Un ancien chef du FBI met en garde sur le laxisme des lois israéliennes
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Un ancien chef du FBI met en garde sur le laxisme des lois israéliennes

Joseph Campbell, qui a dirigé 6 000 agents, affirme que la fraude par options binaires est liée à la criminalité internationale, et prospère là où les autorités sont faibles

Simona Weinglass est journaliste d'investigation au Times of Israël

Un agent du FBI. Illustration. (Crédit : iStock)
Un agent du FBI. Illustration. (Crédit : iStock)

La fraude aux options binaires est liée à la criminalité internationale organisée, a déclaré un ancien haut fonctionnaire du FBI au Times of Israel, et une partie de l’argent volé aux victimes pourrait financer des activités criminelles telles que la corruption, les trafics d’êtres humains, les trafics d’armes et les terroristes.

S’exprimant depuis son bureau de Washington, Joseph Campbell, ancien directeur-adjoint de la Division des enquêtes criminelles du FBI, qui a supervisé 6 000 agents spéciaux, y compris les opérations du Centre de plainte pour la criminalité sur Internet jusqu’en août 2016, a déclaré que les réseaux criminels transnationaux organisés (les membres de la criminalité transnationale du monde entier travaillant en collaboration) ont été attirés par Israël par « la corruption et le laxisme des forces de l’ordre ».

Il a déclaré que la visite d’une équipe du FBI au cabinet d’options binaires SpotOption en Israël au début du mois indique que le FBI prend la fraude d’options binaires basée en Israël « très au sérieux », et qu’Israël doit renforcer son application de la loi et la réglementation des entreprises pour éviter d’être de plus en plus touché par le crime organisé ainsi que par la corruption dans la sphère politique.

M. Campbell a également déclaré que la visite de l’équipe du FBI en Israël, au cours de laquelle elle a également interrogé le propriétaire de Yukom Communications, Yossi Herzog, n’était pas une mesure prise à la légère, mais une mesure qui aurait été soigneusement préparée à l’avance en coordination avec les autorités israéliennes.

« Lorsque j’étais au FBI, nous avons eu de solides contacts avec le Shin Bet, le Mossad, Tsahal et la police israélienne », a déclaré Campbell. L’enquête a été coordonnée par le département d’État américain et menée conformément aux procédures juridiques israéliennes. Les États-Unis ne pouvaient pas travailler unilatéralement. »

En fait, a dit Campbell, en se basant sur sa connaissance du fonctionnement de l’agence du renseignement, le FBI aurait établi un groupe de travail conjoint avec la police israélienne et mené une longue enquête collaborative afin d’établir une cause vraisemblable pour dépêcher des agents à SpotOption, interroger Herzog et organiser d’autres opérations que les agents mènent en Israël.

Le FBI et les autorités israéliennes travaillent ensemble, a-t-il dit. « Le fait que le FBI ait envoyé une équipe en Israël signifie que les autorités israéliennes et américaines échangent des informations depuis un certain temps, recoupant les informations, analysant les preuves et s’assurant que les règles de procédures sont respectées. »

La rue Jabotinsky de Ramat Gan. Illustration. (Crédit : Simona Weinglass/Times of Israël)

Interrogé sur les déclarations faites dans la presse israélienne par Pini Peter de SpotOption et Herzog de Yukom, dans lesquelles Peter a déclaré que « ce n’était pas une perquisition, ils sont juste venus chercher des documents » (les avocats d’Herzog ont dit que son interrogatoire par le FBI faisait partie d’un processus général de collecte d’informations dans l’industrie des options binaires et ne le ciblait pas spécifiquement), Campbell a répondu : « Ce sont des déclarations d’intérêt personnel. Bien sûr, tout le monde est innocent jusqu’à preuve du contraire, mais les suspects n’ont aucun moyen de connaître l’étendue de l’enquête. »

« D’après mon expérience, si le FBI consacre des fonds, c’est que l’enquête est importante. »

Beaucoup de victimes américaines

Interrogé sur les raisons pour lesquelles le FBI dépense des moyens importants pour enquêter sur la fraude d’options binaires, Campbell a répondu que c’est probablement parce qu’il y a beaucoup de victimes aux États-Unis.

« Je suppose qu’il y a eu beaucoup de plaintes par le biais du Centre de plaintes pour la criminalité sur Internet. Le FBI a regroupé les informations, suivi les pistes, examiné les types de discours utilisés sur différents sites Web et les scénarios utilisés pour escroquer les victimes. Ils ont également suivi les transferts d’argent – qui sont les complices des suspects des options binaires ? L’argent est-il utilisé pour le terrorisme, la traite des êtres humains, les stupéfiants, les armes ? »

Après avoir effectué cette analyse, le FBI a décidé que la lutte contre la fraude d’options binaires serait une priorité.

Joseph Cambpell

Selon Campbell, d’après ses propres recherches, une partie de l’industrie des options binaires est gérée par le crime organisé, tandis que certaines entreprises sont dirigées par des personnes qui ne sont pas liées à des organisations criminelles.

Pour lui, les très grosses sommes d’argent en jeu ont attiré non seulement les criminels locaux, mais aussi le crime organisé international (réseaux de mafias du monde entier travaillant en collaboration) qui s’adonnent au « piratage international » et au blanchiment d’argent. (Le piratage international est une technique de blanchiment d’argent dans laquelle les fonds sales sont divisés en petits montants et déposés sur divers comptes bancaires internationaux.)

Il a déclaré que la deuxième étape de l’enquête du FBI impliquera une recherche mondiale de l’argent volé et la saisie des avoirs des criminels.

