Une caricature de Juif issue de la tradition ukrainienne arrive dans une église du New Jersey
Une église a partagé une vidéo d'un homme habillé en juif hassidique se présentant lui-même comme "zhyd", transportant un sac rempli de pièces de monnaie et dansant avec le diable
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JTA — La scène ressemblait à s’y méprendre à un spectacle de Noël traditionnel : les trois rois mages, les chants de Noël et les enfants portant des costumes d’anges.
Mais il n’en était rien. Au cours de ce spectacle présenté dimanche dans le New Jersey, les spectateurs ont également pu découvrir un personnage caricatural représentant un Juif hassidique muni d’un sac rempli de pièces de monnaie et dansant avec le diable.
Les papillotes se balançant en mesure, « Moshko » a fait son entrée au son de « Hava Nagila », il a salué la foule dans une parodie de yiddish avant d’annoncer qu’il vendait de l’alcool, tentant avec insolence de détourner les chrétiens de leur recueillement après la naissance de Jésus.
Ce spectacle qui s’est déroulé à l’église orthodoxe ukrainienne St. Mary Protectress à Clifton, dans le New Jersey, est connu sous le nom de vertep. Il s’agit d’une forme de théâtre très courante dans les célébrations de Noël slaves. Les caricatures de personnages juifs, qui véhiculent des stéréotypes sur les Juifs et leur cupidité, en sont une particularité ancienne et très répandue.
Alors que l’Ukraine cherche à se défaire de toute association avec l’antisémitisme, dans le contexte du conflit qui l’oppose actuellement à la Russie, les appels à supprimer les éléments antisémites du vertep ont pris de l’ampleur. Ces dernières années, certains ont remplacé les personnages Juifs par des Russes dans le rôle des méchants.
Mais certaines communautés ont choisi de conserver les caricatures de personnages juifs. Un décision qui a récemment conduit Lev Golinkin, un auteur juif né en Ukraine qui a écrit sur l’antisémitisme dans ce pays, à dénoncer l’importation des stéréotypes antisémites de l’ancien pays au sein des communautés de la diaspora ukrainienne, généralement sous l’égide de l’Église catholique.
Dans une interview, Golinkin a expliqué que le spectacle de Clifton, qu’il a découvert via une vidéo publiée par l’église sur Facebook, lui a rappelé de manière « choquante » l’antisémitisme qu’il avait connu dans son enfance.
« Je me sens trahi », a affirmé Golinkin. « L’Amérique devrait être un endroit où l’on entre en laissant son passé derrière soi et où l’on prend un nouveau départ. Et arrive ce spectacle, cette nouvelle génération de railleries, qui de surcroît enseigne aux enfants à se moquer. »
L’Anti-Defamation League, informée par la Jewish Telegraphic Agency de l’existence de ce spectacle, en a condamné le contenu.
« Les stéréotypes antisémites n’ont pas leur place dans les célébrations religieuses », a souligné Scott Richman, directeur régional de l’ADL pour New York et le New Jersey, dans un communiqué. « À une époque où l’antisémitisme atteint des niveaux alarmants, continuer à présenter des stéréotypes préjudiciables, même dans le contexte de coutumes religieuses traditionnelles, sape les initiatives visant à comprendre et à préserver la sécurité des communautés juives. »
Richman a fait savoir que son bureau avait pris contact avec « les dirigeants locaux afin de discuter du préjudice causé par ces représentations », mais qu’il n’avait pas encore échangé avec St. Mary Protectress, une petite église implantée dans une banlieue dans laquelle la population juive orthodoxe est en augmentation.
« Nous espérons que les futures célébrations se concentreront sur la joie des fêtes de fin d’année et sur les valeurs communes qui nous rassemblent, plutôt que de raviver des stéréotypes séculaires qui n’ont pas leur place dans la société actuelle », a ajouté Richman.
St. Mary Protectress, qui avait fait la promotion de son spectacle sur Facebook en assurant qu’il « nous ramènerait aux fêtes de Noël de notre enfance », n’a pas répondu à nos demandes de commentaires. L’Ukrainian Institute of America et l’Ukrainian American Cultural Center of New Jersey, deux organisations au service des Ukrainiens aux États-Unis, n’ont pas répondu non plus.
