Un bain rituel datant de l’époque de Jésus découvert sur le site de Gethsémani
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Un bain rituel datant de l’époque de Jésus découvert sur le site de Gethsémani

L'oliveraie, où Jésus avait passé une nuit de souffrance et où il avait été arrêté, n'avait jamais été liée matériellement auparavant à l'ère du Second temple

Amanda Borschel-Dan édite la rubrique « Le Monde Juif »

  • L'archéologue Amit Reem près du bain rituel de Gethsémani sur le mont des Oliviers, à Jérusalem. (Crédit : Yaniv Berman/ Autorité israélienne des antiquités)
    L'archéologue Amit Reem près du bain rituel de Gethsémani sur le mont des Oliviers, à Jérusalem. (Crédit : Yaniv Berman/ Autorité israélienne des antiquités)
  • David Yeger, directeur des fouilles à Gethsémani, à Jérusalem, dans l'église byzantine. (Crédit : Yoli Schwartz/ Autorité israélienne des antiquités)
    David Yeger, directeur des fouilles à Gethsémani, à Jérusalem, dans l'église byzantine. (Crédit : Yoli Schwartz/ Autorité israélienne des antiquités)
  • Les fouilles de l'Autorité israélienne des Antiquités à l'église byzantine. (Crédit : Yoli Schwartz/ Autorité israélienne des antiquités)
    Les fouilles de l'Autorité israélienne des Antiquités à l'église byzantine. (Crédit : Yoli Schwartz/ Autorité israélienne des antiquités)
  • Les fouilles de l'Autorité israélienne des Antiquités dans une église byzantine du 6è siècle à Gethsémani, sur le mont des Oliviers de Jérusalem. (Crédit : Yoli Schwartz/ Autorité israélienne des antiquités)
    Les fouilles de l'Autorité israélienne des Antiquités dans une église byzantine du 6è siècle à Gethsémani, sur le mont des Oliviers de Jérusalem. (Crédit : Yoli Schwartz/ Autorité israélienne des antiquités)
  • Le bain rituel datant du Second temple qui a été découvert pendant des travaux de construction sur un tunnel moderne sous l'Eglise catholique dite de toutes les nations de 1920. (Crédit :  Yaniv Berman, Autorité israélienne des antiquités)
    Le bain rituel datant du Second temple qui a été découvert pendant des travaux de construction sur un tunnel moderne sous l'Eglise catholique dite de toutes les nations de 1920. (Crédit : Yaniv Berman, Autorité israélienne des antiquités)
  • Le bain rituel datant du Second temple qui a été découvert pendant des travaux de construction sur un tunnel moderne sous l'Eglise catholique dite de toutes les nations de 1920. (Crédit :  Yaniv Berman, Autorité israélienne des antiquités)
    Le bain rituel datant du Second temple qui a été découvert pendant des travaux de construction sur un tunnel moderne sous l'Eglise catholique dite de toutes les nations de 1920. (Crédit : Yaniv Berman, Autorité israélienne des antiquités)
  • Le frère Francesco Patton, Custode en terre sainte, près de l'ancien bain rituel. (Crédit : Yoli Schwartz/   Autorité israélienne des antiquités)
    Le frère Francesco Patton, Custode en terre sainte, près de l'ancien bain rituel. (Crédit : Yoli Schwartz/ Autorité israélienne des antiquités)

Un bain rituel datant de l’ère du Second temple qui a été récemment découvert sur le mont des Oliviers à Jérusalem – sur le site, plus exactement, qui serait le Gethsémani évoqué dans le Nouveau Testament – serait, selon les archéologues, la toute première preuve reliant ce lieu de pèlerinage et la période à laquelle Jésus aurait vécu.

Selon les quatre évangiles, c’est à Gethsémani – qui signifie idiomatiquement « pressoir à olive » en hébreu – que Jésus aurait passé une nuit de souffrance après la Cène, une nuit pendant laquelle il aurait accepté sa trahison par Judas et son exécution. C’est là aussi qu’il aurait été arrêté par les gardiens du temple.

« Pour la première fois, nous avons une preuve archéologique qu’il y avait bien quelque chose ici pendant la période du Second Temple, la période où Jésus a vécu », a commenté le chef du district de Jérusalem au sein de l’Autorité israélienne des Antiquités, Amit Reem, dans la journée de lundi.

Si cette découverte n’accrédite pas matériellement le récit des Evangiles, elle indique la possibilité de la présence d’un pressoir à olive sur le site, ce qui semble s’aligner avec le nom donné à l’endroit où, selon le nouveau testament, Jésus avait passé sa dernière nuit avant la crucifixion.

