous améliorons constamment nos technologies et nos politiques pour garantir que TikTok reste un endroit sûr pour une expression créative positive. »

TikTok est l’application mobile la plus téléchargée au monde en 2020, avec 850 millions de téléchargements l’année dernière, devant Facebook et ses messageries.

Basé en Chine, TikTok a gagné en popularité avec ses courtes vidéos d’utilisateurs qui dansent et chantent en play-back, entre autres talents.

Bien que les conditions d’utilisation de la plateforme l’interdisent aux moins de 13 ans, beaucoup de ceux qui apparaissent dans les vidéos sont clairement plus jeunes.

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