Un homme transgenre juif a donné naissance et embrasse la vie de père célibataire
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Daugherty a grandi orthodoxe à Saint Louis, a étudié à Tel Aviv et vit maintenant à Denver

Un homme transgenre juif a donné naissance et embrasse la vie de père célibataire

“Je ne pensais pas que Dieu faisait des erreurs et j’ai toujours voulu être mère”, a déclaré Rafi Daugherty

Rafi Daugherty et sa fille Ettie (Crédit : Kathryn Mathis)
Rafi Daugherty et sa fille Ettie (Crédit : Kathryn Mathis)

Quand Rafi Daugherty de Denver est allé à l’hôpital pour la naissance de son premier enfant, il a posé une pancarte sur la porte de la salle de travail.

« Je suis un homme célibataire transgenre ayant mon premier bébé », était-il écrit. « J’utilise les pronoms masculins et serai appelé ‘Aba’ [papa en hébreu]. Papa, Dad, Daddy, Père… sont aussi bien. »

Rafi, 33 ans, voulait que le personnel hospitalier soit préparé à ce qu’ils allaient voir : un homme en travail.

« Je ne voulais pas qu’ils supposent que je m’identifiais en tant que femme parce que j’avais un bébé », a-t-il déclaré.

Après huit heures de travail, Rafi tenait sa fille de 3,46 kilogrammes : Ettie Rose, nommée d’après la grand-mère et l’arrière grand-mère maternelle de Rafi, selon la tradition juive.

Depuis qu’il a ramené Ettie de l’hôpital, les jours de Rafi ont été remplis par des biberons fréquents – incapable d’allaiter, il donne à sa fille du lait maternel de donneuses – des changements de couches et des promenades en poussette dans son quartier de Denver.

Âgée de presque cinq mois, Ettie est une enfant épanouie avec une impressionnante collection de peluches hippocampes.

« Nous avons beaucoup de jouets en forme d’hippocampes, pour des raisons évidentes », a déclaré Rafi à JTA.

C’est évident, s’il se trouve que vous savez que les hippocampes mâles portent et donnent naissance à leur progéniture.

Rafi et sa fille, Ettie, à sa nomination en octobre 2015. (Crédit : Amy Ashford)
Rafi et sa fille, Ettie, à sa nomination en octobre 2015. (Crédit : Amy Ashford)

La grossesse masculine a d’abord fait les gros titres en 2007, quand Thomas Beatie, un homme transgenre, est tombé enceinte – et a dévoilé son histoire, posant pour des magazines et faisant une apparition dans « Oprah » [émission télévisée très célèbre aux Etats-Unis, animée par Oprah Winfrey]. A ce moment, il n’y avait quasiment aucune ressource pour les hommes transgenres enceintes. (« Je n’avais rien, les organisations que j’ai jointes n’avaient rien », a déclaré Beatie à JTA.)

Cela change doucement grâce à la recherche naissante, ainsi que grâce à l’émergence de groupes fermés sur les réseaux sociaux dévoués à la naissance et la nourriture de l’enfant par les hommes transgenres.

De plus, le droit des personnes transgenres et l’intégration forment une part croissante du discours public – et juif.

Ceci est du en partie à la récente transition de la médaillée d’or olympique et star de la téléréalité Caitlyn Jenner, autrefois connue sous le nom de Bruce, et l’importance des caractères transgenres dans des séries à succès comme « Transparent », dont la protagoniste est une femme transgenre juive, et « Orange is the new black ».

En novembre, l’union du judaïsme réformé a adopté une résolution affirmant son engagement à l’égalité totale des transgenres et des personnes ne se conformant pas aux genres.

Les séminaires vedettes réformistes, conservateurs et reconstructionnistes accueillent des étudiants transgenres, et le mouvement réformiste du collège de l’union hébraïque – institut juif de la religion et le collège rabbinique reconstructionniste ont ordonné des rabbins transgenres.

Rafi, qui a grandi dans un milieu orthodoxe, a déclaré qu’il avait été chaleureusement accueilli par la communauté juive progressive du Colorado. Un minyan indépendant a organisé des repas pour Rafi, et une grande synagogue conservatrice a accueilli la nomination d’Ettie, une cérémonie juive d’accueil.

« J’ai rêvé d’être parent depuis que je suis un petit enfant », a-t-il déclaré à la cérémonie en octobre. « C’est quelque chose qui fait partie de moi depuis aussi longtemps que je m’en souvienne. Je me souviens de balader mes poupées et de rêver du jour où elles seraient vraies, et pas justes du tissu et du plastique. »

Le jour aurait pu venir plus tôt, a-t-il expliqué, mais il a senti qu’il devait être « l’humain le plus authentique et le plus comblé que je puisse être avant d’élever des enfants ». Pour Rafi, cela impliquait de faire la transition de femme à homme, quelque chose qui a longtemps semblé hors de question, étant donné son éducation religieuse.

En grandissant, Rafi allait à l’école haredi orthodoxe Bais Yaakov à Saint Louis. (Comme beaucoup de personnes de la communauté transgenre, Rafi est prudent à propos de son nom de naissance et a demandé à ce qu’il ne soit pas publié). Pour Pourim, il s’habillait parfois comme un garçon, avec une kippa et les franges du tzizit traditionnel.

Le soir, le jeune Rafi priait Dieu de le transformer en garçon. Mais comme il avait grandi en croyant que le genre était immuable, il ne pensait pas qu’il y ait une quelconque agence en la matière.