Les bains rituels datant du Second temple n’ont rien de particulièrement inhabituel pour les archéologues : Des dizaines de bains similaires ont été retrouvés sur le terre d’Israël – si ce n’est des centaines, confie Reem au Times of Israel. Mais ce bain rituel, connu également sous le nom de mikvé, est la toute première preuve archéologique retrouvée sur le site traditionnel de Gethsémani, où les chrétiens se rendent en pèlerinage depuis des siècles, et qui permet de faire la connexion entre le lieu et le nouveau testament.

« Ce n’est pas ce mikvé qui nous excite principalement, c’est plutôt l’interprétation qu’on peut en faire, sa signification. Parce que même s’il y a eu des fouilles ici depuis 1919 et au-delà, et qu’il y a eu des découvertes – datant de l’ère byzantine et des croisades entre autres – il faut noter que jamais rien n’avait été trouvé de la période de Jésus. Rien ! Et aujourd’hui, en tant qu’archéologue, je me pose maintenant la question : Y a-t-il des preuves du récit du nouveau testament ? Ou les choses se sont-elles déroulées ailleurs ? », s’interroge Reem.

L’archéologue Amit Reem près du bain rituel de Gethsémani sur le mont des Oliviers, à Jérusalem. (Crédit : Yaniv Berman/ Autorité israélienne des antiquités)

Pendant la période où Jésus se trouvait à Jérusalem, Gethsémani devait être un champ, hors des murs de la ville, rempli d’oliviers.

Selon Reem, il y avait probablement un pressoir sur le site pour fabriquer de l’huile – placé au milieu du champ, même si rien n’a été découvert qui permettrait d’attester de sa présence. Reem ajoute que, sous réserve de confirmation, la découverte du bain rituel hors des murs de la ville – ce qui signifie hors zone résidentielle – laisse penser à un besoin implicite de pureté rituelle dans un contexte agricole.

La plus grande partie des bains rituels datant de cette période avaient été découverts lors de fouilles réalisées sous les habitations de riches individus ; à l’intérieur d’implantations, pour l’usage public ; à proximité des cimetières ou dans les secteurs agricoles où ils étaient utilisés pour purifier rituellement tous ceux qui étaient impliqués dans la production de vin et d’huile d’olive, selon Reem.

Le bain rituel datant du Second temple qui a été découvert pendant des travaux de construction sur un tunnel moderne sous l’Eglise catholique dite de toutes les nations de 1920. (Crédit : Yaniv Berman, Autorité israélienne des antiquités)

« Selon la loi juive, quand vous produisez du vin ou d’huile d’olive, vous devez être purifié », explique l’archéologue. « Il y a donc une forte probabilité qu’à l’époque de Jésus, il y ait eu ici un pressoir à olive ».

Les archéologues ont utilisé le contexte stratigraphique et des comparaisons typologiques pour parvenir à déterminer que le bain rituel datait de la période du Second temple – même si les recherches n’ont pas encore été peer-reviewed ni publiées.

La prochaine étape des recherches, continue Reem, sera de prélever des échantillons de plâtre et de les envoyer à des chercheurs qui tenteront notamment d’identifier, entre autres choses, des particules minuscules de pollen d’olivier.

Le bain rituel datant du Second temple qui a été découvert pendant des travaux de construction sur un tunnel moderne sous l’Eglise catholique dite de toutes les nations de 1920. (Crédit : Yaniv Berman, Autorité israélienne des antiquités)

Si de telles particules sont trouvées, alors le lien avec la production d’huile sera plus établi encore, explique Reem.

Il avertit toutefois que ce genre de test prend du temps et qu’il n’y aura pas de réponses immédiates aux éventuelles interrogations. Ces tests ne pourront pas non plus prouver de manière définitive les croyances des pèlerins qui voient dans le site le lieu biblique de Gethsémani depuis au moins 1 500 ans.

« Ne nous laissons pas emporter », s’exclame Reem. Même avec la présence de ce bain rituel, « il n’y a pas de preuve de la vérité des évangiles ».

Un cadeau de Dieu

L’existence du bain rituel – la toute première preuve issue de la période du Second temple sur le site – a été révélée lors d’un effondrement accidentel survenu pendant la construction d’un tunnel qui doit relier l’Eglise moderne de toutes les nations à la vallée du Kidron. Depuis, l’Autorité israélienne des antiquités et des élèves du Studium Biblicum Franciscanum ont réalisé des fouilles de sauvetage sur le site.

