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Interview

Un oligarque exilé en Israël explique pourquoi Poutine veut détruire l’Ukraine

Leonid Nevzlin vit en Israël depuis 20 ans ; il n'a pas cessé de critiquer le Kremlin et se permet de faire des parallèles avec son nouveau pays d’accueil

  • Une vue aérienne d'une zone résidentielle ruinée par le bombardement russe à Irpin près de Kiev, en Ukraine, le 21 mai 2022. (Crédit : AP Photo/Efrem Lukatsky)
    Une vue aérienne d'une zone résidentielle ruinée par le bombardement russe à Irpin près de Kiev, en Ukraine, le 21 mai 2022. (Crédit : AP Photo/Efrem Lukatsky)
  • Le président russe Vladimir Poutine regarde pendant le défilé militaire du Jour de la Victoire marquant le 77e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale à Moscou, en Russie, le 9 mai 2022. (Crédit : Mikhail Metzel/Sputnik, Kremlin Pool Photo via AP)
    Le président russe Vladimir Poutine regarde pendant le défilé militaire du Jour de la Victoire marquant le 77e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale à Moscou, en Russie, le 9 mai 2022. (Crédit : Mikhail Metzel/Sputnik, Kremlin Pool Photo via AP)
  • Leonid Nevzlin (Crédit : Capture d'écran Facebook)
    Leonid Nevzlin (Crédit : Capture d'écran Facebook)

Cette interview a été publiée en anglais le 30 juillet 2022.

L’année prochaine, Leonid Nevzlin fêtera les 20 ans de sa fuite de Russie et de son immigration en Israël. Lorsqu’il a fui la Russie en 2003, Yukos, le géant pétrolier dont il était le vice-président, a été démantelé de force et ses associés ont été arrêtés et jetés dans des prisons sibériennes sur la base de ce que beaucoup considèrent comme des accusations de fraude, de détournement de fonds et de blanchiment d’argent, inventées de toutes pièces et uniquement motivées par des considérations politiques.

Entre-temps, le gouvernement russe a exigé qu’Israël extrade Nevzlin, qu’il accuse de meurtre, de plusieurs chefs d’accusation de conspiration en vue de commettre un meurtre et de crimes financiers. Israël a jusqu’à présent toujours refusé.

Nevzlin a longtemps été un critique virulent du président russe Vladimir Poutine, dont le gouvernement est à l’origine des arrestations et du démantèlement de Yukos. Plus tôt cette année, il a publiquement renoncé à sa citoyenneté russe en réponse à l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

J’ai rencontré et interviewé Nevzlin pour la première fois en 2007, lorsque son extradition vers la Russie était encore une réelle possibilité. Bien que les menaces de Moscou n’aient pas cessé, il a réussi à s’imposer en tant qu’homme d’affaires influent et philanthrope dans son nouveau pays d’accueil. Il a également mené une guerre juridique et une guerre de l’information contre Poutine, qu’il qualifie de « psychopathe » et de « criminel ».

Depuis des années, Nevzlin affirme que la Russie de Poutine fonctionne comme un réseau du crime organisé et que coopérer avec elle met en danger les programmes libéraux et démocratiques. Depuis lors, la dépendance de l’Occident à l’égard du pétrole, du gaz et des échanges économiques russes n’a cessé de croître.

Alors que les bombes tombaient sur Kiev et que les villes et villages ukrainiens étaient pratiquement anéantis, il est apparu que Nevzlin avait malheureusement eu raison de ses propos.

Dans une interview exclusive accordée à Zman Yisrael, le site jumeau en hébreu du Times of Israel, Nevzlin expose ses réflexions sur l’arrivée au pouvoir de Poutine dans les années 90, explique pourquoi le monde ne peut pas laisser l’Ukraine perdre et donne son avis sur ce qui a amené la Russie à choisir à nouveau l’autoritarisme.

L’entretien a été réalisé en hébreu et traduit par l’auteur.

Leonid Nevzlin (Crédit : Capture d’écran Facebook)

Times of Israel : Vous vivez en Israël depuis près de deux décennies mais suivez toujours de près ce qui se passe dans l’espace post-soviétique, et vous connaissez personnellement – et soutenez – de nombreuses figures de l’opposition en Russie et en Biélorussie. L’invasion de l’Ukraine par Poutine vous a-t-elle surprise ?

Leonid Nevzlin : Au début, je ne pouvais croire à une telle absurdité, mais lorsque les services de renseignement américains ont répété que Poutine préparait une invasion lors d' »exercices militaires » en Biélorussie, il m’est apparu évident qu’il concentrait ses forces en vue d’attaquer.

