Tsahal et la conversion au judaïsme
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Tsahal et la conversion au judaïsme

A l'occasion de Shavouot, une fête étroitement associée à la conversion, le Times of Israel s’est intéressé au remarquable programme Nativ et suit trois des 850 Israéliens qui portent l'uniforme et sont en cours de conversion

Mitch Ginsburg est le correspondant des questions militaires du Times of Israel

Des soldats qui envisagent  une conversion en visite dans un jardin d'enfants à Efrat, pour Hannukah, le 7 novembre 2013 (Crédit : Gershon Elinson /Flash 90)
Des soldats qui envisagent une conversion en visite dans un jardin d'enfants à Efrat, pour Hannukah, le 7 novembre 2013 (Crédit : Gershon Elinson /Flash 90)

Alex Asianov, un parachutiste israélien d’origine russe, est entré dans Gaza l’été dernier avec le reste de son peloton.

Il a trouvé du réconfort dans les étangs de lumière blanche illuminant les kibboutzim placés le long de la frontière mais il ne pouvait pas se débarrasser de la déplaisante idée que s’il mourrait, il serait enterré comme un gentil, dans une partie séparée du cimetière.

Cette idée était nouvelle pour lui. En tant que soldat combattant, il avait pensé à la mort avant, mais n’avait appris que quelques mois plus tôt, par un e-mail de l’armée, que l’Etat d’Israël, pour les questions liées au mariage et à la mort, ne le considérait pas comme un Juif.

Ce n’est que lorsqu’il a ouvert une invitation pour le Programme d’identité juive sioniste pour les soldats immigrants, Nativ en hébreu, qu’il s’est rendu compte que, malgré sa naissance en Israël et les carpes à la juive de son grand-père les vendredi soirs, il y avait un problème avec son judaïsme.

Il est rentré chez lui à Yavne et a parlé à ses parents. Son père est né Juif, mais pas sa mère. Elle s’était convertie, et, dans tous les cas, ils lui ont dit que la famille était juive.

Dérangé, il a évoqué l’idée aux soldats religieux de son peloton et il a été frappé par la simplicité de leur question. Ta mère est-elle juive ? ont-ils demandé. Il a dit que oui : elle a effectué une conversion libérale. Ils lui ont dit que d’un point de vue halakhique, selon l’interprétation orthodoxe de la loi juive, il n’est pas Juif. Fin de l’histoire.

Alors que la vérité a commencé à faire son chemin, il a enlevé l’Etoile de David de sa chaîne en or autour de son cou.

A Gaza, savoir qu’il n’appartenait pas officiellement au peuple juif lui a collé à la peau tout au long de la guerre de 50 jours.

« Je vous dirai la vérité, a-t-il expliqué. Je serai aussi direct que possible. Ce n’était pas drôle du tout. Vraiment pas. Ils parlent tout le temps de l’Etat juif, du fait que nous n’avons pas d’autre Etat, et de pourquoi nous combattons pour l’Etat. Mais tu te dis, bon ok, je ne suis pas juif. »

« Selon le rabbinat, selon le pays entier, je suis une sorte d’athée attardé, et si je prends une balle entre les deux yeux, je serais enterré en dehors du cimetière. C’est triste, ce n’est pas marrant de l’entendre, c’est déstabilisant et j’ai essayé de rejeter ces pensées tout le temps. Elles sont tellement déstabilisantes. Mais je me suis dit, tiens bon, passe ces 50 jours et va au Nativ. »

Premier sergent à l'époque, Alex Asyanov, un parachutiste, à droite; Cpl. Katya, une sous-officière des renseignements militaires, qui n'a pas été autorisée à utiliser son nom complet ou de montrer son visage; et le Sgt. Igor Havkin (Crédit : Unité Netta Asner / porte-parole IDF )
Premier sergent à l’époque, Alex Asyanov, un parachutiste, à droite; Cpl. Katya, sous-officier des renseignements militaires, qui n’a pas été autorisée à utiliser son nom complet et à montrer son visage ; à gauche, le sergent Igor Havkin. (Crédit : Unité Netta Asner / porte-parole IDF )

Nativ est la porte de l’armée vers la conversion. C’est du judaïsme et du sionisme enseigné par des instructeurs civils et de l’armée sur un campus avec de l’herbe, fournissant aux participants de la nourriture raisonnable dans un cadre mixte sur les deniers de l’armée.

