Un onco-pédiatre livre son expérience à l’hôpital Hadassah de Jérusalem
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Un onco-pédiatre livre son expérience à l’hôpital Hadassah de Jérusalem

Né aux États-Unis, Elisha Waldman livre ses réflexions sur les défis uniques que pose le traitement des enfants malades à Jérusalem, une ville religieuse et politiquement complexe

Le Dr. Elisha Waldman (Crédit photo : Michael Lionstar)
Le Dr. Elisha Waldman (Crédit photo : Michael Lionstar)

Entrez dans n’importe quel hôpital israélien un jour donné, et vous verrez des Israéliens et des Palestiniens de toutes origines et religions – personnel et patients – coexister et coopérer. Il s’agit d’un microcosme d’une paix plus large – la paix au Moyen-Orient – que la plupart des gens à l’extérieur du pays ignorent.

Le médecin américain Elisha Waldman a vécu cette réalité en travaillant au Hadassah Medical Center pendant sept ans.

Aujourd’hui, il témoigne auprès du public américain avec son nouveau livre, « This Narrow Space : A Pediatric Oncologist, His Jewish, Muslim and Christian Patients, and a Hospital in Jerusalem ».

« The Narrow Place » par Elisha Waldman (Schocken)

Waldman emmène les lecteurs dans le service d’oncologie pédiatrique de Hadassah, très fréquenté et parfois bruyant, et en particulier dans les espaces privés où médecins et infirmières discutent des plans de traitement avec de jeunes patients gravement malades et leurs familles. Malheureusement, il arrive parfois qu’il n’y ait plus d’options médicales – sur ou hors protocole – à essayer.

Il pourrait s’agir, bien sûr, du travail d’un onco-pédiatre partout dans le monde. Ce qui distingue This Narrow Space, c’est qu’il présente les complexités uniques de la prise en charge des enfants malades à Jérusalem, sans doute la ville la plus confessionnelle et politiquement la plus chargée du monde.

Des gens de toutes les franges de la société israélienne et palestinienne ont été pris en charge par Waldman : Juifs séculiers, juifs ultra-orthodoxes, résidents israéliens des territoires, Palestiniens citoyens d’Israël et Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza qui sont entrés temporairement en Israël avec des permis délivrés pour des raisons humanitaires.

Le livre de Waldman montre comment l’atmosphère hospitalière souligne positivement les points communs entre tous ces groupes.

« Il s’agit de reconnaître qu’il y a certains traits et certaines valeurs de l’humanité qui traversent chacun d’entre nous, que vous soyez un Juif haredi de Jérusalem ou un Juif laïc de Tel Aviv ou un Palestinien originaire de Hébron », déclare-t-il.

Vue aérienne de l’hôpital Hadassah Ein Kerem, Jérusalem, 17 mars 2014. (Yossi Zamir/Flash 90)

Dans une large mesure, Waldman a été forgé dans le creuset de Hadassah. C’est là qu’il en a appris davantage sur lui-même, devint un meilleur médecin et décida de se spécialiser dans les soins palliatifs pédiatriques.

« Je me suis transformé à la fois en clinicien et en être humain pendant mon séjour là-bas », a déclaré Waldman au Times of Israel.

En tant que spécialiste des soins palliatifs, Waldman, qui s’est toujours intéressé aux questions spirituelles, prend du temps avec les familles et les enfants qui doivent prendre des décisions difficiles.

« Mon travail est d’aider à comprendre qui sont ces gens, ce qui est important pour eux et comment nous pouvons adapter nos soins médicaux avec cela. C’est cette expérience de travailler dans un endroit si fou et hors contexte pour moi à Jérusalem qui m’a vraiment permis d’aiguiser ces compétences », a-t-il dit.

Le Dr Elisha Waldman avec des clowns médicaux au service d’oncologie pédiatrique du Hadassah Medical Center, 2009. (VousTube capture d’écran)

Waldman, 46 ans, n’habite plus en Israël et est actuellement chef adjoint de la division des soins palliatifs pédiatriques au Ann and Robert H. Lurie Children’s Hospital de Chicago.

L’auteur a déclaré qu’il avait eu le cœur brisé de quitter Israël pour un poste au Morgan Stanley Children’s Hospital du Columbia University Medical Center à New York en 2014, lorsqu’il est devenu clair que Hadassah n’avait pas l’intention de soutenir ses efforts pour mettre en place le premier service complet de soins palliatifs pédiatriques en Israël.

« Je suis parti avec des sentiments semblables à ceux que l’on ressent après un amour non réciproque. Je n’ai pas eu la réponse que j’espérais ou que je pensais mériter, que ce soit égoïste ou assez mérité. J’en suis arrivé à la conclusion que c’était une décision nécessaire et intelligente pour ma famille, mais Israël me manque chaque jour », a dit Waldman, qui est marié et qui a un jeune fils, avec un autre bébé à venir.

« Je suis parti avec des sentiments semblables à ceux que l’on ressent avec un amour non réciproque »

Avant ses résidences en pédiatrie et en oncologie au Mount Sinai Medical Center et au Memorial Sloan Kettering Cancer Center à New York, Waldman a vécu en Israël pendant ses études de médecine à la Sackler Faculty of Medicine de l’Université de Tel Aviv.

