Un député réclame une enquête sur les liens de l’Iran avec le constructeur des sous-marins israéliens
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Un député réclame une enquête sur les liens de l’Iran avec le constructeur des sous-marins israéliens

Téhéran possède une partie de l’entreprise allemande qui construit les armes top-secrètes d’Israël

Un sous-marin israélien de type Dolphin. Illustration. (Crédit : Moshe Shai/Flash90)
Un sous-marin israélien de type Dolphin. Illustration. (Crédit : Moshe Shai/Flash90)

L’implication présumée de l’Iran dans une entreprise qui construit les sous-marins top-secrets de la marine israélienne demande une enquête minutieuse sur le sujet qui a secoué la politique israélienne ces dernières semaines, a déclaré samedi Ofer Shelah, député de Yesh Atid, un parti qui siège dans l’opposition.

« Argent israélien, bénéfices iraniens », titrait dimanche le quotidien Yediot Aharonot qui rappelle que le Premier ministre Benjamin Netanyahu a été un ardent avocat ces dernières années d’un boycott économique de l’Iran pour forcer ce pays à renoncer à tout programme nucléaire militaire.

Yedioth Ahronoth a révélé vendredi qu’une entreprise appartenant au gouvernement iranien possédait 4,5 % du constructeur naval allemand ThyssenKrupp, qui construit les sous-marins israéliens et fournit d’autres services à la marine de l’Etat juif.

Les sous-marins commandés par Israël à ce groupe, susceptibles d’être équipés avec des missiles nucléaires, sont destinés avant tout à des missions d’espionnage au large des côtes iraniennes ou à des attaques en cas de guerre nucléaire entre les deux pays, selon des experts militaires étrangers.

« Les révélations d’une implication iranienne dans l’entreprise à qui Israël achète ses sous-marins ne font que renforcer le besoin d’une enquête minutieuse sur l’affaire », a déclaré Shelah, qui siège dans la puissante commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset.

David Shimron à Tel Aviv, le 17 février 2015. (Crédit : Ben Kelmer/Flash90)
David Shimron à Tel Aviv, le 17 février 2015. (Crédit : Ben Kelmer/Flash90)

L’information sur la propriété iranienne n’est que le dernier épisode d’un scandale qui a vu le procureur général Avichai Mandelblit ordonner la semaine dernière une enquête policière sur l’avocat personnel du Premier ministre Benjamin Netanyahu, David Shimron.

Shimron aurait utilisé sa proximité avec Netanyahu pour pousser Israël à acheter plusieurs sous-marins à ThyssenKrupp, attribuer à l’entreprise un contrat pour les navires de défense des champs de gaz naturel offshore d’Israël, et lui permettre de construire un chantier naval en Israël. Shimron était le représentant de la compagnie en Israël.

Shelah a déclaré que bien que la décision d’acheter de nouveaux sous-marins était judicieuse, le processus de décision l’entourant était « chaotique » dans sa nature.

« Tout ceci entraîne une perception publique que quelque chose ne va pas. Le conflit d’intérêts de Maître David Shimron mérite une enquête criminelle », a-t-il déclaré depuis Modiin, dans le centre du pays.

D’autre part, un responsable du ministère de la Défense a minimisé l’importance de l’implication iranienne.

« C’est un titre isolé qui change à peine le tableau », a déclaré Amos Gilad, directeur du bureau des affaires militaires et politiques du ministère.

« Je n’étais pas informé de l’implication iranienne. L’Iran ne vend pas de sous-marins à Israël. Son implication est marginale, mais nous devons la vérifier », a-t-il déclaré samedi selon la Dixième chaîne.

Israël a des « accords de confidentialité très stricts » avec ThyssenKrupp, qui permettent à l’entreprise de construire « tout en préservant la sécurité d’Israël », a-t-il déclaré. Il a ajouté qu’il n’y avait pas de débat au sein du ministère de la Défense sur la nécessité des sous-marins, mais seulement sur leur nombre.

Amos Gilad (photo credit: Yossi Zamir/Flash90)
Amos Gilad, directeur du Bureau des affaires politico-militaires du ministère de la Défense. (Crédit : Yossi Zamir/Flash90)

Interrogé par l’AFP, un porte-parole de la Défense a refusé de confirmer ou d’infirmer des informations selon lesquelles les responsables du ministère étaient au courant de la participation de l’Iran dans le groupe allemand. « Si cette participation était connue, c’est une négligence ; s’ils ne savaient pas c’est encore pire, il s’agit d’une double négligence », s’est-il borné à affirmer sous couvert d’anonymat.

