Rechercher

Un second tour municipal perturbé par les attaques de Gaza

Les candidats qui n'ont pas réussi à atteindre les 40 % des voix au premier tour vont affronter un nouveau vote tendu

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Des affiches de campagne électorale devant la fumée émanant d'un bâtiment incendié par une roquette de la bande de Gaza dans le sud d'Israël, à Sdérot, le 12 novembre 2018 (Crédit : Hadas Parush/Flash90)
Des affiches de campagne électorale devant la fumée émanant d'un bâtiment incendié par une roquette de la bande de Gaza dans le sud d'Israël, à Sdérot, le 12 novembre 2018 (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Après que les résidents du sud ont passé la nuit dans des abris anti-aériens, les villes israéliennes situées à proximité de la frontière avec Gaza ont connu de nouvelles perturbations dans la matinée de mardi, lorsque le ministre de l’Intérieur Aryeh Deri a annoncé que le second tour du scrutin municipal dans le secteur, qui devait commencer au cours de la journée, serait reporté à une date indéterminée en raison de l’escalade continue des violences.

Les bureaux de vote, dans le conseil régional de Hof Ashkelon, n’ont pas ouvert comme prévu à 13 heures suite aux recommandations émises par le Commandement intérieur de l’armée israélienne, a fait savoir un communiqué du ministère.

Deri a expliqué que le scrutin – l’un des 55 qui doivent avoir lieu dans des municipalités de tout le pays – était repoussé à « des jours plus sereins » dans la région.

L’armée a annoncé que plus de 400 roquettes et obus de mortier avaient été tirés depuis Gaza vers le sud d’Israël entre lundi après-midi et mardi matin, le plus grand tir de barrage jamais connu en Israël en l’espace de vingt-quatre heures.

Des missiles du système de défense anti-aérienne du Dôme de fer dans le sud d’Israël détruisent les missiles arrivant au-dessus d’Ashkelon, tirés depuis la bande de Gaza le 13 novembre 2018. (Crédit : GIL COHEN-MAGEN / AFP)

« J’ai décidé de reporter les élections sur la côte d’Ashkelon parce que la sécurité des résidents est plus importante que tout le reste. Des élections ne peuvent pas avoir lieu alors que les habitants ne peuvent pas quitter le périmètre des complexes protégés, des refuges et des abris », a commenté Deri mardi matin, soulignant que les autres scrutins locaux pourraient se dérouler comme cela avait été initialement prévu.

Environ 1,9 million de citoyens israéliens et de résidents âgés de plus de
17 ans sont appelés à aller déposer leur bulletin dans l’urne lors de ce second tour dans le pays. Ils doivent désigner les futurs responsables à la tête de 54 villes, municipalités et conseils régionaux, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur.

Les bureaux de vote ont ouvert à 13 heures et ils devraient fermer leurs portes à 22 heures. Les résultats devraient commencer à tomber au compte-gouttes dans la nuit de mardi et le décompte final devrait pouvoir être anticipé dès mercredi.

Le scrutin de mardi est organisé dans les municipalités où aucun candidat à la mairie n’a obtenu plus de 40 % des voix lors du vote de 30 octobre, qui a concerné 251 villes et conseils municipaux.

En Basse-Galilée, par exemple, le maire sortant Shlomo Nitzan Peleg a manqué une victoire dès le premier tour à seulement 0,01 % – récoltant 39,99 % des voix. Il affrontera donc lors du second tour son rival Asher Cohen, qui n’a engrangé que 22,6 % des suffrages.

Des électeurs viennent voter dans un bureau de l’implantation de Kedumim le matin des élections municipales, le 30 octobre 2018 (Crédit : Hillel Maeir/Flash90)

Tandis que le scrutin, au mois d’octobre, s’était déroulé pour la première fois un jour de congé – décidé par une nouvelle loi de la Knesset et qui a coûté 2 milliards de shekels – accordé à tous les Israéliens pour l’occasion, le ministère de l’Intérieur a indiqué espérer que mardi, qui n’est pas un jour férié, connaîtra également une forte participation des électeurs.

« Le second tour est plus modeste mais le suspense est à son apogée et nous nous attendons également à un fort pourcentage de participation aujourd’hui », a commenté le directeur-général du ministère, Mordechai Cohen, en amont du vote.

Lors du premier tour, 3,6 millions de personnes s’étaient rendues aux urnes sur un total de 6,6 millions d’électeurs, une hausse d’environ dix points de pourcentage par rapport au taux de participation qui avait été enregistré lors des dernières élections municipales, il y a cinq ans.

Tandis que la participation électorale pourrait être moins élevée, les résultats de mardi pourraient entraîner une augmentation du nombre de femmes élues à la tête de mairies et de conseils municipaux.

Six candidates sont en effet présentes lors de ce second tour, notamment la maire de Yehud, Yaela Machlis, qui va affronter l’ancien maire Yossi Ben David, et l’ancienne députée de Yesh Atid, Yifat Kariv, qui fait face à Amir Kochavi à Hod Hasharon.

