Un soldat israélien puni pour avoir contesté la loi sur la Shoah à Auschwitz
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Un soldat israélien puni pour avoir contesté la loi sur la Shoah à Auschwitz

Le participant au programme Témoins en Uniforme a montré une pancarte en polonais avec écrit "vous aussi avez eu un rôle" en protestation à la loi controversée votée par Varsovie

Des jeunes juifs du monde entier participent à la Marche des vivants au camp d'Auschwitz-Birkenau en Pologne le 11 avril 2018 (Crédit : Yossi Zeliger / Flash90)
Des jeunes juifs du monde entier participent à la Marche des vivants au camp d'Auschwitz-Birkenau en Pologne le 11 avril 2018 (Crédit : Yossi Zeliger / Flash90)

Israël a promis de punir un soldat de réserve qui, lors d’un voyage sponsorisé par l’armée à Auschwitz, a publiquement montré une pancarte pour protester contre une nouvelle loi polonaise qui rend illégale la possibilité d’accuser le pays de complicité de l’Holocauste.

Le soldat a montré la pancarte écrite à la main en polonais où l’on pouvait lire « Vous aussi avez eu un rôle », lors d’une photo de groupe avec d’autres membres du programme Témoins en Uniforme de l’armée jeudi, selon la Radio de l’Armée.

La pancarte a attiré l’attention d’officiers locaux, qui en ont parlé aux autorités du musée. Le soldat n’a pas été arrêté, mais le chef de la délégation israélienne a assuré aux officiers polonais que Tsahal traiterait l’incident en interne.

Dans un communiqué, le porte-parole de Tsahal a qualifié les actions du soldat « de sérieuses et de contraires aux valeurs de l’armée, de l’essence des missions des Témoins en Uniforme », et a dit qu’il serait « sanctionné dans les prochains jours par sa chaîne de commandement ».

A LIRE : Texte intégral de la loi polonaise controversée sur la Shoah

La décision de sanctionner le soldat intervient alors même que des officiels israéliens ont critiqué la loi polonaise, qui interdit d’accuser la nation polonaise pour avoir été complice des crimes de l’Allemagne nazie, ce qui constitue une contre-vérité historique. La mesure a conduit à une tension diplomatique majeure quand le Parlement polonais a donné son feu vert pour la première fois à la législation en janvier.

Israël envoie souvent des délégations de soldats en uniforme sur le site du tristement célèbre camp de la mort nazi comme une opportunité éducative ; cela sert d’image puissance de la résurgence de la vie juive après l’Holocauste.

Le chef d’Etat major Benny Gantz en visite dans le camp d’Auschwitz en Pologne alors qu’il participe à la « marche des vivants » à la veille de Yom HaShoah, le 7 avril 2013 (Crédit : Moshe Milner/GPO/Flash90)

Si la loi est passée par le Parlement à Varsovie et signée par le président polonais Andrzej Duda, elle est encore examinée par un haute cour pour vérifier si elle respecte la constitution du pays.

Les Etats-Unis, avec Israël et d’autres pays, s’opposent à la loi de peur qu’elle ne puisse violer la liberté d’expression et chercher à masquer la vérité historique.

Un paragraphe clef de la loi stipule : « Quiconque affirmant, publiquement et contrairement aux faits, que la Nation Polonaise ou la République de Pologne est responsable ou co-responsable des crimes nazis commis par le Troisième Reich… ou pour les autres crimes qui constituent des crimes contre la paix, des crimes contre l’humanité ou des crimes de guerre, ou quiconque diminuera grossièrement la responsabilité des véritables responsables de ces crimes – pourra recevoir une amende ou une peine d’emprisonnement allant jusqu’à trois ans ».

Les critiques de la loi comprennent le Premier ministre Benjamin Netanyahu qui l’a qualifiée d’être « sans fondement ». Yad Vashem, le musée de l’Holocauste à Jérusalem, a averti qu’elle allait à l’encontre du débat et de la recherche sur le génocide.

Des politiciens israéliens, y compris le député de l’opposition Yair Lapid, ont dit qu’elle passait sous silence la complicité polonaise de l’Holocauste – des affirmations que de nombreux polonais trouvent offensantes et que le gouvernement polonais rejette.

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