Le cours de sept semaines, même si un soldat continue avec le séminaire de conversion qui suit, compte dans le temps de service. En clair, la plupart des soldats savent que s’ils ont la possibilité de suivre le cours, ils feraient mieux de le suivre.

C’est, sous le toit de l’armée, une organisation qui est par définition casher et pratiquant le shabbat, le seul chemin dans la société israélienne qui permette d’éviter l’essentiel des champs de mine entourant la question : qui est Juif ?

Alors que le pays célèbre Shavouot, une fête associée à la conversion où les Juifs lisent l’histoire de la convertie Ruth, le Times of Israel présente les résultats de plusieurs mois de visites à trois soldats qui ont commencé leurs cours de Nativ en 2014. Ils ont évoqué les joies et les difficultés de devenir officiellement juif tout en servant sous l’uniforme.

Dans le même temps, le gouvernement se prépare à faire voter une décision du cabinet de 2014 pour établir des cours de conversion alternatifs – non sponsorisés par le rabbinat en chef mais pourtant orthodoxes. Il s’agit d’une initiative avancée par le parti Yesh Atid mais pas encore inscrite dans la loi.

Le chemin Nativ

Nativ a été fondé en 2001, l’idée originale du général de réserve Elazar Stern qui, en tant qu’officier en chef de l’éducation et directeur des ressources humaines de l’armée de 1999 à 2008, a laissé une empreinte inoubliable sur l’armée.

Il a été le pionnier des voyages organisés par l’armée dans les camps de la mort nazis, il a introduit un lieu de don de moelle osseuse au centre d’intégration de l’armée, et parmi de nombreuses autres initiatives, il a lancé une réécriture des codes de l’éthique de l’armée.

L’idée de proposer un cours de conversion géré par l’armée, a-t-il écrit dans ses mémoires parues en 2012, est venue après qu’un colonel sous son commandement lui a mentionné par hasard que l’armée distribuait 600 Nouveaux Testaments par an aux soldats qui choisissaient de prêter serment avec la bible chrétienne plutôt qu’avec la juive.

« Je n’avais à l’époque, ni même maintenant, aucun problème à fournir le Nouveau Testament aux soldats, a-t-il écrit. Pourtant, la plupart d’entre eux, a-t-il souligné « demandent un Nouveau Testament dans un acte de défiance contre nous qui les traitons comme des gentils, des étrangers », même s’ils se considèrent souvent comme des Juifs.

Le rabbinat militaire, a-t-il souligné, « n’était pas enthousiaste » à l’idée d’établir un cours de conversion dans l’armée. Le général en chef de l’armée n’était pas beaucoup plus convaincu. Mais Stern a insisté. Il a rencontré un groupe de rabbins très orthodoxes mais ouverts à la discussion, y compris Haim Drukman, Tsfania Drori et Shlomo Amar.

Il y avait un besoin important d’offrir des cours de conversion aux soldats dans l’armée, a-t-il ajouté. Le processus de conversion orthodoxe, dans le monde civil, était dirigé par les ultra-orthodoxes. Ils considèrent comme sacro-sainte la notion que les convertis doivent être tout d’abord dissuadés de se convertir et que leur dévotion doit être étroitement éprouvée dans le temps.

Après avoir pris sa retraite de l'armée, Elazar Stern, en tant que député, a poussé à la réforme dans le processus de conversion civile (Crédit : Kobi Gideon / Flash90)
Après avoir pris sa retraite de l’armée, Elazar Stern, en tant que député, a poussé à la réforme du processus de conversion civile. (Crédit : Kobi Gideon / Flash90)

Cette attitude continue et est partiellement responsable du fait que des 349 000 Israéliens qui ont des origines juives mais qui ne sont pas considérés comme juifs, selon les statistiques fournies par le Rabbin Seth Farber of Itim en 2013, seuls 4 843 ont choisi de prendre le chemin de la conversion.

Stern a décrit cela comme un problème national : si le processus de conversion restait aussi strict qu’il l’était et si les candidats à la conversion allaient être rejetés si leur mère, disons, allume la lumière dans la maison pour Shabbat, alors « dans 50 ans, il n’y aura plus d’Etat juif », a-t-il déclaré aux rabbins.

Sa solution : mettre en place dans l’armée un processus de conversion approuvé par le gouvernement. Le premier cours a été lancé en 2001.

Le processus est imparfait. Du point de vue ultra-orthodoxe, il est beaucoup trop clément. Il ne couvre même pas toute une année civile – en fait, il pourrait s’achever dans la période entre la fin de Souccot et le début de Pessah – et l’engagement de chaque converti à respecter les mitsvot n’est pas garanti.

