Un éminent docteur aux antécédents de violences suspecté d’avoir tué sa femme
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Un éminent docteur aux antécédents de violences suspecté d’avoir tué sa femme

Giora Praff, qui a participé à plusieurs missions humanitaires, aurait agressé sa deuxième épouse quand elle a demandé le divorce et a été condamné pour violences aux Etats-Unis

Docteur Giora Praff durant une interview sur la Première chaîne, en 2012. (Crédit : capture d'écran YouTube)
Docteur Giora Praff durant une interview sur la Première chaîne, en 2012. (Crédit : capture d'écran YouTube)

L’homme suspecté d’avoir tué sa femme lundi, a été identifié. Il s’agit de Giora Praff, 65 ans, un médecin dans l’humanitaire connu pour avoir pris part à plusieurs missions à l’international et premier Israélien membre de la Croix-Rouge.

Praff, dont l’épouse Esti Ahronovitz, a été retrouvée morte à leur domicile dimanche, est très estimé en Israël et aux Etats-Unis, entre autres pays, mais a également un côté sombre et a été accusé de violence domestique, de voyeurisme, de harcèlement et d’agression.

En 1993, il a plaidé coupable d’avoir frappé sa première femme Heidi Praff, selon les registres publics du Maryland. Ahronovitz était la troisième épouse de Praff.

Ahronovitz, 70 ans, a succombé dimanche soir à une blessure par balle dans son appartement de la communauté de Talmei Eliyahu, dans la région d’Eshkol, au sud du pays

Elle laisse derrière elle quatre enfants et neuf petits-enfants. Elle était professeur de musique à l’école primaire. Elle a été enterrée lundi au cours d’une cérémonie privée.

Praff a été interpellé quand sa voiture s’est renversée, quelques heures après que le corps de son épouse a été découvert et que la police était à sa recherche. Il a été hospitalisé dans un état modéré, a fait savoir le centré médical Soroka, à Beer Sheva, lundi.

Le tribunal a prolongé de quatre jours la détention de Praff lundi soir.

Esti Ahronovitz, tuée le 3 novembre 2019. son mari est suspect de son meurtre. (Crédit : Facebook)

Si Praff était principalement connu et vénéré comme un médecin humanitaire chevronné qui a pratiqué dans de nombreux pays, sa seconde épouse avait confié au site Ynet qu’il la suivait et la harcelait après leur séparation.

« Il a un côté charmant et un côté tordu », avait dit la femme, identifiée comme Nirit, et résidente des Etats-Unis. « J’ai parlé une fois à Esti et je lui avais dit que je pensais qu’il y avait un problème, mais elle ne voulait pas écouter. Elle était amoureuse de lui. Il a un certain charisme. Il excelle dans tout ce qu’il fait. Personne n’a jamais cru ce que j’ai dit à son sujet, ils disaient que j’inventais des choses parce qu’il est intelligent et que c’est un génie. »

« Je suis simplement sous le choc, j’ai vécu avec un meurtrier », a déclaré Nirit, qui était mariée à Praff pendant 13 ans. « Je ne suis pas complètement surprise. Cet homme m’a fait beaucoup souffrir. »

Nirit est une ancienne journaliste. Elle a raconté avoir rencontré Praff pour une interview aux Etats-Unis, où il était venu opérer une femme atteinte d’une tumeur au cerveau. « Je suis tombée sous son charme. Il était intelligent et éduqué, drôle et gentil. Il avait un très bon contact avec mes enfants et m’avait dit que sa [première] femme ne le laissait pas voir ses enfants. Plus tard, j’ai appris qu’un mandat d’arrêt avait été émis contre lui aux Etats-Unis parce qu’il ne payait pas de pension alimentaire. Si j’avais su, je ne l’aurais pas épousée en 1996. »