La question de la représentation des Juifs dans le vertep a déjà été abordée par les Ukrainiens. Dans une interview accordée en 2017 à l’organisation à but non lucratif Ukrainian Jewish Encounter, qui oeuvre à établir des ponts entre les Ukrainiens et les Juifs, l’écrivaine et critique d’art Diana Klochko avait expliqué que l’antisémitisme était depuis longtemps ancré dans la société ukrainienne.
« Il était également très présent dans la vie quotidienne des Ukrainiens, alimenté par l’intolérance, la négligence ou la menace », avait dit Klochko. « Les situations étaient très nombreuses et elles débouchaient toujours sur ce qui reste encore, d’une manière ou d’une autre, un motif d’antisémititisme très fort dans le christianisme lui-même. Et on le retrouve aussi dans le vertep. »
« Il faut néanmoins comprendre qu’il s’agit d’histoire, et qu’il n’est pas obligatoire de faire passer cette tradition, vers le monde contemporain », avait-elle poursuivi.
Le spectacle présenté à St. Mary Protectress a respecté les codes du vertep traditionnel : une réinterprétation de l’histoire de Noël (sans le personnage de Jésus) mêlée à une satire des problèmes ukrainiens de l’époque. Après avoir découvert que ses clients potentiels préférent Jésus à l’alcool, le personnage juif informe le roi Hérode, le roi juif romain qui règne sur Jérusalem, de la menace qui pèse sur son pouvoir. Hérode envoie alors des soldats tuer Jésus.
L’intrigue se résume à une série de tropes antisémites, de l’accusation aux termes de laquelle les Juifs auraient tué Jésus aux théories selon lesquelles les Juifs seraient cupides, qu’ils pratiqueraient le meurtre rituel des chrétiens et qu’ils exerceraient un pouvoir excessif. Des tropes utilisés pour justifier des siècles d’antisémitisme violent, de la part notamment, mais pas uniquement, de l’Église.
Le vertep, issu du théâtre de marionnettes, met en scène des personnages du folklore ukrainien comme le Cosaque, le Polonais, le Moscovite, le Lituanien, le Rom et le Juif — appelé dans l’histoire Moshko le « zhyd », terme péjoratif désignant les Juifs.
Dans le vertep de St. Mary, Moshko se présente comme un « zhyd » et Sarah, comme une « zhydivka ».
Si ce mot a autrefois pu être vu comme un terme acceptable pour désigner les « Juifs » en ukrainien, il est désormais largement considéré comme une insulte. Il reste néanmoins controversé en Ukraine . En 2012, notamment, un membre d’un parti politique antisémite du gouvernement ukrainien a, dans un message publié sur Facebook, qualifié l’actrice ukraino-américaine Mila Kunis de « zhydovka », provoquant une réaction immédiate de la communauté juive. Le ministère de la Justice du pays a statué que l’utilisation de ce mot était acceptable, puisqu’il figure dans le dictionnaire officiel ukrainien.
Mais pour Golinkin, entendre cette insulte utilisée dans son propre État s’est avéré particulièrement pénible.
« ‘Zhyd out’, cela signifiait ‘kike out’ (dehors les Juifs). C’était un slogan de mon enfance. Je l’ai vu écrit dans des ruelles et dans des toilettes publiques. C’était un appel à purifier l’Ukraine. Quand les choses vont mal et que tout s’écroule, la solution est de ‘chasser les Juifs' », a raconté Golinkin, ajoutant : « Si nous avons tout quitté en Ukraine, c’est pour avoir une vie où l’on n’entendrait pas ‘dehors les Juifs' »
Golinkin, après l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, a écrit sur la manière dont son sentiment d’identité en tant qu’Ukrainien s’était renforcé. Le spectacle de Clifton, a-t-il précisé, ne pourra pas effacer pas tout ce qu’il y a de positif dans la culture ukrainienne.
« Choisir de conserver cette obscénité est tout simplement honteux », a souligné Golinkin. « Cela ne rend pas justice à l’Ukraine, qui a tellement mieux à offrir que cela. »
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