Rechercher

Un rabbin ukrainien met en lumière les parents de Zelensky, généralement discrets

Dans une interview accordée à un journal israélien, le rabbin Liron Ederi a déclaré que les parents du président ukrainien n'ont pas compris l'ambition politique de leur fils

Le rabbin Liron Ederi est assis à son bureau à Kryvyi Rih, en Ukraine, en 2016. (Crédit: Habad.org via JTA)
Le rabbin Liron Ederi est assis à son bureau à Kryvyi Rih, en Ukraine, en 2016. (Crédit: Habad.org via JTA)

JTA – Leur fils est peut-être présent à la télévision tous les soirs, mais les parents du président ukrainien Volodymyr Zelensky ont toujours refusé les innombrables demandes d’interviews sur leur propre vie.

Le rabbin de leur ville natale de Kryvyi Rih, dans l’est de l’Ukraine, est apparemment beaucoup plus loquace au sujet des Zelensky.

Cette semaine, le rabbin Liron Ederi, émissaire du mouvement Habad-Loubavitch dans la ville, a longuement parlé à un journal orthodoxe en Israël de ses liens avec Oleksandr et Rymma Zelensky. Selon le rabbin, le président Zelensky et ses parents l’ont aidé à promouvoir plusieurs causes communautaires juives.

L’interview du rabbin a donné un rare aperçu de la vie des parents de Zelensky, qui refusent généralement l’attention des médias, au milieu de l’intérêt international intense que suscite le président. Pour beaucoup, le président ukrainien est un héros – certains Juifs l’ont qualifié de « Maccabée moderne » – en raison de sa transformation en chef de guerre après l’invasion de l’Ukraine par la Russie le 24 février et le déclenchement des hostilités qui ont fait des milliers de morts.

Les informations contenues dans l’interview n’ont pas été vérifiées, et il est impossible de savoir si le récit d’Ederi est totalement exact. Le bureau de Zelensky, qui gère la réponse de l’Ukraine à une guerre qui dure depuis deux mois, n’a pas répondu à une demande de commentaire.

L’interview – qui a été publiée cette semaine en hébreu dans Ktifa, un magazine appartenant au journal israélien Yated Neeman – pourrait s’avérer controversée dans un pays où l’antisémitisme est courant et pour lequel Zelensky a juré de ne pas reproduire la corruption et le népotisme des gouvernements précédents.

Ederi a raconté au journal un cas dans lequel, selon lui, le père du président aurait contribué à empêcher une loi visant à interdire la production de viande casher (si les efforts pour interdire la production de viande casher ont été répandus ailleurs en Europe, aucune législation de ce type n’est à déplorer en Ukraine).

« A quoi bon avoir un fils président si ce n’est pour cela ? »a déclaré Ederi.

Ederi a décrit Oleksandr Zelensky comme un membre très engagé de la communauté juive de Kryvyi Rih, une ville surtout connue pour ses usines sidérurgiques. Le père du président a conçu un programme de cours d’informatique pour l’école juive de la ville, qui compte environ 300 élèves, a indiqué M. Ederi. « Il y a travaillé pendant des heures, révisant et réécrivant le programme », a-t-il ajouté.

Sur cette photo prise le lundi 15 avril 2019, des personnes à Kryvyi Rih, dans l’est de l’Ukraine, passent devant un panneau publicitaire soutenant la campagne du candidat à la présidence Volodymyr Zelensky. On peut y lire « 21 avril, la fin de l’ère de la cupidité ». (Crédit: AP Photo/Evgeniy Maloletka)

Plus récemment, Ederi a déclaré qu’il avait fait appel à Oleksandr Zelensky afin de faire pression sur son fils pour qu’il appuie la stratégie du rabbin visant à allouer davantage de fonds publics aux écoles juives. Si l’histoire juive devenait une matière laïque obligatoire, les fonds publics pourraient couvrir les études juives, et pas seulement les matières laïques telles que les mathématiques et l’anglais.

« J’ai demandé au professeur Zelensky d’aider à promouvoir un plan dans lequel les études juives feraient partie des matières obligatoires dans ces écoles », a déclaré Ederi.

