Un sénateur démocrate opposé à une réintégration dans un accord iranien inchangé
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Un sénateur démocrate opposé à une réintégration dans un accord iranien inchangé

Chris Coons, qui pourrait devenir secrétaire d'Etat sous Biden, dit que Washington doit exiger que les missiles balistiques et les groupes mandataires de Téhéran soient limités

Le sénateur démocrate Chris Coons, du Delaware, s'exprime lors de la troisième journée des audiences de confirmation de la Cour suprême pour la juge Amy Coney Barrett, devant la commission judiciaire du Sénat au Capitole à Washington, le 14 octobre 2020. (Patrick Semansky-Pool/Getty Images/AFP)
Le sénateur démocrate Chris Coons, du Delaware, s'exprime lors de la troisième journée des audiences de confirmation de la Cour suprême pour la juge Amy Coney Barrett, devant la commission judiciaire du Sénat au Capitole à Washington, le 14 octobre 2020. (Patrick Semansky-Pool/Getty Images/AFP)

Le sénateur démocrate américain Chris Coons a fait savoir qu’il ne soutiendrait pas une réintégration des Etats-Unis dans l’accord nucléaire conclu avec l’Iran sans des limitations préalablement convenues sur le programme de missiles balistiques de Téhéran et sur le soutien apporté par la république islamique aux milices qui sèment le chaos dans tout le Moyen-Orient.

Coons, qui est considéré comme un choix potentiel à un poste de secrétaire d’Etat au sein de l’administration du président-élu Joe Biden, a déclaré à Reuters qu’il soutiendrait une réintégration des Etats-Unis dans le JCPOA (Joint Comprehensive Plan of Action) – le nom donné au pacte signé avec l’Iran – seulement si ce dernier devait « ouvrir la voie à des limitations du programme de missiles de l’Iran et du soutien apporté par le pays à des groupes mandataires. »

« Et cela devra se faire au même moment », a-t-il ajouté.

Biden a fait part de sa volonté de réintégrer l’accord conclu en 2015 qui avait été abandonné par le président Donald Trump en 2018.

Alors que Biden se prépare à faire son entrée à la Maison Blanche au mois de janvier, des représentants de plusieurs nations du Moyen-Orient ont exprimé leur opposition, ces derniers jours, à un retour des Américains au sein de l’accord tel qu’il avait été initialement conçu.

L’ambassadeur israélien aux Etats-Unis, Ron Dermer, a expliqué lundi dernier que le retour de la prochaine administration dans l’accord serait une « erreur ».

Le président désigné des États-Unis, Joe Biden, salue à sa sortie du Queen Theater, à Wilmington, Delaware, le 10 novembre 2020. (Carolyn Kaster/AP)

« Je pense que ce serait une erreur et, avec un peu de chance, [Biden] saura observer le Moyen-Orient tel qu’il est et il verra les bénéfices à tirer des processus de normalisation, il saura estimer comment il peut continuer ce processus et, je pense, comment ne pas réintégrer l’accord tel qu’il est aujourd’hui », a déclaré Dermer durant une rencontre avec ses homologues émirati et bahreïni à Washington.

Le ministre des Affaires étrangères du Bahreïn, Abdullatif al-Zayani, a également vivement recommandé à la prochaine administration américaine de consulter ses alliés au Moyen-Orient avant de renégocier un accord sur le nucléaire avec la république islamique.

« Nous devons être consultés si les Etats-Unis poursuivent un tel accord avec l’Iran », a dit al-Zayani. « Toutes les nations qui s’inquiètent de l’agressivité de l’Iran doivent faire valoir leur point de vue, et elles le feront ».

L’ancien ambassadeur saoudien à Washington, le prince Turki bin Faisal Al Saud, a tenu des propos similaires dans la journée de mardi.

Le prince saoudien Turki al-Faisal s’entretient avec l’AP à Abu Dhabi, aux Emirats arabes unis, le 24 novembre 2018. (Crédit : AP Photo/Kamran Jebreili, File)

« Tandis que nous aspirons tous à retrouver en l’Iran un Etat-nation normal et pacifique au sein de la communauté internationale, tout ce que nous avons vécu au cours des quarante dernières années avec le régime iranien n’est guère encourageant », a déclaré Faisal lors d’un discours prononcé devant le Conseil national des relations américano-arabes au cours duquel il a aussi mis en garde Biden contre une répétition des « erreurs » du passé.