Il ne s’agit pas d’un chef d’État, mais d’un chef de mafia à la personnalité vindicative et lâche.

C’était quelque chose que je n’arrivais pas à comprendre. Et puis tout est devenu clair : c’est ainsi que se comporte un psychopathe quand quelqu’un lui prend son jouet – il déclenche une guerre d’usure. Cela n’a pas de sens, mais on comprend donc qu’il ne s’agit pas d’un chef d’État, mais d’un chef de mafia à la personnalité vindicative et lâche.

La guerre fait rage depuis plus de quatre mois maintenant. Les Ukrainiens ont réussi à remporter quelques victoires tactiques et, surtout, ils continuent à se battre, mais l’armée russe semble concentrer ses efforts sur le Donbas et réussir – bien que très lentement – à s’emparer d’un certain nombre de points stratégiques. Que se passera-t-il ensuite ? L’Ukraine peut-elle encore gagner ? Comment envisagez-vous une telle victoire ?

À mon avis, une victoire ukrainienne signifie un retour total aux frontières de 2014. C’est-à-dire incluant la péninsule de la Crimée et l’ensemble du territoire du Donbas, y compris Louhansk et Donetsk. Le drapeau ukrainien doit flotter à Sébastopol et à Simferopol [ports clés de la péninsule de la Crimée]. Tout autre scénario ne justifiera pas les épreuves et l’immense souffrance subies par le peuple ukrainien.

Une vue aérienne d’une zone résidentielle ruinée par le bombardement russe à Irpin près de Kiev, en Ukraine, le 21 mai 2022. (Crédit : AP Photo/Efrem Lukatsky)

Bien sûr, si l’Ukraine gagne, cela signifie que Poutine perdra – et qu’il perdra également le pouvoir, tout comme le dernier tsar, Nicolas II, après la Première Guerre mondiale et la guerre civile russe qui a éclaté dans son sillage. Malheureusement, Poutine est familier avec ces scénarii. Il peut donc se contenter de quelques progrès partiels et les présenter comme une grande victoire.

S’il s’empare de toute la région du Donbas et montre à ses citoyens qu’il a gagné, qu’il a « détruit les nazis », qu’il a élargi le territoire russe, qu’il a relié le Donbas à la Crimée et qu’il a pris le contrôle de la mer d’Azov, la propagande russe se chargera du reste.

Des pompiers travaillent à l’extinction d’un incendie dans un bâtiment endommagé par un bombardement, à Vinnytsia, en Ukraine, le 14 juillet 2022. (Crédit : Service d’urgence ukrainien via AP)

Pensez-vous que les objectifs de Poutine en Ukraine ont changé ? Si oui, que voulait-il au départ et que veut-il maintenant ?

C’est là que le bât blesse. Si au départ, il visait le renouvellement du modèle soviétique et l’annexion de l’Ukraine, de la Moldavie et de la Biélorussie à la Russie, maintenant tout a changé. Poutine essaie de détruire l’Ukraine. Nous le comprenons du fait de cette violence insoutenable et de la nature horrible de cette guerre.

Il détruit des villes russophones, il décime des êtres humains. C’est sa façon de se venger – contre l’Ukraine et contre [le président ukrainien Volodymyr] Zelensky. Il massacre les Ukrainiens et détruit les infrastructures. Toute personne impliquée dans les travaux de restauration devra déblayer les décombres et reconstruire à partir de zéro.

Au début, il y avait des rumeurs selon lesquelles il voulait diviser les actifs ukrainiens entre les oligarques qui lui sont proches. Si tel avait été le cas, il n’aurait pas détruit [l’aciérie] Azovstal, mais s’en serait emparée pour la transférer à ses associés.

C’est ainsi que Poutine s’est battu en Syrie, et c’est ainsi qu’Hitler s’est battu pendant la Seconde Guerre mondiale. Avez-vous vu le champ du Donbas qui a été semé de bombes et d’explosifs ? C’est sa vision de l’Ukraine. La guerre va durer longtemps.

Le président russe Vladimir Poutine écoute le rapport du ministre russe de la Défense Sergei Shoigu lors de leur rencontre au Kremlin à Moscou, en Russie, le 4 juillet 2022. (Crédit : Mikhail Klimentyev, Sputnik, Kremlin Pool Photo via AP)

Vous avez comparé Poutine à Hitler et mentionné la Syrie et la Tchétchénie. Qu’est-ce qui a échappé au monde à propos de Poutine pendant ses 20 ans au pouvoir ?