Les Israéliens laïcs sont également indignés. En 2014, Noam Cohen, une soldate récemment démobilisée, a déclaré à la Dixième chaîne avoir été éjectée du processus de conversion militaire parce qu’elle vivait dans un kibboutz.

Et peu importe que son kibboutz Yifat abrite une synagogue, qu’une famille religieuse vit dans la localité, que le père de Noam est un vétéran de la Sayeret Matkal [unité d’élite], que sur une plaque au mur de la synagogue sont gravés les noms de 22 soldats israéliens tombés du kibboutz : le fait qu’elle vive dans un kibboutz laïc fut un motif de disqualification, raconte-t-elle.

Environ 3 000 soldats choisissent de suivre les cours de Nativ chaque année. Les sept premières semaines ressemblent un peu au lycée. Les cours sont dispensés par des enseignants religieux, laïcs, réformés et conservateurs.

Les dortoirs et salles de classe sont occupés par des étudiants du monde entier – les participants s’y réfèrent comme au « Mondial », ou Coupe du monde de football. Et pourtant. Mais la grande majorité sont issus de foyers russophones.

Dans une classe d’histoire, 20 élèves étaient issus de l’ancienne Union soviétique, deux autres des États-Unis, et deux encore étaient juifs, mais admissibles en tant que nouveaux immigrants. L’un d’eux, un diplômé de l’université de New Rochelle, New York, était le plus actif en classe.

D’une académie militaire russe à Beer Sheva

Le sergent Igor Havkin, originaire de Moscou, est arrivé en Israël il y a sept ans. Il a une mâchoire carrée et un cou mince, autour duquel il porte une chaîne ornée d’une épaisse croix d’argent. Il n’est pas considéré comme juif selon les normes de la Loi du retour, qui exige au moins un grand-parent juif.

Assis sur l’herbe du campus de Nativ, il raconte que son arrière-grand-père paternel était le seul Juif de sa famille. Israël lui a pourtant permis d’immigrer pour suivre ses parents, arrivés en Israël en vertu de la Loi du retour de 2001.

« Je suis venu ici et j’ai vécu le choc de ma vie », dit-il. Non seulement la langue était étrangère et la chaleur innommable, mais l’école publique qu’il fréquentait à Beer Sheva, Mekif Heh, était totalement différente de l’académie militaire de Moscou. « Crier sur le professeur, je n’y étais pas habitué. »

Socialement, il se noyait, ridiculisé en raison de la croix qu’il portait et de l’accent dont il ne pouvait se débarrasser. Après son transfert dans une académie de police, où il se sentait traité en égal, il s’est porté volontaire pour trois années entières de service militaire. Son père, son grand-père et son arrière grand-père étaient tous des officiers en Russie, dit-il. « Je ne pouvais pas être la honte de la maison. »

Il a choisi de prêter serment sur un Nouveau Testament et n’a pas prêter sa voix à l’hymne national – qui ne parle que d’ « une âme juive » – ​​lors des cérémonies. Une fois que la convocation à Nativ est arrivée, cependant, il a décidé d’interrompre son travail, pour essayer de « se sentir plus connecté à l’Etat ».

Après avoir passé un week-end avec une famille orthodoxe, il a décrit le Shabbat comme « intéressant » et « différent », mais ayant été élevé dans l’Église orthodoxe russe, il ne donnait pas à sa conversion plus de 50 % de chances. Il l’a comparée à un train « qui arrive chaque heure ». Il n’était pas pressé de le prendre au vol.

La major Lior Tamir, commandant du cours Nativ, familier des options de conversion à l’extérieur de l’armée, décrit plutôt un train qui arrive une fois dans une vie.

Le processus « n’a pas pour but de marquer une différence de l’extérieur, mettre la kippa, prier trois fois par jour », explique-t-il. « C’est un changement interne que vous êtes censé faire. Et vous êtes jugé sur ce changement. Mais quand vous arrivez plus tard, avec une famille, avec une amie, alors ils deviennent partie intégrante de l’ensemble du processus avec vous. »

En d’autres termes, si vous ne vous convertissez pas dans le cadre de l’armée, votre conjoint, si vous en avez un, doit aussi s’engager dans un mode de vie orthodoxe. Si vous avez des enfants, vous devrez les envoyer, non pas seulement en école juive, mais dans une école orthodoxe.