Mais l’invasion de l’Ukraine par la Russie a mis en suspens la question du financement des écoles. Elle a également poussé les parents de Zelensky à quitter Kryvyi Rih, selon Ederi. Cette ville de 700 000 habitants a été largement épargnée lors de la première phase de la guerre, mais on s’attend à ce qu’elle soit confrontée à de nouvelles attaques lorsque les combats se déplaceront vers l’est et le sud du pays.

« J’espère qu’après la guerre, le professeur Zelensky continuera à nous aider », a déclaré Ederi à Ktifa. « Il ne reviendra pas vivre ici, il restera vivre près de son fils, de sa belle-fille et de ses deux petits-enfants, mais notre relation se poursuivra, si Dieu le veut. »

Oleksandr Zelensky qui venait souvent -mais pas régulièrement- à la synagogue, a fait en sorte que son rabbin rencontre son fils, ancien acteur et comique, peu après l’élection présidentielle en 2019.

Ederi a décrit la rencontre de manière assez détaillée, racontant à Ktifa qu’Oleksandr Zelensky a demandé au rabbin s’il voulait rencontrer le président.

« J’ai répondu bien sûr, pourquoi pas », s’est souvenu Ederi, ajoutant qu’il ne pensait pas que la rencontre aurait réellement lieu. « Mon cœur s’est un peu emballé, je dois dire. Je connaissais bien les parents. Mais je ne connaissais pas aussi bien le président. Je suis arrivé sur place [et] Zelensky m’a regardé et m’a demandé : ‘Oui, que voulez-vous ?’. Que pouvais-je répondre ? J’ai dit la vérité : ‘Je ne sais pas, votre père a dit que vous vouliez me rencontrer.’ C’était un peu étrange. Le père est un homme bien, il voulait m’honorer mais je n’avais rien de précis à dire au président. »

Andriy Yermak, le chef du bureau de Zelensky, également d’origine juive, était présent lors de la réunion, a déclaré Ederi.

« Petit à petit, la situation est devenue moins gênante. Nous avons discuté », a déclaré le rabbin. « Si vous mettez trois juifs dans la même pièce, ils auront toujours quelque chose à se dire ».

Confirmant d’autres sources, Ederi a déclaré que les parents de Volodymyr Zelensky n’apprécient pas l’intérêt des médias à leur égard – avant de divulguer le genre d’informations que des dizaines de journalistes ont cherché à obtenir à Kryvyi Rih.

« Je me souviens que lorsque son fils a été élu, il s’est plaint à moi, me demandant pourquoi son Volodymyr faisait ce qu’il faisait », a déclaré Ederi.

« Qu’est-ce qui lui manquait dans sa vie pour qu’il veuille devenir président ? Pourquoi ? » se souvient Ederi.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky prête serment sur la Bible et la constitution pendant la cérémonie d’investiture,à Kiev, le 20 mai 2019. (Crédit : Genya SAVILOV / AFP)

Après l’élection, « les parents sont passés en mode défensif », a déclaré Ederi. « Ils ne voulaient pas être célèbres. Ils ne comprenaient pas pourquoi leur fils en avait besoin, ce qui lui avait pris. Ils voulaient préserver leur tranquillité. Une vie de famille paisible. Que leur fils devienne président était, pour eux, plus un cauchemar qu’un rêve. »

Zelensky a fréquemment revendiqué son amour pour ses parents sur les réseaux sociaux. Il traite différemment de ses origines juives, qu’il n’a ni niées ni particulièrement mises en avant. Interrogé sur sa judéité par le philosophe juif Français Bernard-Henri Levy au début de 2019, Zelensky avait refusé d’approfondir la question, avait relevé Levy lors de la publication de l’interview dans le journal français Le Point. « Le fait que je sois Juif arrive à peine en vingtième position dans ma longue liste de défauts », a-t-il glissé à Levy. Il a également déclaré à un autre intervieweur que son père lui avait interdit d’accepter une bourse d’études en Israël après le lycée.

Ederi est l’un des 200 rabbins qui dirigent des communautés en Ukraine dans le cadre du mouvement hassidique Habad. Il occupe le poste de grand rabbin de Kryvyi Rih depuis 2002. L’année dernière, sa communauté a annoncé un projet d’expansion du mikveh -le bain rituel- et le mois dernier, dans en pleine guerre, elle a consacré une nouvelle Torah, selon des reportages affiliés à Habad.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...