La majorité des votes de mardi concerneront des conseils régionaux plus importants mais des courses tendues ont également lieu dans 19 villes et municipalités de tout le pays, de la ville touristique d’Eilat, au sud, à la ville de Safed, au nord. Les électeurs des villes de Rishon Lezion, Ramat Gan, Ramat Hasharon, Kfar Saba et Bat Yam, dans le centre du pays, auront le choix entre les deux candidats sélectionnés à l’issue du premier tour.

Dov Zur, maire de Rishon Lezion, arrive devant le tribunal de première instance de Rishon Lezion pour la prolongation de sa suspension provisoire, le 7 décembre 2017 (Avi Dishi / Flash90)

A Rishon Lezion, le maire Dov Zur va affronter son challenger Raz Kinestalich après avoir échoué à rassembler 40 % des suffrages, un résultat largement considéré comme lié aux soupçons criminels nourris contre le maire sortant. Zur avait été suspendu pendant 45 jours quand il avait été arrêté, au début du mois de décembre, pour son implication présumée dans une affaire de pots-de-vin impliquant le député du Likud David Bitan — ancien adjoint au maire de Rishon Lezion – et d’autres personnalités de haut-rang des municipalités de Rishon Lezion et de Tel Aviv.

Zur est soupçonné de pots-de-vin, de fraude et d’abus de confiance pour avoir promu un certain nombre de projets de construction dans la ville aux côtés d’entrepreneurs, avait annoncé la police à ce moment-là.

En Cisjordanie, tous les regards sont tournés vers le conseil régional du Gush Etzion, où le second tour reflète déjà le potentiel leadership de tout le mouvement pro-implantation.

Depuis sa victoire-surprise lors des élections spéciales qui avaient eu lieu après la démission, en 2017, de l’ancien chef du conseil régional de Gush Etzion, Davidi Pearl, Shlomo Neeman est considéré comme une étoile montante de la politique pro-implantation et, selon les rumeurs, comme un candidat possible au poste de président du conseil de Yesha. Toutefois, cet habitant de Karmei Tzur âgé de 45 ans a été dans l’incapacité de glaner suffisamment de voix pour une victoire dès le premier tour et il va affronter aujourd’hui Moshe Seville, considéré comme un allié du chef du Conseil régional de Samarie, Yossi Dagan, qui refuse depuis longtemps de travailler au sein du conseil de Yesha.

Mais peut-être que le second tour le plus palpitant du pays se tient à Jérusalem, où aucun gagnant n’est clairement discernable entre les deux candidats en lice pour prendre la tête de la mairie dans la capitale.

Les chefs religieux hassidiques de Jérusalem ont ordonné, lundi, à leurs fidèles de s’abstenir lors de ce second tour, divisant ainsi le vote ultra-orthodoxe par le biais d’une manoeuvre qui pourrait venir en aide au candidat Ofer Berkovitch en le plaçant au coude-à-coude avec le favori du premier scrutin, Moshe Lion.

Lion bénéficie du soutien d’une grande partie de la communauté ultra-orthodoxe de la capitale et l’appui des factions haredim Shas et Degel Hatorah. Berkovitch, pour sa part, est l’avant-garde de la population laïque de la municipalité avec son parti Hitorerut. Lors du premier tour, Lion avait remporté 33 % des voix et Berkovitch 29 %.

Les candidats à la mairie de Jérusalem, Ofer Berkovich (à gauche) et Moshe Lion, lors d’un débat le 21 octobre 2018 avant les élections municipales de Jérusalem du 30 octobre 2018. (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)

Ce second tour entre les deux candidats s’est imposé après qu’aucune des cinq personnalités en lice lors du premier tour — Lion, Berkovitch, le ministre des Affaires de Jérusalem Zeev Elkin, l’adjoint au maire Yossi Deitch et Avi Salman — ne sont pas parvenus à rassembler 40% des suffrages.

Malgré le vaste soutien apporté à Lion parmi les Haredim, l’animosité qui couve entre le mouvement lituanien non-hassidique Degel Hatorah et Agudat Yisrael, largement hassidique, a amené le conseil rabbinique de ce dernier à décider, à 24 heures du vote, qu’il ne participerait pas à ce second tour et qu’il n’apporterait pas son soutien à Lion – une initiative considérée comme un encouragement tacite à la candidature de Berkovitch.

Agudath Yisrael avait rompu les rangs avec les autres groupes ultra-orthodoxes lors du premier tour du vote, choisissant son propre candidat — Yossi Deitch — au détriment de Lion. Les sectes hassidiques auraient également été, selon les rumeurs, un facteur décisif dans la victoire étroite de Nir Barkat face à Lion, en 2013.

Cette course serrée a été également rendue possible par le soutien apporté à Lion par plusieurs personnalités de haut-rang. Il est ainsi appuyé par Barkat, le maire sortant, par plusieurs ministres du Likud et par les branches locales des partis du Likud et HaBayit HaYehudi.

Pour sa part, le Premier ministre Benjamin Netanyahu n’a apporté son soutien ni à Lion, ancien directeur-général de son bureau, ni à Berkovitch.

Marissa Newman a contribué à cet article.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...