Tsahal ignorait que les Palestiniens visés à la frontière à Gaza étaient mineurs
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Tsahal ignorait que les Palestiniens visés à la frontière à Gaza étaient mineurs

Après un tollé, les militaires affirment que les adolescents semblaient placer une bombe le long de la clôture de sécurité, ignorant les coups de semonce

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Funérailles de trois adolescents, qui ont été tués dans une attaque aérienne israélienne, enveloppés de drapeaux palestiniens, dans la ville de Deir el-Balah, au centre de la bande de Gaza, le 29 octobre 2018. (Crédit : MAHMUD HAMS / AFP)
Funérailles de trois adolescents, qui ont été tués dans une attaque aérienne israélienne, enveloppés de drapeaux palestiniens, dans la ville de Deir el-Balah, au centre de la bande de Gaza, le 29 octobre 2018. (Crédit : MAHMUD HAMS / AFP)

L’armée israélienne a déclaré mercredi que ses soldats ne savaient pas au moment des faits que les trois Palestiniens visés dans une attaque aérienne alors qu’ils se comportaient de façon suspecte près de la frontière de Gaza étaient mineurs.

L’armée israélienne a déclaré que les adolescents – âgés de 13 à 15 ans – ont été vus en train de saboter la clôture de sécurité entourant l’enclave côtière dimanche soir et de creuser dans le sol, semblant ainsi placer des engins explosifs le long de la frontière.

Selon l’armée, il y a eu des coups de semonce en direction des suspects, mais ils ont été ignorés. Finalement, un avion de Tsahal a ouvert le feu sur eux. Le ministère de la Santé de Gaza, dirigé par le Hamas, a déclaré que leurs corps avaient été retrouvés plusieurs heures plus tard.

« Les soldats de Tsahal ont repéré une bande de trois suspects approchant de la frontière dans la pénombre, dans une position accroupie et suspecte. Ils ont franchi la clôture de barbelés, traversé la zone du périmètre de sécurité renforcée et se sont approchés de la clôture de la frontière en portant un sac. Ils ont été vus en train de saboter la clôture et de creuser dans le sol à côté de celle-ci », a indiqué l’armée.

« Les trois ont agi de la même manière que lors d’incidents antérieurs au cours desquels des terroristes avaient placé des engins explosifs au même endroit au cours des derniers mois », ont déclaré les militaires. « Pour être clair, les forces d’observation n’ont pas établi avec certitude qu’ils étaient mineurs. »

Des manifestants se rassemblent sur la plage alors que d’autres brûlent des pneus près de la clôture de la frontière de la bande de Gaza avec Israël lors d’une manifestation sur la plage près de Beit Lahiya, dans le nord de la bande de Gaza, 29 Octobre, 2018. (Crédit : Adel Hana/AP)

Les familles des adolescents ont soutenu que leurs enfants n’étaient pas impliqués dans des activités terroristes.

Leur mort a rapidement été condamnée par des groupes palestiniens et les Nations unies, qui semblent également avoir reproché aux organisations terroristes de mettre en danger des enfants.

L’armée israélienne a indiqué que les adolescents avaient peut-être été envoyés à la clôture par un groupe terroriste dans la bande de Gaza, mais s’est refusée à l’affirmer de façon explicite.

« Il convient de noter que les organisations terroristes de la bande de Gaza continuent d’exploiter les mineurs de manière cynique et de mettre en danger leur sécurité », a déclaré l’armée.

Lundi, des centaines de Palestiniens ont assisté aux funérailles des trois adolescents.

Les corps des garçons étaient enveloppés de drapeaux palestiniens et portés par des pleureurs qui ont tiré en l’air en scandant « Allahu akbar » [Dieu est [le] plus grand].

Leur mort a failli plonger la région dans de nouvelles violences après un bref échange de tirs au cours du week-end. Les salves de roquettes les plus lourdes depuis des mois en provenance du territoire contrôlé par le Hamas ont amené l’armée israélienne à bombarder 90 cibles dans la bande de Gaza.

Aisha Abu Daher a déclaré que son fils de 13 ans, Abdel-Hamid, n’avait « rien à voir avec la résistance », faisant référence aux groupes terroristes de Gaza. Abdel-Hamid et ses amis ont bu du thé dans l’après-midi et sont montés sur une charrette tirée par un âne, une habitude quotidienne, et ne sont pas rentrés chez eux », a-t-elle raconté.

« Je suis allée à un mariage et, le soir, je me suis inquiétée de ne pas le voir rentrer », a-t-elle déclaré par téléphone à l’Associated Press depuis son domicile dans le centre de la bande de Gaza, à environ un kilomètre de la zone frontalière. « Je ne sais pas pourquoi ils y sont allés ou ce qu’ils y faisaient, mais je suis sûr qu’ils ne faisaient rien de mal. »

Un Palestinien jette des pierres sur des soldats israéliens lors d’une émeute sur la plage près de la frontière maritime avec Israël, à Beit Lahia, dans le nord de la bande de Gaza, le 29 octobre 2018. (Crédit : MAHMUD HAMS / AFP)

Les trois garçons vivaient tous à Wadi al-Salaqa, un village agricole au centre de Gaza, près de la frontière israélienne.

