Un deuxième hôpital refuse de nourrir de force un prisonnier palestinien
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Un deuxième hôpital refuse de nourrir de force un prisonnier palestinien

Alors que les dirigeants israéliens envoient le gréviste de la faim de docteurs en docteurs, ils font face à un refus de ne pas respecter sa volonté

Maazouze, la mère de Mohammed Allaan, un prisonnier palestinien avait fait une grève de la faim à long terme, porte un portrait de son fils lors d'un rassemblement appelant à sa libération dans la ville israélienne de Beer Sheva, le 9 août 2015 (Crédit photo: Ahmad Gharabli / AFP)
Maazouze, la mère de Mohammed Allaan, un prisonnier palestinien avait fait une grève de la faim à long terme, porte un portrait de son fils lors d'un rassemblement appelant à sa libération dans la ville israélienne de Beer Sheva, le 9 août 2015 (Crédit photo: Ahmad Gharabli / AFP)

Le directeur d’un hôpital d’Ashkelon a déclaré lundi qu’il ne nourrirait pas de force un prisonnier palestinien gréviste de la faim tant que sa vie n’était pas directement en danger.

Mohammed Allaan, qui est détenu sans procès pour son implication présumée avec le Jihad Islamique, a été transféré lundi au Centre médical Barzilai à Ashkelon après que des docteurs à l’hôpital Beer Sheva aient refusé de le nourrir de force.

Les dirigeants israéliens espéraient que l’hôpital Ashkelon serait d’accord pour réaliser la pratique controversée à la suite de l’adoption par le Knesset le 30 juillet d’une nouvelle loi la légalisant. Ynet a annoncé que le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait personnellement fait pression pour que le transfert ait lieu.

Alors que le directeur de Barzilai, le Dr Heri Levy avait initiallement indiqué une apparente volonté de forcer Allaan à manger, il avait ensuite précisé qu’il n’envisageait pas de le faire à moins qu’il y ait une détérioration subtantielle de sa condition physique.

« Nourrir de force est une mesure drastique qui est incompatible avec l’éthique médicale », a-t-il exprimé dans une déclaration. « Tout traitement réalisé sans le consentement du patient est réservé pour un affaiblissement de sa condition médicale ou un besoin urgent de sauver sa vie ».

Allaan est en grève de la faim depuis plus de 50 jours, en protestation contre sa détention sans procès. Des officiels de Barzilai ont déclaré que sa vie n’était pas en danger immédiat.

Plus tôt dans la journée, Levy a déclaré qu’Allaan avait été transféré du Centre médical Soroka vers Barzilai pour « créer un climat de traitement différent », qui ouvre la voie à un changement d’état d’esprit du patient et qu’il accepte différentes options de traitement.

Il a déclaré que si la condition d’Allaan « se détériore davantage et met sa vie en danger, nous prendrons toutes les mesures nécessaires, y compris l’infusion intraveneuse, et aussi si nécessaire la nourriture ».

Le député de la Liste (Arabe) Unie Admad Tibi, qui s’oppose à la nutrition forcée d’Allaan, a déclaré que Levy lui avait dit que l’hôpital ne forcerait pas le prisonnier à se nourrir ou à le traiter sans sa permission.

Le député de la Liste (Arabe) Unie Basel Ghattas a averti Barzilai qu’il se transformerait en « Guantanamo israélien où la torture est autorisée », s’il permettait la nourriture de force, a déclaré la Deuxième chaîne.

Ghattas a ajouté que l’hôpital serait sujet à des sanctions et de boycotts par des organisations de santé et de droits de l’homme s’il décidait de nourrir de force Allaan.

L’ancien ministre palestinien des Affaires des prisonniers Issa Karaka a déclaré à la radio de l’Armée que nourrir de force Allaan serait une « torture terroriste » et a averti que son corps était trop faible pour supporter une intervention de force.

Des docteurs du centre médical Soroka de Beer Sheva ont refusé de traiter Allaan sans son autorisation. « Même si le comité d’éthique de l’hôpital a approuvé une décision de prélever un échantillon de sang du prisonnier contre sa volonté, des docteurs ont finalement décidé de respecter sa position et refuseront de pratiquer les tests nécessaires tant qu’il n’est pas prêt à accepter le traitement », pouvait-on lire dans une déclaration de l’hôpital.

Allaan est détenu sans charge depuis novembre, et a été placé en soins intensifs lorsqu’il n’a plus été capable d’absorber de l’eau. Lui, avec environ 120 prisonniers supplémentaires, protestant contre les conditions de leur incarcération comme leur traitement qui reçoivent des autorités pénitentiaires.

Mais plus de 100 prisonniers ont temporairement arrêté leur grève de la faim pour quinze jours après que les autorités pénitentaires aient partiellement accepté une liste de leurs demandes, a déclaré un officiel de l’Autorité palestinienne dimanche.

Le Service de Prison d’Israël a accepté de renvoyer 107 prisonniers à la prison de Nafha dans le sud d’Israël après qu’ils aient été transférés vers différentes prisons comme une mesure punitive, a déclaré Qadura Fared, l’actuel ministre des prisonniers, à Haaretz.

Vendredi, le Comité International de la Croix rouge a déclaré qu’Allaan était « dans un danger immédiat » de mort. L’avocat d’Allaan, Jamil al-Khatib, a déclaré que son client continuerait la grève même si on le force à manger.

Si elle est pratiquée, l’alimentation forcée serait le premier exemple de la pratique en Israël de la nouvelle loi, une décision critiquée par des officiels en Cisjordanie.

Des officiels des Nations unies ont fustigé la nouvelle politique d’Israël de nutrition forcée des grévistes de la faim en danger de mort, qualifiant la loi « d’une source de préoccupation pour ceux qui travaillent à la protection du droit à la santé des Palestiniens dans le territoire palestinien occupé ».

Des manifestations pacitiques comme les grèves de la faim par des prisonniers palestiniens sont « un droit humain fondamental », a déclaré l’officiel.

Citant « la détention prolongée [de prisonniers] sur ordres administratifs sans charges », les officiels ont décrit les grèves de la faim comme « une forme non violente de protestation employée par des individus qui ont épuisé d’autres forces de protestation pour souligner la grande difficulté de leurs situations ».

Israël détient des centaines de prisonniers palestiniens de sécurité sans procès pour des périodes renouvelables à l’infini. La semaine dernière, Israël a élargi la politique pour inclure aussi des prisonniers israéliens de sécurité.

Israël affirme que les détenus, qui ont recours à un appel devant la Haute Cour de Justice mais n’ont pas de procès criminels avant d’être détenus indéfiniment, sont impliqués dans des activités terroristes.

Israël explique que les prisonniers continueraient leurs activités si les forces de sécurité étaient contraintes de présenter le nivau de preuve demandé par les prodédures d’une cour criminelle pour obtenir des condemnations.

L’équipe du Times of Israel a contribué à ce rapport.

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