Katya

Soldate du renseignement militaire, Katya n’a été autorisée à me fournir que son prénom. Son père, dont le nom est Eisenstein, est « un Juif dans tous les sens du terme », dit-elle. Sa mère a gardé son nom de jeune fille et l’a transmis à sa fille. Le jeune couple, après avoir fui Krasnodow, en Russie, pour des raisons financières après la chute de l’Union soviétique, a vécu en Ouzbékistan, où sa mère ne voulait pas que son enfant soit facilement identifiée en tant que juive.

Ils arrivèrent en Israël, à la demande de son père, quand la fillette était en école primaire. C’était en février et elle se souvient encore de s’être dépouillée de ses vestes et écharpes et émerveillée de la propreté de sa nouvelle maison, à Dimona. Les palmiers, dit-elle, « étaient magnifiques ».

Son nom ne laissait aucun doute sur sa non-judaïté, dit-elle. Mais elle s’est rapprochée des « enfants du coin », et est rapidement devenue populaire.

Dès qu’elle a été acceptée à son travail dans le renseignement militaire, elle a informé son commandant de son intention de rejoindre Nativ. La conversion avant le service militaire n’est guère possible pour une jeune femme qui veut servir dans l’armée israélienne : le rabbinat civil n’approuve la conversion d’une fille d’âge scolaire qu’à la condition qu’elle signe un document indiquant qu’elle ne servira pas dans l’armée, écrit Stern dans ses mémoires. Il qualifie cette pratique d’ « outrage ».

Katya décrit son expérience spirituelle comme « une sorte de vide ». Ses parents ont essayé « de nous donner le sentiment que nous sommes juifs ». Ils avaient une Menorah et des chandeliers dans la maison. Mais la Menorah n’a jamais été allumée et les bougies n’ont jamais été bénies. Son objectif, dit-elle, fut de combler ce vide.
Elle était toutefois préoccupée par le rôle de la femme dans le judaïsme orthodoxe. En tant que femme, dit-elle, « le judaïsme est extrêmement fermé ».

Une photo du chef de Tsahal Rabbi Brig. Gen. Rafi Peretz, à gauche, avec le rabbin séfarade Yitzhach Yossef le 31 octobre 2013 (Crédit : Yonatan Sindel / flash 90)
Une photo du chef de Tsahal rabbi Brig. Gen. Rafi Peretz, à gauche, avec le rabbin séfarade Yitzhach Yossef, le 31 octobre 2013 (Crédit : Yonatan Sindel / flash 90)

Le rôle de la femme, comme on le lui a expliqué, est très domestique. Eduquer les enfants, les aimer et cuisiner un dîner de Shabbat. Est-ce bien moderne ? se demandait-elle à voix haute. « Non. Mais c’est respectueux. »

Après avoir passé un Shabbat chez une famille orthodoxe, et avoir écouté le chant « Eshet Hayil », la femme valeureuse, elle dit s’être sentie plus pénétrée.

« Quand j’aurai ma propre maison, une maison qui fonctionne comme un foyer juif, j’allierai la modernité et le judaïsme, ce qui suggère que je cuisinerai et que mon mari fera la vaisselle. »

Selon elle, le judaïsme traditionnel peut contenir des éléments machistes, mais il en va de même pour « le reste du monde ».

Les lois de pureté familiale, nécessitant qu’un couple marié évite d’avoir des rapports conjugaux ou même tout contact affectueux pendant environ douze jours par mois, étaient nouvelles pour elle.

Les instructeurs mentionnaient le désir et la façon dont il relie les couples sur le long terme, mais le processus de « distanciation d’une femme » pendant et après la menstruation n’était pas si simple à accepter.

« La logique apaise. Mais quand même. »

Alex

Le premier sergent Alex Asyanov (démobilisé depuis) est né en Israël plusieurs années après l’arrivée de ses parents en provenance de Russie en 1991.

Bien qu’il vivait à Yavne, au sud de Tel-Aviv, il prenait le bus pour Metula, le long de la frontière entre le Liban, trois fois par semaine, pour jouer au hockey. Le formulaire est arrivé par courrier, dit-il, lui offrant un poste qui lui permettait de dormir à la maison et de ne se présenter que quelques heures par jour à une base à proximité, « mais j’ai compris que c’était une perte de temps. Et j’ai senti que c’était égoïste de ma part ».

