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Le grand rabbin de Moscou reconnaît être parti à cause de la guerre en Ukraine

Le rabbin Pinchas Goldschmidt affirme que la communauté juive de la ville "aurait été en danger" s'il était resté après s'être exprimé contre l'invasion de la Russie

Le rabbin Pinchas Goldschmidt prononce un discours à Paris, en France, le 10 octobre 2018. (Crédit : Conférence des rabbins européens par l’intermédiaire de la JTA)
Le rabbin Pinchas Goldschmidt prononce un discours à Paris, en France, le 10 octobre 2018. (Crédit : Conférence des rabbins européens par l’intermédiaire de la JTA)

Le rabbin Pinchas Goldschmidt, qui a été le grand rabbin de Moscou pendant plus de 30 ans, a déclaré jeudi qu’il avait quitté son poste parce que ses prises de position contre l’invasion de l’Ukraine par la Russie mettaient en danger la communauté juive.

Il a déclaré avoir pris part à la « renaissance historique du judaïsme russe » depuis la chute de l’Union soviétique, mais avoir eu des difficultés sous le régime de plus en plus autoritaire du président russe Vladimir Poutine.

« Alors que la terrible guerre contre l’Ukraine se déroulait ces derniers mois, je ne pouvais pas rester silencieux, voyant tant de souffrance humaine », a-t-il déclaré dans un communiqué. « Je suis allé aider les réfugiés en Europe de l’Est et me suis exprimé contre la guerre. »

Il a précisé qu’il avait été réélu grand rabbin de Moscou le mois dernier, mais qu’au fil du temps, « il est devenu évident que la communauté juive de Moscou serait mise en danger si je restais à mon poste ».

« Aussi triste que je sois, dans les circonstances actuelles, il est clairement dans l’intérêt de l’avenir de la communauté que je quitte maintenant mon poste », a-t-il déclaré. « Que Dieu bénisse et garde la communauté juive de Moscou. »

Il était le grand rabbin de Moscou depuis 1989.

Goldschmidt est le président de la Conférence des rabbins européens et a déclaré qu’il continuerait à servir les communautés d’Europe, y compris celle de Moscou, à ce poste.

Le mois dernier, le conseil d’administration de la Société religieuse juive de Moscou avait voté en faveur d’une prolongation du contrat de Goldschmidt, même s’il se trouvait en Israël depuis un certain temps.

Un porte-parole du groupe a déclaré mercredi aux médias russes que le contrat de Goldschmidt n’avait pas été prolongé malgré le vote, en précisant qu’il n’avait pas été licencié.

Goldschmidt a quitté la Russie en mars, deux semaines après l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Sa belle-fille, la journaliste Avital Chizhik-Goldschmidt, a récemment déclaré que Goldschmidt avait subi des pressions pour soutenir publiquement la guerre, mais qu’il avait refusé de le faire.

D’autres rabbins en Russie, dont le grand rabbin du pays, Berel Lazar, et son principal porte-parole, Boruch Gorin, sont restés dans le pays après avoir exprimé leurs préoccupations concernant la guerre.

Lazar et Gorin appartiennent à un groupe affilié à Habad, la Fédération des communautés juives de Russie, qui entretient depuis longtemps des liens étroits avec Poutine. Le groupe a pris l’ascendant sur toutes les autres organisations juives de Russie au début des années 2000, aidé par les terrains et les financements qu’il a reçus du gouvernement russe.

Goldschmidt, quant à lui, a eu des relations plus difficiles avec les autorités russes.

Né en Suisse et non affilié à Habad, le rabbin orthodoxe s’est vu soudainement refuser l’entrée en Russie en 2005, avant d’être autorisé à y retourner quelques semaines plus tard. Les autorités n’ont jamais donné d’explication détaillée sur cet épisode, mais certains responsables ont déclaré qu’il s’agissait alors d’une « question de sécurité nationale ».

La trajectoire de la carrière de Goldschmidt est de plus en plus centrée sur l’Europe occidentale. Il est à la tête de la Conférence des rabbins européens depuis 2011.

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