L’Occident s’est convaincu qu’avec la chute du mur de Berlin, il avait gagné la guerre froide et que la Russie n’était plus une menace.

Quelques-uns avaient compris, par exemple feu le sénateur américain John McCain. Il l’a très bien compris. Les autres étaient soit des populistes, soit des bureaucrates, pas de vrais leaders. Le problème est que l’Occident s’est convaincu qu’avec la chute du mur de Berlin, il avait gagné la guerre froide et que la Russie n’était plus une menace.

Ils le pensaient parce que dans les années 1990, la Russie pleurait et suppliait qu’on l’aide. Elle était ruinée. Cependant, après la crise financière de 1998, les exportations de pétrole et de gaz ont augmenté et la Russie a progressé vers une économie de marché. Elle est progressivement devenue un fournisseur d’énergie fiable et les investissements occidentaux ont commencé à affluer vers Moscou.

À l’époque, ils pensaient que l’économie était plus forte que tout le reste. C’était la première erreur. Une autre erreur logique consistait à croire au processus électoral russe. En réalité, les élections libres dans le pays ont pris fin en 1996, et même avant cela, elles n’étaient pas totalement libres.

Beaucoup de choses se sont passées dans les années 1990. L’Union soviétique s’est désagrégée et le président de l’époque, Boris Eltsine, a tenté d’instaurer un régime démocratique. Dans le même temps, la population, qui était affamée, pensait avoir connu une situation plus favorable avant l’effondrement de l’URSS. Pourquoi pensez-vous que l’expérience démocratique a échoué ?

Pour moi, c’était une époque de liberté, d’infinies possibilités. Je reconnais bien sûr qu’une grande partie de la population vivait dans une extrême pauvreté dans les années 1990. À mon avis, la pauvreté n’était pas plus grande que pendant la période soviétique, car même ceux qui avaient de l’argent à l’époque ne pouvaient pas en profiter à cause des pénuries et du manque de marchandises.

Si des élections transparentes et équitables avaient lieu aujourd’hui, le parti communiste obtiendrait la majorité des voix.

Pendant de nombreuses années, la propagande de Poutine a tenté d’instiller dans l’esprit des gens une idée simple : l’Union soviétique était un État social parfait. Mais en réalité, les années 1990 ont été très difficiles dans tous les pays qui construisaient un capitalisme sur les ruines du socialisme. Dans les années 2000, la situation aurait pu se stabiliser. Mais nous avons échoué dans ce processus – nous sommes passés de l’Union soviétique à la Russie moderne, qui a été construite exactement de la même manière. Je suis convaincu que s’il y avait des élections transparentes et équitables aujourd’hui, le parti communiste obtiendrait la majorité des voix.

Illustration : Des personnes passent devant le premier McDonalds de Moscou, un jour avant son ouverture, sur la place Pouchkine de Moscou, le 30 janvier 1990. (Crédit : AP Photo/Vicktor Yurchenko, Dossier)

Vous souvenez-vous de ce que vous avez pensé lorsque vous avez appris que Poutine – un ancien agent du KGB – allait devenir président ? Vous étiez alors un homme d’affaires très expérimenté, favorable à la libéralisation du système économique et politique.

Eltsine et les siens voulaient rester au pouvoir le plus longtemps possible – au moins quatre ans – puis passer progressivement les rênes à Poutine, qui, en tant que chef du Service fédéral de sécurité, était à l’origine des opérations de discréditation destinées à éliminer la concurrence politique – à savoir le Premier ministre Evgueni Primakov et le maire de Moscou Youri Loujkov.

Les partisans d’Eltsine voyaient en Poutine l’héritier de la « ligne douce dictatoriale » et espéraient qu’il réglerait la situation en Tchétchénie rebelle, qu’il s’occuperait des médias – c’est-à-dire qu’il les prendrait aux oligarques – et qu’il démantèlerait Yukos.

Poutine les a surpassés, bien sûr. À l’époque, il était doux et très gentil. Il leur a dit : « Je ne veux pas tenir les rênes, je n’ai pas besoin d’une telle responsabilité, je veux juste diriger Gazprom », et éventuellement devenir un oligarque comme Boris Berezovsky. Bien sûr, tout ceci n’était qu’un stratagème.

