Un ministre du Bahreïn se confie sur sa visite (très) « spirituelle » à Jérusalem
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Un ministre du Bahreïn se confie sur sa visite (très) « spirituelle » à Jérusalem

Zayed Alzayani a comparé sa promenade nocturne qui l'a mené près du mur Occidental et du Dôme du Rocher, à ses visites à la Mecque et à Médine

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le ministre de l'Industrie, du Commerce et du Tourisme du Bahreïn, Zayed R. Alzayani, s'adresse aux journalistes israéliens à Jérusalem, le 3 décembre 2020. (Autorisation du ministère de l'Industrie, du Commerce et du Tourisme du Bahreïn)
Le ministre de l'Industrie, du Commerce et du Tourisme du Bahreïn, Zayed R. Alzayani, s'adresse aux journalistes israéliens à Jérusalem, le 3 décembre 2020. (Autorisation du ministère de l'Industrie, du Commerce et du Tourisme du Bahreïn)

Les accords d’Abraham ont amené en Israël un flux constant de dignitaires des Émirats arabes unis et du Bahreïn, qui visitent le pays pour conclure des accords diplomatiques ou faire progresser les relations commerciales. Bien qu’ils insistent toujours sur le respect de la tolérance religieuse dans leurs pays respectifs, ils évitent généralement de discuter en public de leurs sentiments personnels concernant leur séjour en Terre Sainte.

Ce n’est pas le cas de Zayed R. Alzayani, le ministre de l’Industrie, du Commerce et du Tourisme de Bahreïn, qui a passé trois jours en Israël cette semaine.

« Je parle toujours aux personnes qui ont visité Jérusalem. Et ils me l’ont toujours dit : C’est probablement la ville la plus spirituelle du monde. Je l’ai ressentie hier soir. Je l’ai sentie », a-t-il déclaré jeudi au Times of Israel lors de la conférence de presse pour les journalistes israéliens. « Et plus vous vous rapprochez des lieux saints – je ne sais pas, c’était peut-être un sentiment bizarre, peut-être que c’est juste moi – j’ai senti qu’il y avait plus de spiritualité. »

Alzayani s’est promené dans les quartiers arménien, juif et musulman de la Vieille Ville. Il a vu de loin le mur Occidental et le Dôme du Rocher au sommet du mont du Temple – le troisième site le plus sacré de l’islam – bien que son emploi du temps ne lui ait pas permis de visiter ces lieux saints.

« Quand je suis arrivé à l’endroit où on peut voir le mur et le Haram al-Sharif [mont du Temple], j’ai senti que l’air était différent », a-t-il dit. « C’était un sentiment agréable. Le moment où je me suis senti le plus proche de ça, c’était à la Mecque et à Médine, en tant que musulman. »

Une vue du mur Occidental et du dôme du Rocher, des sites parmi les plus saints pour les juifs et les musulmans, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 6 décembre 2017. (Crédit : AP Photo/Oded Balilty)

Alzayani a évoqué sa promenade dans la capitale israélienne dans le cadre d’une discussion sur la sécurité personnelle, après qu’un journaliste lui a demandé si les Israéliens doivent s’inquiéter des Iraniens qui tentent de les attaquer s’ils se rendent à Bahreïn – surtout après l’assassinat la semaine dernière du père du nucléaire de la République islamique, que le régime impute à Jérusalem.

« Non, vous regardez trop de films de 007 », a-t-il répondu en souriant, faisant référence à la série de films de James Bond. « Ce n’est pas du tout un problème. Nous avons un assez bon dispositif de sécurité au Bahreïn. N’oubliez pas que s’il y a une menace de l’Iran, c’est une menace pour Bahreïn plus qu’une menace pour les touristes israéliens. Nous devons donc assurer la sécurité de notre pays et la protection de nos frontières ».

« Si les Israéliens se sentent plus à l’aise en ayant une sécurité supplémentaire, cela peut être arrangé, mais je ne pense vraiment pas que cela soit nécessaire », a-t-il ajouté, précisant à ce moment-là qu’il avait lui-même fait le tour de Jérusalem à pied et qu’il se sentait absolument en sécurité.

« Hier soir, je suis sorti, avec quelques amis, pour me promener dans la ville. Je suis sorti en quelque sorte en cachette parce que je voulais aller voir et ressentir par moi-même, en tant que citoyen normal, et non en tant que fonctionnaire. J’ai passé une heure à marcher dans la Vieille Ville et je suis allé au centre commercial de l’autre côté de la rue. Je ne me suis pas sentie menacé, je n’ai ressenti aucun problème de sécurité ».

Très peu de magasins étaient ouverts lors de sa promenade, mais il s’est arrêté de temps en temps pour demander son chemin.

« A ma grande surprise, la plupart d’entre eux étaient des Arabes », a-t-il dit. « Une personne m’a demandé d’où je venais. J’ai répondu Bahreïn, il était très accueillant. Il m’a dit : ahalan wasahlan, c’est bon de te voir ici, et c’est tout. »

M. Alzayani, qui est également président de Gulf Air, la compagnie nationale du Bahreïn, a déclaré qu’il considère que Jérusalem pourrait attirer des touristes non seulement du Bahreïn mais de tout l’hémisphère oriental.

« Cette ville possède un atout, le tourisme religieux pour toutes les confessions », a-t-il déclaré.

Des chrétiens orthodoxes se rassemblent avec des croix en bois devant l’église du Saint-Sépulcre alors qu’ils célèbrent le Vendredi saint en procession sur la Via Dolorosa dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 26 avril 2019. (Thomas Coex/AFP)

Au début de cette année, Gulf Air avait prévu de lancer une nouvelle ligne vers Rome et a soudain remarqué une augmentation significative des réservations de la part de chrétiens des Philippines désireux de visiter le Vatican, a-t-il expliqué.

« Je vois la même chose pour Jérusalem. Des chrétiens d’Asie du Sud-Est peuvent venir ici ; des musulmans d’Inde, du Pakistan et du Bangladesh, que nous desservons largement à travers notre réseau, peuvent venir ici. Et nous pouvons avoir un tourisme juif qui vient à Bahreïn ou au-delà ».

L’ouverture d’Alzayani à discuter de l’importance de Jérusalem – tant sur le plan personnel qu’économique – contraste fortement avec le ministre des Affaires étrangères du Bahreïn, Abdullatif bin Rashid al-Zayani, qui a passé quelque 12 heures dans la capitale le mois dernier sans jamais prononcer le nom de la ville où il se trouvait.

Son bureau avait déclaré à tort à l’époque que certaines des réunions qu’il avait tenues dans la capitale avaient eu lieu à Tel Aviv – une ville dans laquelle il n’a pourtant jamais mis les pieds.

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