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Un Islamiste arabe israélien accueilli en héros à sa sortie de prison

Raed Salah, emprisonné pour avoir salué un attentat terroriste palestinien meurtrier, est arrivé dans sa ville natale d'Umm al-Fahm après presque dix-huit mois d'incarcération

Sheikh Raed Salah, au centre, à gauche, le leader de la Branche du nord du Mouvement islamique, un groupe extrémiste, fête sa sortie de prison avec ses partisans dans la ville d'Umm al-Fahm, dans le nord d'Israël, le 13 décembre 2021. (Crédit : AHMAD GHARABLI / AFP)
Sheikh Raed Salah, au centre, à gauche, le leader de la Branche du nord du Mouvement islamique, un groupe extrémiste, fête sa sortie de prison avec ses partisans dans la ville d'Umm al-Fahm, dans le nord d'Israël, le 13 décembre 2021. (Crédit : AHMAD GHARABLI / AFP)

Un chef religieux musulman controversé a été accueilli par des partisans en liesse dans sa ville natale du nord d’Israël après sa sortie de prison, où il avait purgé une peine de 17 mois pour incitation au terrorisme.

ٍSheikh Raed Salah est l’un des islamistes les plus connus de l’État juif. Il avait dirigé la Branche du nord du Mouvement islamique, un groupe radical, jusqu’à son interdiction par le gouvernement israélien en 2015 pour les liens présumés qu’entretenait l’organisation avec les groupes terroristes. Les autorités israéliennes avaient accusé la Branche du nord d’avoir encouragé une série d’attaques au couteau et d’attentats à la voiture-bélier contre des Israéliens.

Salah avait été arrêté deux ans plus tard et il avait été finalement condamné pour incitations au terrorisme ainsi pour son soutien à une organisation interdite – dans ce cas de figure, son propre Mouvement islamique.

« On a tenté, en me persécutant, de persécuter le saint Coran, la voie du prophète et notre héritage », a déclaré Salah aux journalistes lors d’une conférence de presse à Umm al-Fahm.

Sheikh Raed Salah, au centre, à gauche, le leader de la Branche du nord du Mouvement islamique, un groupe extrémiste, fête sa sortie de prison avec ses partisans dans la ville d’Umm al-Fahm, dans le nord d’Israël, le 13 décembre 2021. (Crédit : AHMAD GHARABLI / AFP)

Salah avait été incarcéré pour avoir fait l’apologie d’une attaque commise en 2017 par trois terroristes arabes israéliens sur le mont du Temple, dans la Vieille Ville de Jérusalem. Les terroristes avaient tué deux agents de police druzes avant d’être abattus par les forces israéliennes.

Le mont du Temple est le site le plus saint du judaïsme – c’est là que se dressaient les deux temples bibliques – et c’est le troisième sanctuaire le plus sacré de l’islam. L’incident, et la décision prise par Israël, à ce moment-là, de renforcer la sécurité au mont du Temple, avaient entraîné plusieurs journées de violences intenses entre soldats israéliens et Palestiniens. Plusieurs Palestiniens avaient été tués alors qu’ils commettaient des attentats ou au cours des affrontements avec les troupes israéliennes.

Selon le verdict qui avait condamné Salah, ce dernier avait prononcé un sermon au beau milieu de cette crise dans lequel il avait salué « les martyrs d’Al-Aqsa ».

« Pendant huit jours, ils n’ont cessé de dire encore et encore : ‘Par notre sang, de toute notre âme, nous libérerons Al-Aqsa’. Nous n’avons pas flanché dans les affrontements contre l’occupation israélienne, en nous confrontant aux armes à feu de l’occupation israélienne, sans crainte face aux matraques de l’occupation israélienne et sans crainte d’être blessé, arrêté, avec aucune peur en nous sinon celle d’Allah », avait alors dit Salah.

Le leader de la branche du nord du mouvement islamique en Israël, Sheikh Raed Salah, arrive pour une audience à la cour de Haïfa, le 29 mars 2018 (Crédit : Flash90)

Salah avait prononcé un discours similaire lors des funérailles symboliques de trois tireurs armés à Umm al-Fahm, et un homme originaire de la ville qui avait tenté de commettre une attaque au couteau à Tel Aviv avait ultérieurement déclaré avoir été inspiré par les paroles de Salah, selon le tribunal.

Dans une vidéo filmée par les médias arabes israéliens, lundi, le chef religieux apparaît dans une voiture qui circule lentement dans une foule de partisans en liesse. De nombreuses personnes brandissent des drapeaux islamistes verts arborant la profession de foi musulmane.

Salah est accompagné par le vice-président du Mouvement islamique du nord, Kamel al-Khatib, qui a été le principal porte-parole de la faction en l’absence de Salah.

Le Mouvement islamique israélien avait été fondé au début des années 1970 par Sheikh Abdullah Nimr Darwish, un imam de Kafr Qasim.

Dans les années 1990, les islamistes s’étaient divisés sur la question des négociations entreprises entre Israéliens et Palestiniens qui devaient déboucher sur les Accords d’Oslo. La Branche du sud de Darwish avait indiqué être favorable au processus de paix et devait finalement intégrer la Knesset sous le nom de Raam.

Salah, plus extrémiste, et ses disciples – la dite Branche du nord – s’étaient opposés avec force aux Accords d’Oslo et à la politique parlementaire israélienne de la même façon. Cette scission n’a été que rarement reconnue en public et les deux parties continuent à s’appeler simplement « le Mouvement islamique ».

Le chef de la Branche du nord du mouvement islamique en Israël, Sheikh Raed Salah, arrive pour une audience à la cour des magistrats de Haïfa, le 29 mars 2018 (Crédit : Flash90)

Salah avait été condamné à un certain nombre d’occasions pour terrorisme et en 2017, il avait été libéré de prison après avoir purgé une peine de neuf mois pour incitations à la violence et pour racisme.

Toutefois, sa condamnation, en 2020, avait été critiquée par les parlementaires arabes israéliens qui avaient dénoncé une tentative d’entraver la liberté d’expression.

L’ancien député du parti arabe Hadash, Yousef Jabareen, qui réside dans la ville natale de Salah, avait déclaré à l’époque que le jugement s’apparentait « à une persécution politique sans aucune considération d’ordre sécuritaire ».

Dans son jugement sur Salah, la cour des magistrats de Haïfa avait rejeté l’idée d’une atteinte à la liberté d’expression, affirmant que cette liberté ne concernait pas les déclarations de soutien aux actes de violence, surtout de la part d’un leader communautaire.

« Le leader a conscience que le public l’observe et qu’il apprend de ses paroles, ainsi que de son silence, concernant un éventuel soutien apporté à des actes criminels. Et il endosse donc une responsabilité », avait écrit le juge.

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