Une délégation militaire russe en Israël pour parler de la Syrie
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Une délégation militaire russe en Israël pour parler de la Syrie

Plusieurs pays occidentaux estiment que les frappes russes prennent aussi pour cible des groupes rebelles syriens dits "modérés"

Yair Golan (Crédit : IDF/FLASH90)
Yair Golan (Crédit : IDF/FLASH90)

Des responsables militaires russes devaient s’entretenir mardi avec leurs homologues israéliens à Tel-Aviv après que les deux pays ont convenu d’un mécanisme pour éviter tout affrontement accidentel en Syrie.

L’armée israélienne a confirmé deux jours de discussions sur une « coordination régionale », qui interviennent après une rencontre le 21 septembre à Moscou du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu avec le président russe Vladimir Poutine.

Les deux dirigeants s’étaient alors entendus sur un mécanisme pour coordonner leur action militaire afin d’éviter tout « malentendu » ou affrontement accidentel entre les avions militaires israéliens et russes dans l’espace aérien syrien.

Le vice-chef d’état-major russe Nikolai Bogdanovsky et son homologue israélien Yair Golan devaient participer aux discussions de Tel-Aviv.

Israël entend rester à l’écart du conflit syrien tout en défendant ses intérêts.

Selon des sources concordantes, Israël a lui-même effectué plus d’une dizaine d’attaques aériennes en Syrie depuis 2013, notamment contre des transports d’armes destinées au Hezbollah libanais. Le groupe terroriste du Hezbollah, ennemi d’Israël, combat en Syrie aux côtés des forces du régime de Bashar el-Assad.

La Russie, alliée du régime syrien de Bashar el-Assad, a informé par avance Israël qu’elle s’apprêtait à procéder à des frappes aériennes en Syrie, voisine d’Israël.

Depuis le 30 septembre, son aviation mène des frappes sur des cibles rebelles en Syrie, assurant viser l’organisation Etat islamique (EI) et « d’autres groupes terroristes ».

Plusieurs pays occidentaux estiment toutefois que les frappes russes prennent aussi pour cible des groupes rebelles syriens dits « modérés ».

Au sixième jour de la campagne aérienne russe contre les groupes rebelles en Syrie, dont le groupe EI, la Turquie a annoncé que des F-16 turcs avaient intercepté samedi un chasseur russe, le forçant à faire demi-tour, et que deux chasseurs turcs avaient été « harcelés » dimanche pendant une mission de patrouille par un MiG-29 non identifié.

Le président islamo-conservateur turc Recep Tayyip a exhorté mardi la Russie à ne pas « perdre l’amitié de la Turquie » après une série de violations de l’espace turc par des chasseurs russes déployés en Syrie, sujet de contentieux entre les deux pays.

« Nos relations avec la Russie sont connues de tous mais si la Russie perd un ami comme la Turquie avec laquelle elle a nombre de coopérations, alors elle perdra beaucoup. La Russie doit le savoir », a martelé M. Erdogan lors d’un point de presse télévisé en Belgique où il est en déplacement.

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry lors d'une audience devant la Commission des relations étrangères au sénat le 23 juillet 2015 à Capitol Hill à Washington (Crédit : Alex Wong / Getty Images / AFP)
Le secrétaire d’Etat américain John Kerry lors d’une audience devant la Commission des relations étrangères au sénat le 23 juillet 2015 à Capitol Hill à Washington (Crédit : Alex Wong / Getty Images / AFP)

Le secrétaire d’Etat américain John Kerry a critiqué lundi les violations de l’espace aérien de la Turquie par des avions de combat russes, estimant que les appareils auraient pu être abattus en représailles.

Son ministère des Affaires étrangères à Washington, le département d’Etat, a jugé que l’une de ces incursions était « provocatrice », alors que la Défense russe l’a mise au contraire sur le compte de « mauvaises conditions météo ».

« Nous sommes très préoccupés par cela car c’est précisément ce genre de choses pour lesquelles la Turquie défend ses droits et cela aurait pu aboutir à ce que (ces avions) soient abattus », a déclaré M. Kerry depuis le Chili, où il participe à une conférence internationale sur les océans.

M. Kerry a révélé en avoir parlé avec son homologue turc Feridun Sinirlioglu et a assuré qu’il inciterait la Russie à mieux communiquer sur ses opérations militaires en Syrie.

« C’est précisément le genre de choses contre lesquelles nous avons mis en garde » et « c’est pour cela que nous avons entamé des conversations avec la Russie, pour être certains qu’il n’y a pas de possibilité de conflit accidentel », a dit le secrétaire d’Etat américain, s’exprimant au Parlement chilien.

« Ces conversations sont encore plus soutenues actuellement et nous verrons rapidement si cela peut être désamorcé », a-t-il ajouté.

La Turquie et l’Otan ont haussé le ton lundi contre la Russie, mettant en garde contre la violation de l’espace aérien turc par les avions russes opérant en Syrie et la sommant de cesser les raids visant selon elles les civils.

« Nous considérons que cette incursion est irréfléchie, dangereuse et provocatrice. Cela peut provoque des accidents et risquer la sécurité des pilotes en Turquie et ailleurs », a protesté le porte-parole du département d’Etat Mark Toner.

Il a souligné « l’importance des consultations » entre forces armées de différents pays opérant en Syrie pour éviter des incidents aériens. Ce que les militaires appellent en anglais la « deconfliction ».

Les Etats-Unis et la Russie ont justement eu des conversations, début octobre, sur les moyens d’éviter des incidents dans les airs au-dessus de la Syrie alors que Moscou bombarde les opposants à Bachar al-Assad depuis six jours, des frappes qui viennent s’ajouter à celles de la coalition d’une soixantaine de pays emmenée par les Etats-Unis.

Mais pour l’instant aucune autre réunion militaire entre Washington et Moscou n’est programmée, a précisé M. Toner.

A Bruxelles, le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, a dénoncé lundi les « violations inacceptables de l’espace aérien turc par des avions de combat russes ».

Jens Stoltenberg en 2010 (Crédit : Magnus Fröderberg/CC BY 2,5/Wikimedia commons)
Jens Stoltenberg en 2010 (Crédit : Magnus Fröderberg/CC BY 2,5/Wikimedia commons)

L’Otan a accusé mardi la Russie d’avoir pénétré intentionnellement à deux reprises dans l’espace aérien turc en menant sa campagne de frappes sur la Syrie, qui s’est poursuivie avec des premiers raids sur Palmyre.

« Ce n’est pas un accident. Il s’agit d’une sérieuse violation », a déclaré le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, en faisant référence aux incidents survenus le week-end dernier entre des avions russes et turcs près de la frontière syrienne.

Il a demandé à Moscou que « cela ne se reproduise pas ».

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