Rafi avait 21 ans, vivait à New York, et était en désintoxication d’alcool et de drogues quand il a rencontré pour la première fois une personne transgenre.

Rafi Daugherty, avant sa transition. (autorisation)
Rafi Daugherty, avant sa transition. (autorisation)

« Ma première pensée a été ‘Wow, si je n’étais pas orthodoxe je serais totalement transgenre’ », a rappelé Rafi pendant un discours qu’il a donné en 2012 à la congrégation Bonai Shalom à Boulder, Colorado. « Mais je ne pensais pas que Dieu faisait des erreurs et j’ai toujours voulu être maman, donc j’ai essayé très fort de rester une femme. »

Mais en 2007, Rafi est devenu un homme. Il a eu une cérémonie de re-nomination, devenant Rachamim Refael “Rafi” Yehoshua Ben Zechariah Leib à la congrégation Beit Simchat Torah, une synagogue LGBTQ de Manhattan.

Rafi a eu 25 ans quelques semaines plus tard et a commencé à prendre de la testostérone. Sa voix est devenue plus grave et des poils ont poussé sur son menton. Il a ensuite subi une chirurgie de reconstruction de la poitrine, mais a choisi de ne pas subir d’autres procédures, comme l’ablation de l’utérus.

« J’ai été créé avec un corps qui pouvait créer la vie, et je ne voulais pas abimer cette capacité », a-t-il déclaré.

Vivant comme un homme, Rafi était finalement à l’aise dans son propre corps.

Mais sa transition a rencontré la résistance de sa mère orthodoxe et de son beau-père de l’époque, et de son frère orthodoxe haredi. Rafi n’a pas vu sa mère pendant trois ans après sa transition, bien qu’ils se soient depuis réconciliés, et son frère aîné refuse le contact depuis 2007.

Pendant un entretien, la mère de Rafi s’est décrite elle-même comme une grand-mère gâteuse – elle a assisté à la nomination d’Ettie – qui essaie de respecter les choix de vie de ses deux enfants. Elle a reconnu cependant qu’elle s’accrochait à l’espoir que la fille qu’elle a élevée revienne à sa vie de femme. (Elle a demandé à ce que son nom ne soit pas publié pour protéger la vie privée de sa famille.)

Après l’université – Rafi a un master d’études des crises et des traumatismes de l’université de Tel Aviv – il s’est installé à Denver. Rafi a commencé à travailler comme organisateur de communauté, puis comme manager régional, pour le groupe juif de défense des LGBT Keshet.

En 2014, il a commencé à travailler au Ramah Outdoor Adventure, un camp juif affilié au mouvement conservateur, il est maintenant le directeur des soins aux campeurs.

« Nous avons accueilli Rafi comme un dirigeant juif, et un qui nous a poussé à vivre notre valeur d’ouverture et d’acceptation’, a déclaré le directeur exécutif du camp, le rabbin Eliav Bock.

Rafi Daugherty et sa fille Ettie à Hanoukka. (autorisation)
Rafi Daugherty et sa fille Ettie à Hanoukka. (autorisation)

La session de l’été 2015 du Ramah Outdoor Adventure, qui accueille des enfants du CE2 à la terminale, coïncidait avec le troisième trimestre de grossesse de Rafi.

Rafi a reçu une salve d’applaudissements quand il a annoncé la nouvelle au personnel du camp. Mais il a demandé à ses collègues de ne pas discuter de sa grossesse avec les campeurs, qui, a déclaré Rafi « pensaient juste que j’étais gros ». A la fin de l’été, avec la bénédiction de Bock, Rafi a dévoilé aux campeurs entre 15 et 18 ans qu’il était enceinte.

Rafi est tombé enceinte par insémination artificielle. Le donneur de sperme est un ami de Rafi, qu’il a décrit comme « un homme gay grand, sombre et beau, qui est à moitié sud asiatique » et à moitié blanc.

« Il a exprimé de la gratitude de faire partie de cette aventure pour nous, a ajouté Rafi, et de ne pas avoir à s’occuper des couches et des pleurs. »

En 2014, le journal Obstetrics and Gynecology a publié une étude révolutionnaire qui a étudié les données de 41 personnes qui avaient été enceintes et donné naissance après une transition femme vers homme.

L’étude a montré que l’utilisation de la testostérone, hormone masculine, ne semblait pas empêcher la conception, bien que certains des répondants qui ont conçu un enfant ont rapporté avoir été refusés quand ils cherchaient des soins prénataux et avoir dû faire face à des commentaires indélicats de la part des équipes médicales.

Rafi a combattu des logiciels d’admission qui ne laissait pas le personnel hospitalier entrer le nom d’un père sans entrer d’abord le nom de la mère. Il a finalement réussi à changer le certificat de naissance pour refléter ce que Rafi appelle « la vérité de notre famille » : Rafi est le père d’Ettie.

Ces derniers mois, Rafi s’est habitué aux suppositions faites sur lui et sa fille : qu’Ettie est adoptée, par exemple, ou que Rafi a une femme à la maison. (Rafi est célibataire, mais ouvert à une relation ; il a déclaré être attiré par les individus « androgynes à masculins ».)

« Je m’habitue à dire ‘Je suis transgenre et je lui ai donné naissance’, a déclaré Rafi, pour qu’Ettie puisse retirer du pouvoir du fait de connaître et de partager son histoire, et de ne pas sentir ça comme quelque chose d’embarrassant ou de bizarre. »

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