Un Netanyahu déterminé dans son discours de Yom HaShoah
Rechercher
Analyse

Un Netanyahu déterminé dans son discours de Yom HaShoah

Trois semaines après son nouveau mandat, le discours cinglant du Premier ministre en mémoire de la Shoah souligne sa conviction qu'il est le seul capable de diriger Israël

David Horovitz

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu prend la parole lors d'une cérémonie tenue au mémorial de Yad Vashem à Jérusalem, alors qu'Israël célèbre Yom HaShoah, la Journée annuelle de commémoration de la Shoah, le 1er mai 2019. (Noam Rivkin Fenton/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu prend la parole lors d'une cérémonie tenue au mémorial de Yad Vashem à Jérusalem, alors qu'Israël célèbre Yom HaShoah, la Journée annuelle de commémoration de la Shoah, le 1er mai 2019. (Noam Rivkin Fenton/Flash90)

Dans un discours enflammé et envoûtant de moins de 20 minutes mercredi soir, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a fait la démonstration de la maîtrise oratoire qui lui a valu d’être réélu il y a trois semaines seulement et de sa conviction personnelle qu’il est le seul capable de diriger l’Etat juif.

S’adressant à la nation au début de la Journée annuelle de commémoration de la Shoah, M. Netanyahu a prononcé un discours qui s’est construit à partir d’histoires étonnantes de souffrances et d’héroïsme au temps de la Shoah qui lui avaient été rapportées par un groupe de survivants rencontrés le mardi, pour affirmer avec force la légitimité d’Israël et la dénonciation de ses détracteurs.

S’adressant au Mémorial de Yad Vashem de Jérusalem devant un large public qui l’a écouté dans un silence absolu, et devant une nation regardant la télévision, le Premier ministre a salué des survivants comme Fanny Ben-Ami, qui, à l’âge de 13 ans, a conduit un groupe d’enfants depuis la France jusqu’en Suisse pour les mettre en sécurité, mais qui a fait demi-tour lorsqu’elle a constaté qu’une fillette de trois ans avait été oubliée dans la zone démilitarisée. « Fanny est retournée la chercher », s’est émerveillé le Premier ministre, « elle a zigzagué sous les coups de feu » pour mettre la fillette à l’abri : « Un ange du salut, âgée de 13 ans. »

Il a poursuivi en détaillant les visites qu’il a effectuées ces dernières années dans les pays européens « dont la terre est imbibée du sang de nos frères et sœurs, et où nous avons été transformés en poussière humaine », mais qui sont devenus aujourd’hui certains des plus grands admirateurs et supporteurs d’Israël. Dans ces pays, dit-il, « j’ai ressenti une douleur terrible devant le désastre qui nous a frappés », mais en même temps « une immense fierté de représenter notre peuple, qui renaît de ses cendres dans notre État indépendant ».

Incapables de se protéger, des millions de Juifs de la diaspora ont été condamnés à mort, a-t-il rappelé avec amertume. « En exil, notre faiblesse abyssale nous a condamnés à notre destin ». Mais maintenant, restaurés dans leur patrie, les Juifs ont accompli « un miracle de renaissance » et leur pays est devenu une puissance mondiale en pleine expansion.

Au-delà de ses réalisations, a dit Netanyahu, Israël ne peut pas se reposer sur ses lauriers face à ses ennemis. Cette affirmation, a-t-il insisté, devançant les critiques qui l’accusent de susciter la peur parmi les Israéliens, ne constitue pas un cas d’ “alarmisme artificiel”. Même les plus grandes puissances mondiales doivent toujours être conscientes des dangers auxquels elles sont confrontées, a-t-il souligné. En effet, « la conscience du danger est la condition pour exister. »

Le « paradoxe » de la renaissance d’Israël, a-t-il dit, est qu’elle s’est accompagnée d’une montée continue de l’antisémitisme. « L’extrême droite, l’extrême gauche et l’islam extrémiste ne sont d’accord que sur une chose : la haine des Juifs. »

« Cette haine s’exprime par des attaques méprisables contre les fidèles dans les synagogues, comme cela s’est produit il y a quelques jours à San Diego et avant cela à Pittsburgh ; dans la profanation de cimetières juifs et dans la publication de caricatures et d’articles de haine, même dans des journaux considérés comme respectables » – une référence au dessin antisémite de la semaine dernière dans le New York Times, montrant le chien-guide israélien Netanyahu qui conduit le président américain aveugle Donald Trump.

Une caricature du Premier ministre Benjamin Netanyahu et du président américain Donald Trump publiée dans l’édition internationale du « New York Times » du 25 avril 2019, dont le journal a reconnu plus tard qu’elle « reprenait des tropes antisémites ». (Autorisation)

Ce genre de contenu ne constituait pas une critique légitime, a-t-il fait valoir, mais « une haine – systématique, empoisonnée, fausse – visant sans relâche à saper la légitimité de l’État-nation juif ».

Comme il l’a fait année après année dans ces discours annuels pour Yom HaShoah, Netanyahu a cité l’Iran comme la dernière entité cherchant à éliminer la nation juive, et a déclaré qu’ « Israël ne présentera pas son cou pour se faire égorger ». Au contraire, il se défendra lui-même, avec l’une des armées les plus puissantes du monde, a-t-il dit. « A ceux qui cherchent à nous exterminer, je dis, précisément de cet endroit : Nous sommes revenus sur la scène de l’histoire, sur le devant de la scène… Nous avons vaincu nos ennemis dans le passé, et avec l’aide de Dieu nous vous vaincrons. »

Netanyahu a également salué Trump pour s’être tenu aux côtés d’Israël dans cette bataille. Maintenant que les États-Unis se sont retirés de l’accord nucléaire de l’ère Obama 2015, qu’ils sanctionnent l’Iran et qu’ils ont qualifié les Gardiens de la révolution iraniens de groupe terroriste, Israël n’est plus seul.

Benzion, left, and Benjamin Netanyahu (photo credit: Avi Ohayon/GPO/Flash90)
Benjamin Netanyahu (à droite), et son père Benzion. (Avi Ohayon/GPO/Flash90)

Enfin, Netanyahu a rappelé son défunt père, l’historien Benzion, qui lui a légué l’impératif de réprimer les menaces existentielles pour le peuple juif, a-t-il dit. L’obligation qu’il a reçue de son père, a dit le Premier ministre, se résume dans le commandement : « Plus jamais ça ».

Netanyahu ne parlait pas seulement avec son assurance caractéristique, mais avec férocité. Il y a trois semaines, il se trouvait sur la plage de Netanya, en train de transpirer, exhortant les Israéliens qui profitaient d’une journée de congé pour les élections, à secouer le sable sur eux et à aller voter pour lui. Sa victoire électorale – contre la menace politique la plus importante à laquelle il a été confronté pendant des années en la personne de l’ancien chef d’état-major Benny Gantz du parti Kakhol lavan – a été un triomphe de volonté personnelle. Il s’est totalement lancé dans la campagne, utilisant des moyens loyaux et parfois ignobles, en se battant sans relâche pour obtenir toutes les voix possibles.

Il n’est pas cynique de penser qu’il croyait qu’il devait gagner pour renforcer ses chances d’échapper aux allégations de corruption qui le menacent. Mais Netanyahu croit aussi qu’il devait gagner parce qu’il est certain que lui, et lui seul, peut assurer la sécurité et la prospérité de ce pays face à ses ennemis. Le discours de mercredi soir en était presque la preuve par excellence.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...