Les fouilles de l’Autorité israélienne des Antiquités dans une église byzantine du 6è siècle à Gethsémani, sur le mont des Oliviers de Jérusalem. (Crédit : Yoli Schwartz/ Autorité israélienne des antiquités)

Des travaux d’excavation ont aussi été entrepris au pied de l’église construite en 1920 dans la vallée de Kidron, où les vestiges d’une église byzantine et d’un monastère datant de l’époque des Croisades ont été retrouvés. Selon un communiqué de presse de l’Autorité israélienne des antiquités, l’église avait été utilisée entre le 6e siècle et le 8e siècle de l’ère commune – ce qui signifie qu’elle accueillait des fidèles après la conquête musulmane.

Sur le sol de l’église, une inscription en grec a été découverte disant : « Pour la mémoire et pour le repos des adorateurs du christ (une croix) au Dieu qui a reçu le sacrifice d’Abraham, accepte l’offrande de tes serviteurs et offre leur la rémission des péchés (une croix) Amen ». Cette inscription a été déchiffrée conjointement par la docteure de l’université Hébraïque Leah Di Segni et le docteur Rosario Pierri, de l’Institut franciscain.

Selon le directeur des fouilles de l’Autorité israélienne des antiquités David Yeger, « il est intéressant de voir que l’église [byzantine] a été utilisée, et peut-être même fondée, à une époque où Jérusalem était placée sous gouvernance musulmane, ce qui montre que les pèlerinages chrétiens, à Jérusalem, ont continué également pendant cette période ».

David Yeger, directeur des fouilles à Gethsémani, à Jérusalem, dans l’église byzantine. (Crédit : Yoli Schwartz/ Autorité israélienne des antiquités)

En ce qui concerne l’église byzantine qui a été découverte, Reem indique qu’il n’y a pas de documentation sur cette église particulière mais qu’il pense que le secteur a pu être, à un moment, un complexe qui avait inclus plusieurs lieux de culte catholiques, chacun évoquant une facette différente de ce qu’avait vécu Jésus à cet endroit particulier.

Le monastère médiéval, ou hospice, comptait plusieurs chambres et il était doté d’un système d’eau « sophistiqué » qui incluait deux citernes de grande taille, décorées par une croix, selon l’AAI. Reem présume qu’il a été probablement détruit par le sultan ayyoubide Saladin, en l’an 1187 après l’ère commune, selon des débris qui ont été trouvés sur le site, ajoutant que des textes racontent que le sultan avait ordonné que les pierres qui provenaient des églises qui avaient été rasées sur le mont des Oliviers soient utilisées pour renforcer les murs de la ville.

Le frère Francesco Patton, Custode en terre sainte, près de l’ancien bain rituel. (Crédit : Yoli Schwartz/ Autorité israélienne des antiquités)

Ces découvertes ont été présentées lundi lors d’une petite conférence à laquelle ont participé le custode en terre sainte – le père Francesco Patton – des archéologues de l’Autorité israélienne des antiquités et des spécialistes du Studium Biblicum Franciscanum, notamment le père Eugenio Alliata, l’archéologue de cette institution académique franciscaine de Jérusalem.

L’église des nations, qui a été construite entre 1919 et 1924, est l’une des multiples propriétés de l’ordre franciscain en terre sainte. Le siège du custode franciscain est adjacent à la nouvelle porte de la Vieille Ville et, depuis 1217, une succession de custodes a supervisé les travaux réalisés par l’ordre en terre sainte, notamment sur les territoires d’Israël, de Palestinienne, en Jordanie, au Liban, en Egypte (une partie), à Chypre et à Rhodes.

Les fouilles de l’Autorité israélienne des Antiquités à l’église byzantine. (Crédit : Yoli Schwartz/ Autorité israélienne des antiquités)

Les membres de l’ordre franciscain ont figuré parmi les premiers archéologues à entreprendre des fouilles en terre sainte et son Terra Sancta Museum, qui a connu une activité continue depuis 1902 dans la Vieille Ville de Jérusalem, a servi de sanctuaire pour les objets archéologiques retrouvés dans des zones ravagées par la guerre – notamment à Palmyre, en Syrie, détruite par l’Etat islamique.

L’ordre affirme que huit oliviers, sur le site, remontent à l’époque de Jésus, ce qui ferait d’eux les plus anciens oliviers du monde.

Le père Francesco Patton, custode en terre sainte, a déclaré dans un communiqué de presse de l’Autorité israélienne des Antiquités que « Gethsémani est l’un des sanctuaires les plus importants en terre sainte parce qu’à cet endroit, la tradition se souvient de la prière confiante de Jésus et de sa trahison, et parce que chaque année, des millions de pèlerins viennent y prier ».

« Même les fouilles les plus récentes effectuées sur le site confirment l’ancienneté de la mémoire et de la tradition chrétiennes qui sont liées à cet endroit, et c’est très important pour nous comme pour la signification spirituelle qui est associée à ces trouvailles archéologiques », a continué Patton.

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