Un auteur quitte son éditeur néerlandais après un contrat avec un partisan du Hezbollah
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Un auteur quitte son éditeur néerlandais après un contrat avec un partisan du Hezbollah

Le célèbre romancier juif Léon de Winter, membre du quatuor qui quittera De Bezige Bij, a qualifié Dyab Abou Jahjah d’antisémite.

L'auteur juif néerlandais et chroniqueur Leon de Winter (Capture d'écran : YouTube)
L'auteur juif néerlandais et chroniqueur Leon de Winter (Capture d'écran : YouTube)

AMSTERDAM — Une maison d’édition néerlandaise qui avait été fondée par des combattants anti-nazis a perdu quelques-uns de ses auteurs les plus célèbres suite à la signature d’un contrat avec un partisan du Hezbollah qui avait accusé Israël de génocide.

Léon de Winter, un auteur juif néerlandais et l’un des romanciers les plus connus aux Pays-Bas, a indiqué qu’il a rejoint les trois autres écrivains ayant quitté la semaine dernière la maison d’édition De Bezige Bij, en partie parce que l’entreprise “manquait d’un chef” mais également en raison de la publication du livre « appel à la radicalisation » de Dyab Abou Jahjah — militant belge né au Liban qui a appelé à des attaques violentes contre les Juifs israéliens.

De Winter a indiqué qu’il considérait qu’Abou Jahjah était antisémite, une accusation rejetée par ce dernier – qui l’année dernière avait qualifié le maire d’Antwerp « d’ordure sioniste » sur Twitter, et qui a fondé un groupe musulman européen qui a publié sur son site Internet une photo d’Anne Frank au lit avec Adolf Hitler ainsi qu’une caricature suggérant que ce sont les Juifs qui ont inventé l’Holocauste.

De Winters a déclaré jeudi à JTA que son départ de De Bezige Bij après trente années “est très douloureux” en raison de l’histoire de l’entreprise pendant la guerre et de son bilan en termes de soutien à ses auteurs.

« Mais lorsque vous ajoutez une vision du monde tel qu’il est perçu par une personne comme Abou Jahjah, vision qui est incompatible avec la mienne, lorsque mon éditeur tente de cacher ces différences ou préfère peut-être Abou Jahjah, alors je dois me mettre en quête d’une nouvelle maison d’édition », a-t-il expliqué.

De Winter est le quatrième grand nom à quitter De Bezige Bij depuis que la maison d’édition a signé avec Abou Jahjah au mois de février.

En juin, l’entreprise avait perdu Jessica Durlacher, une auteure juive reconnue qui est également l’épouse de Winter, ainsi que le romancier primé Tommy Wieringa.

Tous les deux avaient indiqué que l’arrivée d’Abou Jahjah avait été l’un des facteurs menant à leur départ.

L'auteur belge Dyab Abou Jahjah, né au Liban. (Crédit : Wikimedia Commons, Han Soete, CC BY-SA 3.0)
L’auteur belge Dyab Abou Jahjah, né au Liban. (Crédit : Wikimedia Commons, Han Soete, CC BY-SA 3.0)

Durlacher avait déclaré qu’elle ne souhaitait pas partager une plate-forme avec “quelqu’un qui utilise le mot ‘sionistes’ pour décrire des Juifs et qui se qualifie lui-même d’antisioniste radical”, selon Volkscrant (lien en néerlandais).

John Irving, le romancier américain et scénariste primé, a annoncé également, aux côtés de De Winter, qu’il quitterait De Bezige Bij même si la décision prise par Irving ne serait pas motivée par l’arrivée d Abou Jahjah, selon NRC Handelsblad, un quotidien néerlandais.

Le journal Jewish Chronicles of London a dépeint Abou Jahjah — qui avait posé pour une photo muni d’un fusil d’assaut AK-47 dans son Liban natal, un cliché devenu célèbre—d’ancien combattant du Hezbollah.

Après les attentats du 11 septembre à New York, Abou Jahjah avait évoqué un “sentiment de victoire” et avait qualifié Antwerp, qui possède une vaste communauté de Juifs orthodoxes, de “capitale international du lobby sioniste”, selon NRC.

Dans une interview publiée la semaine dernière dans le quotidien néerlandais Volkskrant, Abou Jahjah a défendu son affirmation selon laquelle le drapeau israélien est comparable à celui de l’Allemagne nazie “parce que les deux pays pratiquent un nettoyage ethnique”.

Il a rejeté les accusations d’antisémitisme formulées à l’encontre de ses déclarations présentes et passées et a indiqué que de Winter et Durlacher ne peuvent se réclamer de l’esprit de De Bezige Bij parce qu’ils « soutiennent l’occupation, celle d’Israël ».

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