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Une audience par contumace contre Netanyahu est « concevable » – procureur par intérim de la CPI

Mame Mandiaye Niang a critiqué les sanctions américaines contre les responsables de la Cour pénale internationale : "Vous ne devriez jamais nous mettre sur la même liste que les terroristes ou les trafiquants de drogue"

Le procureur adjoint Mame Mandiaye Niang attend la première comparution de l'ancien président philippin Rodrigo Duterte devant la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre l'humanité liés à sa répression meurtrière contre les stupéfiants, à La Haye, le 14 mars 2025. (Crédit : Peter Dejong / POOL / AFP)
Le procureur adjoint Mame Mandiaye Niang attend la première comparution de l'ancien président philippin Rodrigo Duterte devant la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre l'humanité liés à sa répression meurtrière contre les stupéfiants, à La Haye, le 14 mars 2025. (Crédit : Peter Dejong / POOL / AFP)

LA HAYE, Pays-Bas — Il est « concevable » d’organiser une audience par contumace contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu ou contre le président russe Vladimir Poutine, a expliqué le procureur adjoint de la Cour pénale internationale dans la journée de vendredi.

Mame Mandiaye Niang est actuellement procureur-général par intérim de la CPI en l’absence de Karim Khan – qui est en congé alors qu’il fait actuellement l’objet d’une enquête pour des agressions sexuelles présumées. Il n’a cessé de nier ces accusations.

Niang a indiqué qu’il était frustrant que les mandats d’arrêt émis à l’encontre de Netanyahu et Poutine n’aient pas abouti à une comparution devant le tribunal.

Le 24 novembre 2024, la CPI avait émis des mandats d’arrêt à l’encontre de Netanyahu et de Yoav Gallant – soupçonnés d’avoir ordonné des crimes de guerre lors de la campagne menée par Israël contre le groupe terroriste du Hamas à Gaza, une guerre qui avait été déclenchée par le pogrom commis par le Hamas dans le sud d’Israël, le 7 octobre 2023.

Jérusalem rejette ces accusations et affirme que la guerre – dont les objectifs déclarés étaient de libérer les otages, de vaincre le Hamas et de prévenir toute menace future provenant de Gaza – a été menée conformément au droit international.

La CPI ne dispose pas de forces de police et elle dépend des pays concernant l’arrestation des suspects et leur transfert devant les juges – des arrestations qui sont toutefois extrêmement improbables dans les cas de Poutine ou de Netanyahu.

Le procureur par intérim a néanmoins évoqué l’audiance sans précédent qui avait été organisée contre le chef rebelle ougandais en fuite Joseph Kony, qui s’était tenue en début d’année par contumace.

« Nous l’avons testé dans l’affaire Kony. C’est un processus fastidieux. Mais nous l’avons essayé et nous avons réalisé que c’était possible et utile  » a déclaré Niang à l’AFP.

Selon lui, les avantages d’une telle audience sont de préserver les preuves et de donner la parole aux victimes.

Mais toute demande d’audience de ce type nécessiterait le consentement des juges et ne constituerait pas un procès à proprement parler, mais simplement une confirmation des charges retenues contre le suspect.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’exprime lors d’une réunion du cabinet le 30 septembre 2025. (Capture d’écran/GPO)

Le procureur adjoint a également critiqué les sanctions américaines appliquées à la Cour pénale internationale, affirmant qu’elles assimilent les hauts responsables de la Cour à des « terroristes et à des trafiquants de drogue ».

Niang, âgé de 65 ans, ainsi que les hauts magistrats de la CPI, font l’objet de sanctions de la part de l’administration du président américain Donald Trump – des sanctions qui ont été décidées en représailles aux mandats d’arrêt délivrés par la Cour à l’encontre de Netanyahu pour la campagne menée par Israël à Gaza.

« On peut être en désaccord avec ce que nous faisons. Cela arrive tout le temps », a noté Niang.

« Mais même si on vous contrarie, vous ne devriez jamais nous mettre sur la même liste que les terroristes ou les trafiquants de drogue… C’est là le message » qui est adressé à Trump, a-t-il ajouté.

Niang a expliqué que les sanctions avaient affecté plusieurs aspects de sa vie personnelle, familiale et financière.

Il a dit s’être retrouvé dans l’impossibilité de recharger sa voiture hybride – il fallait pour le faire une carte de crédit qui avait été bloquée en raison des sanctions.

« J’ai un abonnement qui n’a absolument rien à voir avec les États-Unis, mais j’ai besoin d’une carte de crédit. Et ma carte de crédit était une American Express », a-t-il déclaré.

« Je me suis donc retrouvé dans l’impossibilité de recharger ma voiture », a-t-il continué.

Niang a raconté qu’il était dans l’incapacité de transférer de l’argent à des membres de sa famille, de peur que leurs comptes ne soient également bloqués.

Les sanctions ont toute leur place dans les relations internationales, a précisé le procureur à l’AFP, mais s’en prendre à la CPI — le seul tribunal permanent au monde autorisé à juger les suspects de crimes de guerre — risque de leur ôter « toute légitimité », a-t-il regretté.

Niang a fait remarquer que les accusations portées contre Khan étaient troublantes.

Khan est accusé par deux anciennes collaboratrices de leur avoir fait des avances sexuelles « incessantes ». Il n’a cessé de clamer son innocence.

Le procureur général de la Cour pénale internationale (CPI), Karim Khan, s’exprimant en attendant l’apparition par vidéoconférence de l’ancien président philippin Rodrigo Duterte devant la CPI, à La Haye, le 14 mars 2025. (Crédit : Peter Dejong/AP/Pool)

« Même s’il ne s’agit que d’accusations, cela nous dérange et cela a empoisonné l’atmosphère du tribunal », a déploré Niang.

« C’est d’autant plus regrettable que cette affaire a été exploitée dans le but de saboter ce que nous faisons, notamment dans le cadre du dossier palestinien », a-t-il souligné.

Israël affirme que Khan a émis des mandats « sans fondement et scandaleux » à à l’encontre de Netanyahu et de l’ancien ministre de la Défense Yoav Gallant dans le but de détourner l’attention des accusations d’abus sexuels qui ont visé le procureur.

Niang s’est félicité de l’enquête ouverte sur Khan, notant toutefois qu’elle avait tendance à obscurcir d’autres affaires de premier plan.

Les accusations « sont là, et elles suffisent à jeter un voile de doute sur ce que nous faisons »‘, a-t-il regretté.

Niang s’est montré combatif malgré les défis auxquels la Cour est confrontée.

« À l’heure où notre existence est menacée, le monde a plus que jamais besoin de nous », a-t-il affirmé.

Il a souligné les succès qui ont été remportés cette année par le tribunal, tels que l’arrestation de l’ancien président philippin Rodrigo Duterte et la condamnation d’un chef de milice soudanais redouté.

Pendant de nombreuses années, la CPI s’est concentrée sur des dosiers africains – mais elle mène désormais des enquêtes en Amérique latine, en Asie et même en Europe, notamment en Ukraine, a-t-il souligné.

Des crimes de masse sont commis quotidiennement et la Cour est là pour juger ces crimes, a déclaré le juriste sénégalais.

« La Cour est là et nous aimerions qu’elle ne soit pas nécessaire. Malheureusement, le monde est tel qu’il est et nous avons encore du travail à faire ».

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