Un député polonais soutient les Juifs contre l’interdiction de l’abattage rituel
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Un député polonais soutient les Juifs contre l’interdiction de l’abattage rituel

En marge d'un vote sur une loi visant à interdire l'abattage casher et halal, le législateur de l'opposition Michal Kaminski affirme que le pays "fait une erreur"

Yaakov Schwartz est le rédacteur adjoint de la section Le monde juif du Times of Israël

Illustration : Viande casher abattue en Pologne et portant le symbole du rabbinat de Varsovie (Crédit :  JTA)
Illustration : Viande casher abattue en Pologne et portant le symbole du rabbinat de Varsovie (Crédit : JTA)

Alors que le Parlement polonais se prépare à voter cette semaine une loi qui pourrait interdire l’abattage rituel dans le pays, un député de l’opposition veut que la communauté juive sache qu’il est de son côté.

« Je pense que mon pays fait une erreur. Je ne comprends pas. Je pense que c’est la chose la plus stupide qu’ils puissent faire », a dit Michal Kaminski de l’Union des démocrates européens (UDE) au Times of Israel.

« Je pense qu’ils ont détruit les très bonnes relations entre les peuples polonais et juifs qui se sont développées depuis l’indépendance polonaise », a-t-il déclaré dans une interview.

La Pologne est actuellement un grand exportateur de viande casher et halal à travers l’Europe, la Turquie et Israël. Une loi semblable a été adoptée au début de 2013, ce qui a entraîné une interruption de tous les abattages d’animaux casher et halal jusqu’à ce que la Cour constitutionnelle annule la loi à la fin de 2014.

« Ces restrictions à l’abattage casher sont en totale contradiction avec le principe de la liberté de religion de l’Union européenne », a déclaré le Rabbin Menachem Margolin, président de l’Association juive européenne (AJE).

« J’appelle le gouvernement polonais à ne pas adopter cette loi honteuse et à prendre en considération le fait que la confiance du peuple juif dans les dirigeants polonais se détériore. Je ne veux pas m’imaginer quelle sera la prochaine étape après avoir voté une loi sur l’Holocauste et mis en place des limites à l’abattage casher dans le pays », a-t-il dit.

Michal Kaminski de l’Union des démocrates européens. (Adrian Grycuk/CC-SA)

L’interdiction éventuelle de l’abattage rituel fait suite au controversé « projet de loi sur l’Holocauste », qui a été ratifiée au début du mois, et qui pourrait apparemment imposer une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à trois ans à « quiconque accuse, publiquement et contre les faits, la nation polonaise ou l’État polonais d’être responsable ou complice des crimes nazis commis par le Troisième Reich allemand », selon la formulation du projet de loi.

A LIRE : Texte intégral de la loi polonaise controversée sur la Shoah

Depuis l’adoption de la loi, les Juifs de Pologne et du monde entier ont fait front commun, et Israël a lancé une série de condamnations rares contre son allié. Les médias polonais ont également fait état d’un nombre croissant de discours antisémites en réponse à la réaction des Juifs contre le projet de loi sur l’Holocauste.

Un journaliste d’une des plus grandes stations de radio polonaises a parlé sur Facebook d’une « guerre contre les Juifs »; la station de télévision d’Etat a tweeté que les Juifs s’opposaient à la loi parce qu’ils voulaient s’emparer des biens polonais (et ensuite s’est excusé auprès de l’ambassadeur israélien); et un ancien prêtre a distribué et vendu des tee-shirts niant la responsabilité d’un pogrom polonais contre les Juifs sous l’occupation allemande.

Pourtant, Kaminski souligne que la loi contre l’abattage rituel, qui a été évoquée à maintes reprises au cours des derniers mois, n’est ni une mesure de représailles à l’opposition du projet de loi sur l’Holocauste, ni une mesure antisémite.

« Je suis profondément opposé à ce gouvernement, a dit Kaminski, mais je crois fermement qu’ils ne sont pas antisémites. Je pense – j’espère – que ce sont des gens bien. »

Une question de droits des animaux, pas de liberté religieuse

Klaudia Klimek de Cracovie, présidente de l’Association socio-culturelle des Juifs de Pologne et chef de cabinet de l’UED, a reconnu que le but premier de la législation n’est pas l’abattage rituel, mais les droits des animaux en général. Elle a dit que la plupart du projet de loi porte sur des questions comme la production de fourrure et la cruauté envers les animaux de compagnie.

Klaudia Klimek dirige la branche de Varsovie de la vaste organisation culturelle juive de Pologne, TSKZ. (Crédit : autorisation)

Le plus important, c’est qu’il devrait y avoir une disposition autorisant l’abattage casher pour les communautés religieuses du pays », a-t-elle dit. « Mais tant que les communautés locales sont en mesure d’’exercer leur liberté de religion, alors si c’’est ce que veut la société polonaise,– si elle veut avoir une façon décente de tuer les animaux, on ne peut pas vraiment dire non. Je veux dire, d’autres pays ont aussi ce genre de lois. »

On ne sait pas non plus si la loi proposée interdirait complètement l’abattage rituel des animaux ou si elle n’affecterait que la production commerciale et l’exportation de viande casher et halal. Le projet de loi a subi plusieurs changements depuis sa présentation en octobre, et il semblerait que les législateurs ne savent toujours pas exactement sur quoi ils voteront la semaine prochaine.

