Un parti d’extrême droite polonais veut limiter les restitutions de biens volés
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Un parti d’extrême droite polonais veut limiter les restitutions de biens volés

Yair Lapid, de Kakhol lavan, a déclaré qu'Israël devait demander au gouvernement polonais de mettre cette "honte" au placard

Pawel Kukiz, le dirigeant de Kukiz'15, serre la main de ses partisans après un débat télévisé pour les élections parlementaires  à Varsovie en Pologne, le 20 octobre 2015. (AP Photo/Alik Keplicz)
Pawel Kukiz, le dirigeant de Kukiz'15, serre la main de ses partisans après un débat télévisé pour les élections parlementaires à Varsovie en Pologne, le 20 octobre 2015. (AP Photo/Alik Keplicz)

Kukiz’15, un parti d’extrême droite polonais de l’opposition, a proposé un projet de loi qui aurait pour effet de limiter les procédures judiciaires intentées par des Juifs pour récupérer des biens confisqués et volés pendant la Shoah, selon les informations rapportées par une station de radio jeudi.

L’émission de la radio Kan, qui coïncide avec Yom HaShoah en Israël, a expliqué que le parti au pouvoir en Pologne ne devrait pas apporter son soutien à la proposition de loi soumise par des élus de Kukiz’15, qui détient 42 des 460 sièges du Parlement.

Cette dernière vise à « empêcher les demandes pour récupérer des propriétés polonaises [dans des cas] où il n’y a pas d’héritiers », et à limiter « les procès futiles de restitution de biens », selon Kan, ce qui semble faire référence aux descendants directs. La législation soumise renvoie aux biens saisis pendant la Deuxième Guerre mondiale, mais elle s’appliquerait surtout aux Juifs qui cherchent à obtenir une compensation, dit le texte.

La Pologne est le seul pays de l’Union européenne à ne pas avoir adopté de loi destinée à restituer intégralement, ou à offrir une compensation, pour les biens privés spoliés par les nazis ou nationalisés par le régime communiste.

Mais les héritiers juifs peuvent néanmoins demander une compensation auprès de la justice polonaise.

Ce projet législatif a été condamné par le député de Kakhol lavan Yair Lapid, critique de longue date de la Pologne et fils de Tommy Lapid un survivant de la Shoah.

« Pour eux, ce n’est pas suffisant que le sang des Juifs jaillissent du sol polonais, aujourd’hui nous disposons d’une preuve supplémentaire des forces antisémites en Pologne qui osent lever la tête, et cela alors que nous célébrons Yom HaShoah en Israël », a-t-il tweeté. « Le gouvernement israélien doit demander que le gouvernement polonais enterre cette honte ».

Yair Lapid de Kakhol lavan le 31 mars 2019 (Crédit : Saria Diamant/Kakhol lavan)

Plus tôt ce mois, des nationalistes polonais ont manifesté à New York contre une loi visant à aider des survivants de la Shoah et leurs descendants à récupérer des biens volés en Pologne. Certains ont employé une rhétorique antisémite.

Signé par le président Donald Trump l’année dernière, ce décret appelé « Justice for Uncompensated Survivors Today Act » impose que le département d’Etat établisse un rapport chaque année sur les progrès réalisés dans certains pays européens en matière de restitution des biens confisqués à tort pendant la Shoah.

En février, le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo a soulevé la question lors de sa première visite officielle en Pologne.

« Nous reconnaissons l’importance de la résolution des questions problématiques du passé, et j’appelle mes collègues polonais à aller de l’avant avec une loi exhaustive de restitution des biens privés à ceux ayant perdu des biens pendant la Shoah », a-t-il déclaré.

L’année dernière, Varsovie avait adopté une loi qui rend illégal le fait d’accuser la nation ou l’Etat polonais de complicité dans les crimes de guerre nazis. La décision a suscité un tollé en Israël, qui y voit une tentative d’interdiction des témoignages des crimes polonais contre les Juifs. En réaction, le gouvernement polonais a modifié la loi pour enlever la possibilité d’amendes ou de peines de prison.

En février, le ministre israélien des Affaires étrangères Israël Katz s’est attiré la colère de Varsovie en citant le défunt Premier ministre Yitzhak Shamir qui avait déclaré que les « Polonais tètent l’antisémitisme du sein de leurs mères ».

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