Un webinaire inédit réunit des professionnels arabes et israéliens des médias
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Un webinaire inédit réunit des professionnels arabes et israéliens des médias

Lors d'une rencontre arabo-israélienne unique de deux heures, des reporters et des responsables de toute la région discutent du rôle des médias dans le réchauffement des liens

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Capture écran d'un webinaire au cours duquel des fonctionnaires et des communicants israéliens ont discuté du rôle des médias dans l'avancement de la paix israélo-arabe avec des professionnels des médias de pays arabes, le 21 septembre 2020 (Autorisation)
Capture écran d'un webinaire au cours duquel des fonctionnaires et des communicants israéliens ont discuté du rôle des médias dans l'avancement de la paix israélo-arabe avec des professionnels des médias de pays arabes, le 21 septembre 2020 (Autorisation)

Plus d’une douzaine de professionnels de la communication, de journalistes et d’universitaires du monde arabe, y compris de pays n’ayant pas de liens formels avec Israël, ont participé lundi à un forum en ligne sans précédent pour discuter avec des journalistes israéliens et plusieurs hauts fonctionnaires du rôle des médias dans l’établissement de la paix au Moyen-Orient.

Les participants ont salué non seulement les nouveaux partenaires de paix d’Israël – les Émirats arabes unis et Bahreïn – mais aussi l’Arabie saoudite, le Soudan et l’Algérie, où chaque action considérée comme une « normalisation » des liens avec l’État juif est toujours considérée comme un crime.

« Il s’agit d’une conversation historique », a déclaré le ministre israélien de la Coopération régionale, Ofir Akunis, au début du webinaire. « Tout comme la signature la semaine dernière de l’accord de paix avec les EAU et le Bahreïn a été historique, cette réunion est historique. C’est une occasion joyeuse et importante ».

Ofir Akunis a exhorté les organisateurs du webinaire, un groupe appelé Conseil arabe pour l’intégration régionale, à organiser une délégation de professionnels des médias de toute la région en Israël. « Il n’y a pas d’autre moyen, c’est la meilleure façon de couvrir l’État d’Israël de près – sa beauté, son hospitalité, et bien sûr toutes les possibilités de coopération bilatérale qui existent ».

Dr. Mohamed Mubarak de Bahreïn participe à un webinaire au cours duquel des fonctionnaires et des communicants israéliens ont discuté des moyens de faire avancer la paix israélo-arabe avec des professionnels des médias de pays arabes, le 21 septembre 2020 (Autorisation)

Le Conseil arabe pour l’intégration régionale est une initiative panarabe visant à lutter contre le tabou des interactions avec Israël qui existe dans toute la région. Son coordinateur général est l’auteur et militant Joseph Braude, qui a animé l’événement.

Le président Reuven Rivlin n’a pas participé directement à l’événement, mais Ofir Gendelman, le porte-parole du Premier ministre Benjamin Netanyahu auprès des médias arabes, a lu une déclaration en son nom, en hébreu et en arabe.

Ofir Gendelman, le porte-parole de Benjamin Netanyahu auprès des médias arabes lit une déclaration du président Reuven Rivlin lors d’un webinaire au cours duquel des fonctionnaires et des communicants israéliens ont discuté des moyens de faire avancer la paix israélo-arabe avec des professionnels des médias de pays arabes, le 21 septembre 2020 (Autorisation)

M. Rivlin a déclaré que c’était un « grand honneur » pour lui de s’adresser aux journalistes de toute la région qui se sont réunis en ligne pour une « importante conversation » sur la paix. Il a mentionné que son père, le professeur Yosef Yoel Rivlin, était un érudit de la langue et de la culture arabe et avait traduit le Saint Coran en hébreu.