Nirit a déclaré que lorsqu’elle lui a dit qu’elle souhaitait divorcer, il est devenu violent, et ce même après leur séparation. « Ça n’a pris fin que lorsque j’ai contacté la police », a-t-elle dit. « Il m’appelait en pleine nuit et tentait d’entrer chez moi. Il venait devant chez moi et me suivait quand j’allais nager le matin. Il faisait tout pour me rendre la vie impossible. A de nombreuses reprises, j’ai eu peur et on m’a conseillé d’obtenir une injonction d’éloignement. »

A la mort du père de Nirit, Praff est venu lui rendre visite pendant la période de Shiva, a-t-elle raconté, et l’a agressée, la plaquant au mur en tentant de l’embrassant. « Il ne m’a lâchée que quand j’ai crié », a-t-elle dit.

Il a également envoyé des lettres à ses enfants et à ses amis pour leur dire que j’étais « une personne horrible, leur dire dire des choses atroces ».

Le harcèlement n’a cessé que lorsqu’il a rencontré Esti, a dit Nirit.

L’avocat de Praff, Tsiki Feldman, a déploré la publication des allégations contre Praff, qu’il a décrit comme « injustes », avant d’ajouter que « mon client n’est aucunement en mesure de s’expliquer. Il est actuellement sous sédatifs et relié à un respirateur. Tant que je ne lui ai pas parlé, je n’ai rien à dire. »

Un internaute qui utilisait le nom de Praff en 2014 a écrit sur un forum de médiation et de gestion de conflit : « je pense que le divorce devrait être illégal en Israël et réservé à des cas extrêmes. Une famille sainte et stable est l’élément clé d’une société saine et productive. »

Dans une interview en 2012, Praff avait dit : « A la maison, tout ne va pas toujours bien. On n’arrive pas toujours à être un bon père et on n’arrive pas toujours à être un bon mari. La famille demande certaines choses que l’on ne peut pas toujours donner. L’un de mes fils me rappelle toujours qu’il avait eu besoin de moi et que j’étais dans un quelconque endroit reculé. Ce n’est pas toujours facile. Ce n’est pas toujours facile. Donner est ce qui me fait me sentir vivant. »

Praff était secouriste dans les Corps blindés de Tsahal et a pris part à la guerre de Kippour en 1973 et à la Première guerre du Liban en 1982.

Il a étudié au sein de la Croix-Rouge en Suisse et est devenu expert sur les questions humanitaires en zones de guerre et en zones sinistrées.

Au fil des ans, il a travaillé à John Hopkins et à Sinai Baltimore aux Etats-Unis, où il était professeur. Il a été médecin pendant 10 ans dans une réserve amérindienne dans le Dakota du nord et le Dakota du sud, et a participé à une mission de secourisme complexe en Alaska par des températures extrêmes.

Il a également été médecin et chef de clinique en Guinée équatoriale et a été personnellement distingué par le roi et la reine du Cambodge pour avoir dirigé une délégation médicale pendant la guerre civile. Il a dirigé des délégations similaires en Arménie, en Géorgie, au Vietnam, en Thaïlande et en Birmanie.

Cet apparent homicide survient alors que les militants continuent de réclamer des mesures pour endiguer la violence domestique et les violences faites aux femmes.

Hagit Farr, présidente de l’organisation de défense des droits des femmes Naamat, a déclaré à la Treizième chaîne que le gouvernement préférait dépenser de l’argent pour les élections et la défense plutôt que pour la protection des femmes.

« Des femmes se font tuer et le gouvernement israélien reste silencieux. Les budgets des deux élections sont très généreux, mais le budget pour un plan d’urgence pour combattre les violences faites aux femmes ? Inexistant. Le cabinet s’est réuni pendant quatre heures pour débattre de la menace émanant de Gaza. Le gouvernement consacrera-t-il une telle réunion d’urgence pour les menaces internes ? », a-t-elle demandé.

Le décès de cette femme porte à 13 le nombre de féminicides, commis par des proches ou des connaissances en Israël cette année, selon les chiffres communiqués par Ynet.

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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