Abattage rituel à l’abattoir de Zaklady Miesne Mokobody près de Varsovie, en 2011. Illustration. (Crédit : autorisation de Zaklady Miesne Mokobody via JTA)

« Nous ne le saurons que la semaine prochaine, lorsque nous aurons reçu le texte officiel du projet de loi, mais pour autant que nous le sachions à l’heure actuelle, il n’y a pas de disposition [autorisant l’abattage rituel] pour la communauté locale », a déclaré Mme Klimek.

Cependant, l’AJE a déclaré dans un communiqué que même si le projet de loi ne ciblait que les grands exportateurs commerciaux de viande tout en permettant à la communauté juive locale de poursuivre l’abattage rituel à plus petite échelle, cela affecterait les communautés juives à travers l’Europe.

Rabbi Menachem Margolin (Crédit : Autorisation de l’European Jewish Association)

Mais en l’autorisant au niveau local, Klimek a déclaré que les communautés juives et musulmanes de Pologne sont suffisamment petites pour ne pas avoir besoin d’usines pour produire suffisamment de viande casher et halal pour nourrir la population polonaise. De même, bien que les prix puissent augmenter si les abattoirs commerciaux sont déplacés ailleurs, cela pourrait ne pas être un désastre pour les Juifs pratiquants sur le continent et pourrait même être une bénédiction nécessaire pour les droits des animaux.

« Quand nous imaginons l’abattage casher, nous pensons au ‘shochet’ [le sacrificateur rituel] devant la vache, en train d’aiguiser son couteau à la perfection, égorgeant en douceur, et l’animal s’endort », a dit Klimek.

« C’est ce que nous croyons », a-t-elle dit. Mais ce n’est pas ce qui se passe dans les abattoirs. Les animaux savent qu’ils vont être tués. Ils s’écoutent parce qu’ils ne sont pas assommés [avant d’être tués], alors ils savent qu’il va se passer quelque chose de grave ».

« Ils sont à l’envers dans ces cages métalliques, et personne ne vérifie si la découpe a été bien faite ou pas, donc si elle n’a pas été bien faite, l’animal s’étouffe parfois à mort plutôt que de saigner. Il ne se passe rien de bien là-bas. »

D’autres pays pourraient « ramasser le couteau »

Alors que les prix de la viande casher en Israël et dans certaines parties de l’Europe pourraient grimper temporairement si l’abattage rituel était interdit en Pologne, un autre pays d’Europe centrale, situé dans une zone similaire, pourrait potentiellement prendre le relais. Lorsqu’il n’y a pas eu de production de viande casher en Pologne de 2013 à 2014, la Lituanie a largement tenté de le remplacer.

Illustration: Un boucher au Carmel Market à Tel Aviv (crédit photo Nicky Kelvin/Flash90)

La France et la Grande-Bretagne comptent parmi les pays qui seraient les plus touchés si la production commerciale de viande cachère cessait temporairement, mais les répercussions n’auraient probablement pas une incidence considérable sur les marchés relativement importants.

Shechita UK, un groupe de défense qui cherche à protéger le droit des Juifs à l’abattage rituel, surveille la situation. Le groupe a limité les commentaires au minimum, car les discussions sur le projet de loi se poursuivent à huis clos.

« Nous avons travaillé en étroite collaboration avec le grand rabbin polonais [Michael] Schudrich et suivons l’évolution de la situation », a déclaré un porte-parole de Shechita UK au Times of Israel.

Pendant ce temps, Klimek suggère que la loi sur l’abattage rituel soit simplement retirée du projet de loi plus vaste sur les droits des animaux et qu’elle fasse l’objet d’un vote indépendant. Elle a dit que cela serait logique parce que l’abattage rituel est une question religieuse et aussi parce que, dans l’état actuel des choses, il est probable que les législateurs se sentent poussés à voter en faveur de l’interdiction de l’abattage rituel simplement parce que cela fait partie d’un ensemble plus vaste de mesures relatives aux droits des animaux.

Elle a ajouté qu’en la séparant des questions ouvertement immorales comme les mauvais traitements infligés aux animaux par les propriétaires d’animaux de compagnie, le projet de loi sur l’abattage rituel pourrait être voté en fonction de ses propres caractéristiques.

« Je pense qu’en votant sur ce sujet en tant que question autonome, les gens pourraient aborder le sujet d’une manière équitable », a dit Mme Klimek. « Ce serait la chose la plus juste pour la communauté juive, les producteurs de viande et les parlementaires. »

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