Tout accord non-exhaustif « ne permettra pas à notre région de connaître une paix et une sécurité durables », a-t-il ajouté, déplorant que l’accord sur le nucléaire n’ait pas « rationalisé le comportement destructeur de l’Iran dans la région » – un comportement qui, a-t-il dit, n’était pas moins une menace que ses aspirations au nucléaire.

L’accord sur le nucléaire avec la république islamique avait été conclu en 2015 alors que Biden était vice-président des Etats-Unis.

A l’époque, le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait été à l’origine d’une campagne virulente contre l’accord, dont l’apogée avait été un discours prononcé devant une session conjointe du Congrès – une allocution qui avait été organisée derrière le dos du président américain en exercice à ce moment-là, Barack Obama.

Netanyahu avait alors averti que l’accord en cours d’élaboration « ouvrait la voie » à un arsenal nucléaire pour Téhéran bien plus qu’il ne le bloquait. Il avait vivement recommandé aux dirigeants américains de renoncer à ce qu’il avait qualifié de « très mauvais accord ».

Depuis que Trump a retiré les Etats-Unis du pacte, en 2018, et a commencé à réimposer des sanctions économiques écrasantes à Téhéran – une initiative qui avait été saluée par Netanyahu et d’autres responsables – la république islamique a riposté en produisant de plus en plus de matériaux fossiles hautement enrichis en violation de l’accord, se rapprochant d’une bombe, tout en laissant encore la porte entrouverte à une reprise des négociations.

Ces bravades ont continué au cours des deux dernières années, attisées en partie par le choix fait par Téhéran d’attendre les résultats de l’élection présidentielle 2020 pour savoir comment déterminer au mieux de futurs pourparlers éventuels avec les Etats-Unis.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu parle de l’Iran lors d’une réunion conjointe du Congrès des États-Unis dans la salle de la Chambre au Capitole américain, le 3 mars 2015 à Washington, DC. (Win McNamee/Getty Images/AFP)

L’administration Trump serait en train de préparer de nombreuses sanctions d’ampleur contre l’Iran pour tenter de rendre plus difficile la réintégration de la prochaine administration dans l’accord.

Au cours de la campagne présidentielle récente, Biden et ses conseillers avaient fustigé la décision prise par Trump, en 2018, de retirer les Etats-Unis du pacte, affirmant qu’elle avait permis à la république islamique de progresser dans ses travaux en vue d’acquérir l’arme nucléaire. Ils avaient promis qu’une administration Biden œuvrerait à renégocier un accord « plus long et plus fort ».

Israël se prépare au changement qui devrait intervenir dans la politique américaine concernant la région. Selon le site d’information Walla, le ministre des Affaires étrangères Gabi Ashkenazi a établi une petite équipe, dans son bureau, qui sera chargée de définir une stratégie qui permettra de garantir que Jérusalem restera informée, en temps et en heure, des efforts livrés par l’administration américaine pour réintégrer le pacte sur le nucléaire.

« Nous ne voulons pas être encore une fois mis à l’écart », a déclaré Ashkenazi lors d’une audience à huis-clos de la Commission des Affaires étrangères et de la défense qui était organisée la semaine dernière, selon Walla.

Le ministre a ajouté que le gouvernement devait éviter de répéter les mêmes erreurs qui avaient entraîné son isolement lors des négociations, par l’administration Obama, de l’accord de 2015.

L’Iran est la plus grande puissance chiite de la région. Le pays est lié au Hezbollah, son groupe mandataire, au régime syrien et aux groupes terroristes de Gaza.

Pour sa part, le ministre iranien des Affaires étrangères a déclaré mardi que Téhéran accepterait la réintégration des Etats-Unis dans l’accord sur le nucléaire si Biden levait les sanctions appliquées à la république islamique après son entrée à la Maison Blanche.

Le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif participe à une conférence de presse à Caracas, au Venezuela, le 5 novembre 2020. (Matias Delacroix/AP)

« Nous sommes prêts à débattre de la manière dont les Etats-Unis pourront revenir dans l’accord », a déclaré Zarif aux médias iraniens, selon une traduction de ses propos faite par l’agence de presse Reuters.

« Si M. Biden souhaite respecter les engagements qui ont été pris par les Etats-Unis, nous pouvons également immédiatement, de notre côté, revenir à nos engagements précisés dans l’accord… et ses négociations sont possibles dans le cadre du P5+1, » a poursuivi Zarif, en référence aux six puissances mondiales qui avaient signé le pacte.

L’AFP a contribué à cet article.

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