« Il y a plusieurs façons de suivre l’argent; nous pouvons voir quels actifs ont été achetés avec l’argent et où ils ont été achetés. Les États-Unis ont conclu des traités internationaux avec de nombreux pays et nous pouvons saisir certains de ces actifs. »

Corruption et laxisme dans l’application de la loi

Lorsqu’on lui a demandé quels groupes du crime organisé profitent des options binaires frauduleuses, Campbell a refusé de citer des détails précis, mais a suggéré de consulter les Panama Papers, où de nombreuses entreprises d’options binaires paraissent, pour se faire une idée des nationalités de certains des bénéficiaires.

A la question de savoir pourquoi les criminels internationaux seraient-ils attirés par Israël, Campbell a déclaré : « Ils repèrent la corruption et le laxisme des forces de l’ordre. Ils sont très malins. Ils identifient les endroits où ils peuvent opérer et où il est peu probable qu’ils soient identifiés. C’est pourquoi vous avez eu beaucoup de piratage venant d’Europe de l’Est et du Nigeria. »

Une escroquerie « 419 » ou escroquerie aux frais anticipés, est un type de fraude où l’auteur offre à la victime une part d’une somme d’argent importante si la victime avance de l’argent dont elle a ostensiblement besoin pour récupérer la somme importante. Le numéro 419 renvoie à la section du code pénal nigérian qui concerne la fraude.

Campbell met en garde que, dans la mesure où la fraude massive reste incontrôlée, les recettes pourraient servir à commettre des crimes encore plus graves.

« Lorsque nous parlons de criminalité internationale organisée, nous parlons d’argent destiné aux régimes non démocratiques, à la traite des êtres humains, au trafic d’armes et au financement du terrorisme. De plus, lorsque cette industrie non réglementée génère beaucoup d’argent, elle mène à la corruption publique. La disponibilité d’argent attire beaucoup de mauvais éléments et cela ronge les gouvernements. »

Campbell a suggéré que si Israël veut éviter de devenir un aimant de plus en plus puissant pour le crime organisé et la corruption, le pays pourrait avoir besoin de mettre en œuvre des réformes.

« Cela peut signifier que vous aurez besoin d’un développement accru de la réglementation en Israël, des droits des consommateurs, ainsi que d’actions civiles intentées contre des individus malhonnêtes. »

Il a cité la Bank Secrecy Act des États-Unis comme étant une loi qu’Israël pourrait adopter, ainsi que des lois anti-corruption.

D’une manière générale, a-t-il dit, Israël devrait exercer un meilleur contrôle sur son secteur économique et se conformer aux normes internationales de lutte contre le blanchiment d’argent, en utilisant les lignes directrices du GAFI, un organisme international de lutte contre le blanchiment d’argent qu’Israël souhaite rejoindre, par exemple. De plus, a dit Campbell, Israël doit s’assurer que ses entreprises de technologie de pointe respectent les règles existantes en matière de lutte contre le blanchiment d’argent.

Interrogé sur ce qui se passerait si Israël ne parvenait pas à combattre la prolifération de fraude qui a engendré le fléau des options binaires, ses retombées et les escroqueries connexes, Campbell a répondu : « Si Israël ne sévit pas, il y aura plus de victimes à travers le monde, et le FBI devra les aider davantage ».

Lorsqu’on lui a demandé s’il pouvait penser à un exemple où un pays touché par le crime organisé et la corruption avaient réussi à inverser la tendance, Campbell a cité l’affaire Petrobas au Brésil, un scandale de corruption massif impliquant des politiciens brésiliens et la compagnie pétrolière nationale du pays, Petrobras.

Le scandale Petrobas a entraîné une énorme corruption qui a détruit l’économie brésilienne. En 2014, le Brésil a adopté une loi sur les entreprises propres. Vous voyez maintenant des procureurs s’en prendre à des individus corrompus. Ce n’est pas parfait, pas immédiat, mais ça doit être un effort national. »

Campbell est persuadé qu’avec les bonnes lois, un bon leadership, l’appui des citoyens et le soutien des personnes aux échelons supérieurs du gouvernement, un pays peut renverser le cours de la criminalité et de la corruption.

« Il faut une volonté collective nationale. Israël en est capable. »

Campbell a dit qu’il aimerait également voir les autorités israéliennes chargées de l’application de la loi, aider à recouvrer les fonds volés aux victimes des options binaires.

C’est triste, ce sont des gens comme vous et moi, des gens honnêtes. Ils ont essayé d’augmenter leurs économies et ont été victimes d’escrocs. Les autorités israéliennes doivent en tenir compte et aider les gens à récupérer leurs économies. »

La loi de la Knesset interdisant les options binaires – qui a été adoptée en octobre après 19 mois de reportage du Times of Israel sur une escroquerie vieille de dix ans dans laquelle des milliers d’Israéliens ont escroqué des milliards de victimes dans le monde entier – est entrée en vigueur ce week-end. A ce jour, cependant, pas un seul agent des options binaires n’a jamais été condamné en Israël.

Même dans les cas où il a été établi que des entreprises ont poussé des victimes à se suicider, les autorités israéliennes n’ont jusqu’à présent rien fait. En outre, la loi interdisant les options binaires a été restreinte, sous la pression de l’industrie elle-même, et dans sa forme finale, n’interdit plus explicitement les escroqueries connexes.

Campbell travaille actuellement pour Navigant Consulting, aidant les cabinets d’avocats à tracer les fonds dans les affaires internationales de blanchiment d’argent et aidant les institutions financières à se conformer aux lois et règlements de lutte contre le blanchiment d’argent et à avertir leurs clients sur les risques.

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