Les habitants ont dit qu’Abu Daher avait abandonné l’école et espérait devenir mécanicien automobile. Son ami Mohammed al-Satari, 15 ans, réparait des vélos pour les enfants du quartier afin de gagner de l’argent pour nourrir les pigeons qu’il élevait sur le toit de la maison de sa famille. Khaled Abu Isied, 14 ans, ramassait de l’herbe et d’autres aliments pour le bétail que sa famille élevait dans leur arrière-cour.

Les résidents ont indiqué que les enfants se rendaient souvent dans la zone frontalière pour y installer des pièges servant à attraper les oiseaux, pour y chercher de la nourriture pour le bétail ou pour s’occuper des cultures.

« Pour eux, c’était normal d’aller là-bas, et c’est pourquoi nous ne nous attendions pas à ce qu’ils soient tués », a expliqué Salwa Abu Isied, la mère de Khaled. Elle a dit ne pas s’être doutée que quelque chose n’allait pas jusqu’à ce qu’elle reçoive un appel téléphonique de l’hôpital lui indiquant que son fils avait été tué.

Les secours ont déclaré avoir récupéré les corps à 200 mètres de la frontière, qui est instable depuis des mois depuis que le groupe terroriste islamiste Hamas y organise des manifestations demandant la fin du blocus israélo-égyptien de Gaza qui dure depuis une dizaine d’années.

Israël accuse le Hamas d’utiliser les manifestations comme couverture pour organiser des infiltrations et des attaques aux frontières. L’Etat juif dit défendre sa frontière et accuse le Hamas d’exploiter de jeunes manifestants.

« Ils étaient là-bas à une heure tardive, et c’est pour cela qu’un avion les a abattus », a expliqué Fatma Abu Isied, la tante de Khaled. « Est-ce quelque chose qui justifie une frappe aérienne ? »

Omar Shakir, directeur de Human Rights Watch en Israël et dans les territoires palestiniens, a déclaré que la mort des garçons constituait une violation des droits de l’homme.

« L’armée ou les États ne peuvent recourir à la force meurtrière qu’en cas de menace imminente pour la vie », a-t-il dit. « Entrer dans une zone réglementée le long de la frontière, ou même y planter des explosifs », ne signifie pas que la vie d’une personne est en danger imminent », a-t-il ajouté.

Le Secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres « déplore » la mort des trois enfants palestiniens, a déclaré un porte-parole.

« Il est tout à fait inacceptable de prendre pour cible des enfants ou de les mettre en danger en les exposant à la violence », a déclaré Stéphane Dujarric. Le secrétaire général « lance un appel à tous pour qu’ils s’abstiennent de tout acte susceptible d’entraîner de nouvelles victimes, et en particulier de toute mesure susceptible de mettre en danger des enfants ».

Des centaines de Palestiniens sont descendus dans la rue dimanche soir, brûlant des pneus et demandant aux activistes de Gaza de tirer des roquettes sur Israël en représailles. Les sit-in ont duré jusqu’à l’aube lundi.

Des milliers de personnes se sont rassemblées lundi sur la plage pour une manifestation dirigée par le Hamas contre le blocus. Plusieurs personnes ont lancé des pierres et des bombes incendiaires sur la clôture près de la plage dans le nord-ouest de Gaza. Le ministère de la Santé de Gaza, dirigé par le Hamas, a déclaré qu’un Palestinien de 27 ans avait été abattu lors de la manifestation.

Des Palestiniens couvrent leurs visages pour se protéger des gaz lacrymogènes lancés parles soldats israéliens durant une émeute su la plage près de la frontières avec Israël, à Beit Lahia, le 29 ocotbre 2018. (Crédit : MAHMUD HAMS / AFP)

Les médiateurs égyptiens s’efforcent de rétablir le calme et espèrent parvenir à la réconciliation nationale entre le Hamas, qui s’est emparé de Gaza par la force en 2007, et l’administration du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, basée en Cisjordanie.

Le Hamas prétend que le blocus doit d’abord être levé et s’est engagé à poursuivre les manifestations hebdomadaires, au cours desquelles plus de 160 Palestiniens ont été tués depuis mars. L’organisation terroriste a reconnu que des dizaines de morts en étaient membres. Un tireur d’élite palestinien a tué un soldat israélien en juillet.

Les manifestations, surnommées « Grande marche du retour », ont surtout consisté à brûler des pneus et à lancer des pierres le long de la clôture de sécurité, mais elles ont aussi été le théâtre d’attaques par balles, d’actes d’attentat à l’explosif et de tentatives d’infiltration par la frontière ainsi que d’envois des ballons ou cerfs-volants incendiaires en Israël.

Israël dit maintenir le blocus pour empêcher le Hamas, qui cherche à détruire Israël, d’importer des armes.

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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