J’ai également eu l’impression que grâce à Poutine, Roman Abramovitch est arrivé au pouvoir – et cela m’a fait beaucoup de peine. À mon avis, c’est un homme corrompu avec une orientation criminelle. Ce n’est pas un self-made man, c’est un escroc. Je l’ai alors dit à tous mes amis, mais ils ont refusé d’agir. Mikhaïl Khodorkovski m’a dit : « Nous faisons ce que nous avons à faire et nous n’intervenons pas dans ces nominations. »

J’avais le sentiment que l’homme qu’Abramovitch promouvait – Poutine – était un escroc et un criminel. À l’époque, Abramovitch était un petit partenaire, mais maintenant ils sont à égalité – je ne crois pas qu’Abramovitch soit moins influent. Il fait ce qui lui plaît et Poutine l’approuve. De plus, en ce qui concerne les énormes fonds qu’ils contrôlent, ils forment une seule équipe – Poutine et Abramovitch – telle un binôme de policiers, le méchant et le gentil.

Archives : Le premier ministre russe de l’époque, Vladimir Poutine, à droite, félicitant les membres de la délégation russe, de gauche à droite : le chef d’orchestre Valery Gergiyev, l’homme d’affaires Roman Abramovich et le gouverneur de Nizhny Novgorod Valery Shantsev, après l’annonce que la Russie accueillerait la Coupe du monde de football 2018, à Zurich, en Suisse, le 2 décembre 2010. (Crédit : AP Photo/Alexei Nikolsky, Pool, Dossier)

En 2003, Poutine a accusé Khodorkovsky et tous les responsables de Yukos de détournement de fonds et d’évasion fiscale. Il a jeté Khodorkovsky et les autres dans des prisons en Sibérie et a pris le contrôle de l’entreprise. Cet événement dramatique a été précédé par une prise de contrôle des médias libres, en premier lieu de la chaîne NTV de Vladimir Gusinsky. Les forces de sécurité se sont introduites dans les bureaux de la chaîne et ont pris le contrôle par la force, en remplaçant les serrures. Cet incident n’était-il pas un signal d’alarme ?

Seule une petite partie de l’élite l’a alors compris. Les gens ordinaires pensaient qu’il s’agissait d’une simple dispute entre l’oligarchie et le Kremlin, entre Poutine et Gusinsky. Nous avons compris que c’était un piège et nous avons même aidé Gusinsky. J’ai été invité à participer à une « conversation » à Lubianka [siège du FSB, successeur du KGB].

Le régime ne nous l’a jamais pardonné. Il y a aussi eu l’histoire de la reprise des actifs de Berezovsky, et en 2004 Poutine a été réélu. Déjà en Israël, j’ai soutenu les libéraux – Irina Hakamada et Grigory Yavlinsky.

Ils se sont présentés et ont obtenu un faible pourcentage des voix, mais pour beaucoup, la procédure ressemblait à une élection équitable . En 2005, tous les dirigeants du monde sont allés participer au défilé du Jour de la Victoire en Russie, malgré tout ce que l’on savait déjà sur Poutine et la nature de son pouvoir.

L’ancien PDG du géant pétrolier russe Yukos, Mikhail Khodorkovsky, se tient derrière les barreaux dans une salle d’audience à Moscou, lundi 30 mai 2005. (Crédit : AP Photo/Misha Japaridze, Dossier)

Le Premier ministre israélien de l’époque, Benjamin Netanyahu, a également participé au défilé du Jour de la Victoire à Moscou en 2018, après l’invasion russe de la Crimée. Il a également utilisé une photo avec Poutine pour sa campagne politique « Une autre ligue » en 2019.

Au fond, Netanyahu est un dictateur, et Poutine lui sert d’exemple et de modèle….

Donc, pour l’instant, Netanyahu n’a pas dit un mot sur l’Ukraine – et il ne le fera probablement jamais. Il admire Poutine et le craint. Au fond, Netanyahu est un dictateur, et Poutine lui sert d’exemple et de modèle.

Je pense qu’en Israël, la tentative de recréer ce que Poutine a fait en Russie ne se fera pas sans heurts, car il y a suffisamment de gens ici qui s’y opposeront. Cependant, ce que Netanyahu a fait jusqu’à présent, il l’a fait pour pouvoir « être » Poutine. Cette erreur devrait lui coûter cher.

Le président russe Vladimir Poutine regarde pendant le défilé militaire du Jour de la Victoire marquant le 77e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale à Moscou, en Russie, le 9 mai 2022. (Crédit : Mikhail Metzel/Sputnik, Kremlin Pool Photo via AP)

Les élections israéliennes auront lieu dans quelques mois, et je n’ai pas encore entendu les adversaires de Netanyahu établir un quelconque parallèle entre la situation du Likud et la guerre en Ukraine. Lors des élections, les politiciens israéliens doivent également tenir compte du facteur ukrainien.