En tant qu’enfant unique, cependant, il faut le consentement des parents pour servir dans une unité combattante. Le temps de réussir à convaincre sa mère. Il avait manqué le test pour les Commandos de la Marine, mais il a réussi à se présenter à la Brigade Parachutiste, où il a appris qu’il n’était pas considéré comme Juif.

Comme indiqué précédemment, l’avis est arrivé par courrier. Rabbi Amichai Eitam, le directeur de Nativ pour l’Institut mixte d’études juives de l’Agence juive, déclare que sur les 4 500 adolescents admissibles en 2014 – des nouveaux immigrants ou des personnes non considérées comme Juifs par le rabbinat – il y a toujours des « ratages » parmi les quelque 3 000 soldats qui choisissent d’entamer la procédure.

Récemment, une soldate s’est plainte d’avoir été convoquée par accident. Il lui a dit qu’elle était libre d’abandonner, mais que son dossier, transmis à l’armée, déclarait qu’elle n’était pas juive. Elle est rentrée chez elle et a questionné sa mère qui a lui révélé qu’elle était adoptée et n’avait pas été convertie enfant.

Un soldat éthiopien de la brigade de parachutistes, qui a vécu une vie orthodoxe toute sa vie et fréquenté les instituts de formation religieuse, a découvert, une fois appelé à l’entraînement, que ses parents avaient été priés de se convertir à leur arrivée en Israël ; ils ne l’avaient pas fait et ne le lui avaient pas dit.

Asyanov affirme que quand les soldats religieux de son unité lui ont expliqué pourquoi l’Etat ne le considérait pas comme juif, elle a « sentie une pierre dans mon cœur. Tout d’un coup, vous ne faites pas partie de la bande ».

Les soldats qui envisagent  une conversion en visite dans un jardin d'enfants à Efrat pour Hannukah le 7 novembre 2013 (Crédit : Gershon Elinson / flash 90)
Les soldats qui envisagent une conversion en visite dans un jardin d’enfants à Efrat, pour Hannukah, le 7 novembre 2013 (Crédit : Gershon Elinson / flash 90)

Après l’assignation à Nativ, la journée d’orientation initiale est obligatoire. Asyanov affirme que « même s’ils avaient dit qu’ils servent du dragon pour le déjeuner ici, je serais venu ».

Il décrit son premier Shabbat comme « sympa » – telle une rupture avec la technologie, un temps de repos imposé, et une façon d’apprendre à connaître vos enfants, qui sont généralement scotchés « derrière une tablette ».

Sa grand-mère, dit-il, était « sur un petit nuage » suite à sa décision de commencer le cours. Son père, qu’il décrit  comme « un Juif réticent », était largement apathique, et sa mère, qu’il décrit comme « communiste » dans son approche de la religion, n’avait pas d’opinion, ayant depuis longtemps désespéré d’influencer ses choix de vie. « Mais ils comprennent mon approche, parce que je vis ici et que je suis connecté à ce pays. »

La fin de la route

Igor Havkin sert en tant que sergent dans le Corps d’entraînement de Tsrifin, au sud de Tel-Aviv. Il avait terminé le cours de sept semaines, avec plus qu’une affinité pour le sionisme et Israël, mais pas pour le judaïsme.

À la fin du cours, qui comprenait des visites hebdomadaires de sites historiques, les instructeurs ont expliqué aux soldats que ceux qui ont opté pour les séminaires de conversion, qui se tiennent dans le Gush Etzion, en Cisjordanie, emprunteraient une nouvelle voie. Les instructeurs là-bas sont tous orthodoxe et civils ; les convertis potentiels doivent adopter un mode de vie orthodoxe.

Il a acquis « un amour de la terre » et un nouveau groupe d’amis à Nativ, dit-il, mais son but était de se sentir plus connecté à Israël. Adopter un mode de vie juif orthodoxe serait « une sorte de mensonge » et « tout simplement stupide », selon lui.

Katya, après avoir terminé un cours obligatoire de renseignement militaire, ne devait entamer le premier séminaire qu’au début du mois de mai. Pendant ce cours « vivifiant », dit-elle, les mitsvot étaient expliquées, mais pas dictées d’une manière rigide. « Ici, c’est en pleine face. Il n’y a pas de place pour la délibération – c’est oui ou non. »

Les 20 dernières années, elle a respecté les Sept Commandements de Noé. Désormais, elle devait prier trois fois par jour et renoncer à sa tasse de café avec du lait après un déjeuner viande. La plage le samedi devrait appartenir au passé. C’est le prix à payer pour le sentiment d’appartenance, explique-t-elle.