L’article de Yedioth révélait que l’investissement iranien dans ThyssenKrupp avait commencé dans les années 1970, pendant que le Shah était au pouvoir. Téhéran avait investi 400 millions de dollars dans l’entreprise allemande, ce qui lui permettait de détenir 24,9 % des parts, qui ont été héritées par le régime islamique après la révolution de 1979. Le quotidien soulignait cependant qu’à cette époque, ThyssenKrupp ne construisait pas les sous-marins israéliens, et se concentrait sur les industries de l’acier, de l’automobile et des ascenseurs.

ThyssenKrupp Marine Systems, le conglomérat actuel, a été créé en 2005 quand ThyssenKrupp a acheté le constructeur naval Howaldtswerke-Deutsche Werft.

Au début des années 2000, l’investissement iranien dans ThyssenKrupp, via l’Iran Foreign Investment Compagny (IFIC), la compagnie publique iranienne qui gère les capitaux investis dans des entreprises étrangères, était si important que le vice-ministre iranien de l’Economie, Mohamad-Mehdi Navab-Motlagh, siégeait au conseil de direction du constructeur.

Selon un article du Financial Times publié en 2004, l’entreprise allemande avait cependant « cédé à la pression américaine » et lui avait retiré son siège.

Les Etats-Unis, alors présidés par George W. Bush, avaient déclaré deux ans plus tôt que l’Iran appartenait à l’ « Axe du Mal », aux côtés de l’Irak et de la Corée du Nord. Selon le Times, qui citait des sources proches de l’entreprise, le gouvernement américain « avait dit au conglomérat allemand qu’il serait mis sur liste noire s’il renouvelait le poste » de Navab-Motlagh.

Environ au même moment, selon le journal, « ThyssenKrupp avait été obligé de payer une somme très excessive à l’IFIC pour réduire sa participation à moins de 5 %. »

L'INS Rahav, le plus récent sous-marin d'Israël, partant du port allemand de Kiel vers Haïfa, où il est arrivé en janvier 2016, le 17 décembre 2015. (Crédit : unité des porte-paroles de l'armée israélienne)
L’INS Rahav, le plus récent sous-marin d’Israël, partant du port allemand de Kiel vers Haïfa, où il est arrivé en janvier 2016, le 17 décembre 2015. (Crédit : unité des porte-paroles de l’armée israélienne)

Dans son article, Yedioth a cité un entretien accordé en 2016 par le Dr Farhad Zargari, qui est actuellement le directeur général de l’IFIC, dans lequel il confirme l’investissement dans ThyssenKrupp.

« Nous possédons des parts dans des entreprises importantes comme British Petroleum, ThyssenKrupp, Siemens, Adidas, et beaucoup d’autres grandes marques », avait déclaré Zargari au site internet Business Year, qui se présente comme « firme de recherche et éditeur de ressources économiques annuelles sur les économies nationales. »

Haaretz a annoncé vendredi que Téhéran aurait pu obtenir environ 100 millions de dollars de profits pendant la dernière décennie des parts qu’il possède dans l’entreprise.

Le quotidien a examiné les documents financiers de ThyssenKrupp, et conclu que pendant la dernière décennie, la compagnie avait distribué environ deux milliards d’euros de dividendes à ses actionnaires. Avec 4,5 % des actions de l’entreprise, les Iraniens auraient reçu environ 90 millions d’euros de ThyssenKrupp ces dix dernières années.

Le responsable du ministère de la Défense a fait le même commentaire que pour les sous-marins à propos d’une information parue dimanche dans Yediot Aharonot. Le quotidien affirme que six frégates commandées en 2015 par Israël à ThyssenKrupp sont construites à Abou Dhabi dans un chantier naval appartenant à des investisseurs émiratis et libanais, alors qu’Israël et le Liban sont toujours officiellement en état de guerre.

Ces corvettes ont été commandées pour protéger les plateformes gazières israéliennes en Méditerranée.

Selon le journal, le ministère de la Défense assure que seules leurs structures extérieures sont construites à Abou Dhabi, tandis que les systèmes d’équipement seront installés en Israël.

L’AFP a contribué à cet article.

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