Le partenariat avec des États dictatoriaux – qui peut être essentiel à court terme – peut également représenter un grand danger à long terme.

La plupart des Israéliens s’opposent à cette guerre, et l’attitude de la population envers Poutine a beaucoup changé. Dans ce cas, les problèmes de l’Europe sont aussi les problèmes d’Israël. Il est impossible de se comporter comme si nous vivions en autarcie.

Le partenariat avec des États dictatoriaux – qui peut être essentiel à court terme – peut aussi représenter un grand danger à long terme. Il faut être très prudent – les dirigeants mondiaux à tendance autoritaire peuvent facilement se connecter les uns aux autres s’il n’y a pas de système qui les limite.

Une affiche électorale géante sur le siège du parti Likud avec l’ancien Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le président russe Vladimir Poutine se serrant la main. L’écriture sur le panneau publicitaire indique « Netanyahu, dans une autre ligue », le 28 juillet 2019. (Crédit : Tal Alovich)

Mais c’est surtout en raison de la présence de la Russie en Syrie que les dirigeants israéliens tentent de rester neutres dans ce conflit. En outre, certains en Israël croient toujours que la Russie va pousser l’Iran hors de la Syrie. Qu’en pensez-vous ?

D’un point de vue géopolitique, [l’ancien président américain] Barack Obama et Benjamin Netanyahu ont commis une grave erreur en laissant Poutine prendre pied en Syrie. C’est mauvais pour nous, c’est très mauvais pour Israël.

Poutine n’est-il pas antisémite ? Je suis convaincu que tout régime autoritaire et anti-libéral conduit inévitablement à l’antisémitisme.

Israël aime souligner que Poutine n’est pas antisémite. En Israël, le traitement des dirigeants mondiaux est souvent largement déterminé par la façon dont ils traitent les Juifs de leur pays.

Poutine n’est-il pas antisémite ? Je suis convaincu que tout régime autoritaire et anti-libéral conduit inévitablement à l’antisémitisme. Aucun contact personnel des « Juifs de cour » avec le Kremlin ne pourrait faire obstacle à une nouvelle vague d’antisémitisme en Russie.

[Note de l’auteur : Suite à cette interview, il a été rapporté que le contrat de l’ancien grand rabbin de Moscou Pinchas Goldschmidt n’a pas été renouvelé par la communauté juive parce qu’il a refusé de soutenir la guerre en Ukraine. Goldschmidt est maintenant en Israël].

Il semble que même en Israël, en tant que fervent partisan du libéralisme, vous faites partie d’une minorité. S’il y avait des élections équitables et transparentes en Russie aujourd’hui, vos amis libéraux ne gagneraient pas.

Je n’ai jamais eu peur de faire partie de la minorité, sincèrement. Quant à la Russie, s’il y avait des élections soudaines, après toutes ces années de propagande, il ne fait aucun doute que les dirigeants libéraux ne gagneraient pas.

Leonid Nevzlin (Crédit : via Facebook)

S’il devait y avoir un changement, il faudrait des préparatifs avant l’élection. Le problème n’est évidemment pas le peuple – ni ici en Israël, ni là-bas en Russie – malgré ceux qui regrettent la « main forte » et méprisent la démocratie. Le problème principal est le long mandat de certains dirigeants au pouvoir. En Israël, il y a aussi la puissante propagande du Likud et de Netanyahu.

Le changement doit donc être un processus très long.

Dans le cas de la Russie, je pense à un mécanisme datant de 1917 qui a conduit à la démission du tsar Nicolas II et au transfert du pouvoir au parlement russe – la formation d’un gouvernement de coalition temporaire, puis la création d’un conseil constitutionnel chargé d’établir une nouvelle constitution.

En théorie, ce processus prendrait plusieurs années. Pour l’instant, je ne vois pas d’évolution positive pour la Russie. Pour devenir un pays libre et réformé, elle doit d’abord cesser d’être un empire. Nous en sommes encore au stade de la désintégration de l’empire soviétique. Ainsi, en 1991, tout le monde a dit que le processus était achevé avec presque aucune effusion de sang. Il s’est avéré que le massacre a simplement été reporté à plus tard.

Traduit par l’auteure à partir de l‘interview originale en hébreu publiée sur le site frère du Times of Israel, Zman Yisrael.

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