Elle décrit ses parents comme « un peu nerveux », mais encourageants. Le premier séminaire de trois semaines a été un cours accéléré de Halakha, ou Loi juive. Après cela, les soldats devaient retourner à leurs bases et appliquer les lois. S’ils réussissaient à respecter les mitsvot centrales, telles que l’observation du Shabbat et les lois alimentaires, ils étaient acceptés au séminaire final de trois semaines, puis se présentaient devant un panel rabbinique qui décidait de leur sort.

Katya raconte que respecter le Shabbat et les lois alimentaires signifiaient davantage pour elle adopter un nouveau rôle féminin. « Je suis un peu dégoûtée par le fait que les femmes ont moins de mitsvot » – les femmes dans le judaïsme orthodoxe doivent respecter presque toutes les mitsvot « négatives », comme l’interdiction d’idolâtrie, mais presque aucune des mitsvot conditionnées par le temps, comme la prière quotidienne du matin – « et il y a un tel accent sur les enfants et la famille ».

Mais elle restait résolue à mener le processus à terme.

Le député Moshe Gafni le 27 octobre, 2014 exprimant l'opposition des ultra-orthodoxes contre la décision du cabinet d'ouvrir les tribunaux de conversion (Crédit : Yonatan Sindel / flash 90)
Le député Moshe Gafni exprime l’opposition des ultra-orthodoxes à la décision du cabinet d’ouvrir des nouveaux tribunaux de conversion, le 27 octobre 2014. (Crédit : Yonatan Sindel / flash 90)

La dernière fois que j’ai rencontré Alex, c’était au tribunal rabbinique de Jérusalem. Il avait terminé deux séminaires. Il a son propre service d’assiettes casher chez ses parents et a marqué en bleu la vaisselle lait et en rouge la vaisselle viande. Ses amis savent qu’ils ne doivent pas lui téléphoner le samedi et ont déplacé leur soirée de sortie du vendredi soir au jeudi soir.

Certaines choses sont plus difficiles que d’autres. Il trouve que les réponses des instructeurs ressemblaient parfois à celles des parents à des tout-petits. « Pourquoi ? » reçoit plus que de coutume un « Parce que ».

Une petite voix dans la tête lui susurre parfois : Oublie ça. A quoi ça sert ? Quand le moment viendra, marie-toi à Prague, pas par le rabbinat. Il imagine ses amis se régalant de crevettes et pense à quel point il est injuste que lui, né ici, doit faire beaucoup plus pour pouvoir y « appartenir ».

Mais il a connu des moments de plaisir, aussi. Il trouve apaisant, même édifiant, d’enrouler quotidiennement les téfilines autour de son bras. L’instruction sur la meilleure façon d’élever des enfants lui est apparue bonne. Mais au cours de son premier examen devant un jury de trois rabbins, une sorte de test préliminaire où la date finale pour la conversion est fixée, il a admis avoir fumé deux cigarettes le Shabbat.

Pour lui, qui fume un paquet par jour, c’était un succès. Les rabbins ont fixé son prochain examen à trois mois plus tard.

Le 19 mars, alors que le garde à l’extérieur du tribunal rabbinique me congédie, les portes vitrées s’ouvrent sur Asyanov, bondissant.

Il respire vite et ses yeux brillent. « J’ai réussi, mon frère, j’ai réussi, » s’est-t-il exclamé en m’enlaçant.

Non accompagné par des amis ou la famille, me guidant vers l’extérieur pour fumer une cigarette, il raconte que la session devant les trois rabbins « ressemblait à sauter en parachute d’un avion » – un glissement rapide vers la porte ouverte suivie d’un plongeon dans l’inconnu.

Les rabbins lui ont dit que son T-shirt rayé ne faisait pas très orthodoxe, sans plus de précisions, et l’ont interrogé sur les cigarettes le Shabbat. Cette fois il a pu fièrement répondre par la négative. Ils ont fixé la date de son immersion dans un bain rituel au lendemain.

Debout sur le trottoir d’un quartier moitié ultra-orthodoxe, moitié commercial et gouvernemental, il introduit sa main dans sa chemise et sort sa chaîne. Pinçant l’étoile de David entre son pouce et l’index, il dit que c’est un cadeau de ses grands-parents pour sa bar-mitsva. Il l’a portée de 13 à 18 ans, mais l’a retirée lorsque la convocation de Nativ est arrivée.

« Ce matin, c’est la première fois que je la remets. »

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