« Je me souviens de la maison de mon enfance comme d’un lieu où se rencontraient les érudits juifs, musulmans et chrétiens, les étagères pleines des textes clés du judaïsme et de l’islam, en hébreu et en arabe », a confié le président. « Mon père était un admirateur de l’esprit sémite et croyait de tout cœur en l’avenir prometteur du Moyen-Orient, fondé sur le partenariat et le lien profond entre les peuples de la région et leurs cultures ».

Il voit cet esprit même de coexistence dans les accords de paix qu’Israël a signés la semaine dernière avec les EAU et le Bahreïn, a-t-il déclaré aux participants. « Je vois aussi cet esprit et cette croyance dans votre travail commun pour favoriser un discours public d’engagement, de compréhension et d’amitié entre les peuples de la région ».

« Le rôle des médias est de transmettre cela avec clarté et précision à vos publics », a-t-il poursuivi. « Je suis sûr que vos lecteurs et vos téléspectateurs sont intensément curieux et qu’ils veulent de toute urgence mieux connaître la société israélienne ». Je vous encourage à faire de grands rêves – des programmes d’échange, des productions communes et des programmes éducatifs pour les jeunes journalistes, et j’espère que vous enverrez des correspondants ici pour couvrir l’État d’Israël et sa société, comme j’espère que nos médias le feront dans vos pays ».

Le président a terminé son salut par une invitation à « chacun d’entre vous » de venir en Israël « pour mieux nous connaître ».

The Role Of Media In Advancing Peace In Region

The Role Of Media In Advancing Peace In Region

פורסם על ידי ‏‎Center for Peace Communications‎‏ ב- יום שני, 21 בספטמבר 2020

Le ministre des Communications, Yoaz Hendel, a également pris brièvement la parole lors de ce webinaire de 130 minutes, soulignant le rôle crucial de la presse en tant que garde-fou de la sphère politique et mettant en garde contre le potentiel néfaste des réseaux sociaux. « Nous vivons à une époque où la vitesse des communications devient de plus en plus rapide, avec la fibre optique et la 5G. Il est donc important pour vous, journalistes, d’essayer de donner plus de profondeur aux mots que vous publiez », a-t-il indiqué.

Le premier professionnel des médias arabes à s’exprimer lors de l’événement était Mohamed Al Hammadi, le rédacteur en chef d’Alroeya, un quotidien de langue arabe basé aux Émirats arabes unis, et l’ancien rédacteur en chef du journal national Al-Ittihad.

« Il était difficile d’imaginer une telle rencontre il y a seulement quelques années », a-t-il commenté, avant d’aborder les défis des journalistes d’Israël et des États arabes. « Nous, les Arabes, ne connaissons pas assez bien les Israéliens – pas aussi bien que nous le devrions ; peut-être que les Israéliens ne nous connaissent pas aussi bien qu’ils le devraient non plus », a-t-il dit.

Nous, les Arabes, ne connaissons pas assez bien les Israéliens – peut-être que les Israéliens ne nous connaissent pas aussi bien qu’ils le devraient non plus

Il a reconnu que de nombreux Arabes croient aux stéréotypes négatifs sur les Juifs et a déploré que lui et ses collègues qui écrivent positivement sur la normalisation avec Israël fassent l’objet de réactions hostiles. « C’est pourquoi des réunions comme celles-ci revêtent une importance particulière. La collaboration entre nous est le seul moyen de surmonter les courants d’inimitié ».

En même temps, Al Hammadi a souligné que les rues arabes se soucient toujours profondément du peuple palestinien et que son droit à un État indépendant ne doit pas être mis de côté dans la couverture du rapprochement d’Israël avec les États arabes.

De nombreux intervenants ont demandé que les nouveaux accords de paix se traduisent par des projets communs et des partenariats durables.