Il avait aussi visité le pays à maintes reprises avec son père rabbin conservateur, sa mère, son frère cadet et sa sœur pendant son enfance dans le Connecticut. (Toute sa famille vit maintenant en Israël.)

Le jeune Elisha Waldman (à gauche) et son frère en Israël lors d’une visite familiale en 1979. (Courtesy)

Cependant, l’alyah de Waldman en 2007 et les années passées comme médecin traitant à Hadassah lui ont donné une toute nouvelle perspective sur ce qu’est d’être médecin israélien.

« C’est une chose de faire des gardes à l’hôpital quand on est à l’école de médecine, alors que vous essayez encore de comprendre comment fonctionne l’insuffisance cardiaque et quels médicaments donner, et une autre, quand vous êtes le médecin traitant, qui s’occupe d’un enfant mortellement malade. Vous êtes dans une situation très différente et vous essayez de naviguer dans ce système », dit-il.

En tant que jeune médecin immigré en Israël, Waldman a été appelé au service militaire. Il venait d’achever la formation d’officiers et était responsable du département d’oncologie pédiatrique de Hadassah lorsque l’opération Plomb durci a éclaté à Gaza en décembre 2008. C’est à ce moment-là qu’il a écrit l’essai qui finira par devenir This Narrow Space.

« Au cours de ces quelques semaines, j’ai été confronté à beaucoup de choses sur le plan émotionnel, en ce qui concerne mon identité et celle des patients. Cette expérience bizarre du pays s’est mêlée à la toile de fond d’enfants vraiment malades. Je me suis réveillé à deux heures du matin dans mon appartement et j’ai juste déversé cet essai sur du papier pour raconter mes impressions de travailler au milieu de tout ça. J’avais juste besoin de le sortir de mon âme », se rappelle Waldman.

Le Dr Elisha Waldman pendant son service militaire dans Tsahal. (Courtesy

Un thème récurrent dans les mémoires de Waldman est l’influence des autorités religieuses locales sur les soins de santé et les décisions de fin de vie de leurs fidèles.

« Dans un monde idéal, la communication entre le rabbin d’un patient et l’équipe médicale serait transparente, chacun travaillant ensemble pour explorer les buts, les espoirs et les craintes afin de trouver un plan qui soit médicalement et religieusement ou culturellement approprié pour une famille donnée. Mais en réalité, ce genre de relation se matérialise rarement », écrit-il.

Plus d’une fois dans ses mémoires, Waldman a exprimé son étonnement et sa frustration lorsque des parents juifs ultra-orthodoxes et musulmans religieux ont refusé de laisser des chirurgiens amputer les membres cancéreux de leurs filles à cause de stigmates défigurants.

Waldman estime que son plus grand défi a été de traiter avec la population palestinienne, et en particulier de ne pas être suffisamment au fait des subtilités politiques et culturelles qui en découlent. Il s’est aussi avéré que les différences religieuses juives étaient les plus dures à percer.

« Je pense que c’était peut-être parce que j’étais concerné. Cela impliquait ma propre identité religieuse et mon propre sens de la communauté… et de prendre conscience du fait qu’il y a beaucoup de sous-communautés et que tout le monde n’adopte pas une approche pluraliste de la diversité », raconte Waldman.

Cela ne veut pas dire que je n’étais pas concerné par la question palestinienne. En fait, je me sens profondément investi en tant que quelqu’un qui a fait son alyah [immigré en Israël] et en tant qu’être humain, mais je pense qu’il m’a été plus facile de voir cela comme quelque chose d’extérieur à moi-même… Le vrai casse-tête était d’entrer dans la tête des Haredim de Mea Shearim qui ont mis plus de barrières entre eux et moi [que ne l’ont fait les Palestiniens] », a-t-il dit.

Des parents et de jeunes patients cancéreux du département d’hémato-oncologie de Hadassah Ein Kerem manifestent contre le ministre de la Santé Yaakov Litzman et contre le PDG du Ein Kerem Medical Center Zeev Rotstein à Jérusalem, le 7 juin 2017 (Yonatan Sindel/Flash90)

Waldman a suivi de loin la récente crise du service d’oncologie pédiatrique de Hadassah. En mars 2017, son ancien patron et mentor, le professeur Michael (Mickey) Weintraub, ainsi que cinq autres médecins et trois stagiaires, ont décidé de démissionner pour des raisons médicales et logistiques.

« Je pense que ce que Mickey a créé dans ce département, était une très belle bulle unique. C’était un endroit où le personnel, les patients et les familles – malgré le fait qu’ils étaient tous menacés par les pires maladies que vous pouvez imaginer – se sentaient en sécurité et protégés », a dit Waldman.

« Il me semble que la direction de l’hôpital et le ministère de la Santé ont été extrêmement myopes et étroits d’esprit, et ont privé la grande communauté de Jérusalem d’un atout incroyable », a-t-il dit.

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