Ahdeya Ahmed Al-Sayed, la présidente de l’association des journalistes bahreïnis, participe à un webinaire au cours duquel des fonctionnaires et des communicants israéliens ont discuté des moyens de faire avancer la paix israélo-arabe avec des professionnels des médias de pays arabes, le 21 septembre 2020 (Autorisation)

Ahdeya Ahmed Al-Sayed, la présidente de l’association des journalistes du Bahreïn, s’est dit heureuse de rapporter que de nombreux articles de la presse locale saluaient l’intention de Manama de normaliser les relations avec Israël. Cependant, elle a souligné qu’il y a aussi des voix importantes qui, non seulement, s’opposent à la paix avec Israël mais qui attaquent aussi les journalistes qui la soutiennent.

« L’incitation contre nous n’est pas moins nuisible que les guerres entre les États arabes et Israël elles-mêmes », a-t-elle souligné.

Le webinaire s’est tenu en hébreu, arabe et anglais, Joseph Braude assurant la traduction.

Mohamed Mubarak, du Bahreïn, a déclaré qu’il comprenait environ un tiers de ce que disaient les interlocuteurs en hébreu, notant que « nous avons plus en commun avec nos voisins juifs et israéliens que de choses qui nous séparent ».

La Dr Najat Al Saied, une experte saoudienne en communication et en sciences des médias, a souligné que le rôle des journalistes en faveur d’une atmosphère de paix était plus important que jamais. Cependant, elle a déclaré qu’en plus de la presse traditionnelle et des réseaux sociaux, les gens devraient également utiliser le théâtre, la comédie et les documentaires – « des choses qui touchent le cœur » – pour influencer leurs populations respectives. « C’est peut-être encore plus important que de couvrir l’actualité », a-t-elle pointé.

Al-Nur Abdallah Jadein, l’unique participant soudanais à la discussion, a mis en exergue le rôle des médias pour « préparer la société à la paix ». Il a été interrompu en raison de problèmes de connexion à Internet. Comme Sami Baziz, un journaliste et militant algérien qui a également pris la parole, il a risqué des poursuites pénales car il est toujours interdit d’interagir avec les Israéliens dans son pays.

Capture écran d’un webinaire au cours duquel des fonctionnaires et des communicants israéliens ont discuté des moyens de faire avancer la paix israélo-arabe avec des professionnels des médias de pays arabes, le 21 septembre 2020 (Autorisation)

Mostafa El-Desoukki, un journaliste d’origine égyptienne du magazine saoudien Majalla, a salué ses collègues en Algérie et au Soudan pour leur courage de « contester les lois de leurs pays, où la normalisation avec Israël est considérée comme un crime ». Ils violent volontairement les règles « pour montrer au monde entier que le monde arabe n’est pas seulement composé de gens violents, mais qu’il y a aussi des jeunes soudanais et algériens qui veulent la paix ».

Plus nous comprendrons réellement et honnêtement nos pays respectifs, ainsi que les controverses et les complications, plus cette nouvelle ère de coopération et de réconciliation sera stable et durable

Le rédacteur en chef du Times of Israel, David Horovitz, l’un des nombreux participants israéliens, a souligné que cette réunion en ligne ne devait pas être considérée comme allant de soi, et a noté qu’il n’avait jamais parlé à des personnes de plus d’un des pays représentés dans cet appel.

Il a fait remarquer que le Times of Israel, qu’il a fondé en 2012, compte des éditions en plusieurs langues dont l’arabe et le persan, précisément « parce que nous voulons que les gens puissent comprendre ce qui se passe ici et avoir accès à un récit honnête », a-t-il expliqué.

« Le travail des journalistes consiste à communiquer et à rechercher aussi la vérité. Et je pense que plus nous comprendrons réellement et honnêtement nos pays respectifs, ainsi que les controverses et les complexités, plus cette nouvelle ère de coopération et de réconciliation sera stable et durable ».

David Horovitz a appelé les journalistes israéliens et arabes à « voyager, autant que possible, dans la direction de l’autre », en précisant que les journalistes « devraient être à la pointe de l’information. Nous devrions apprendre par nous-mêmes et nous devrions informer nos lecteurs et nos téléspectateurs ».

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