Une école d’agriculture en Israël aide des étudiants asiatiques et africains
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Une école d’agriculture en Israël aide des étudiants asiatiques et africains

Des collaborations avec l'Arava International Center for Agricultural Training donnent aux étudiants des outils pour créer des commerces et des fermes dans leurs pays

Zenan Sumlut examine du riz dans un moulin à riz qu'elle gère, à Kachin, en Birmanie. (Crédit : Emily Fishbein/Times of Israel)
Zenan Sumlut examine du riz dans un moulin à riz qu'elle gère, à Kachin, en Birmanie. (Crédit : Emily Fishbein/Times of Israel)

MYITKYINA, Etat de Kachin, Birmanie — En 2010, à l’âge de 19 ans, Zenan Sumlut s’est enfui de son village natal de Gara Yang, dans l’Etat de Kachin, au nord de la Birmanie. Avec le retour de la guerre civile entre l’armée indépendante de Kachin et l’armée birmane, après 17 ans de cessez-le-feu, le village n’était plus en sécurité.

Cinq ans plus tard, les combats se poursuivent sporadiquement, et Zenan Sumlut se retrouve à étudier l’agriculture dans la communauté coopérative de Paran, dans la région d’Arava, dans le centre d’Israël. Sa famille vit toujours dans un camp de déplacés à Myitkina, la capitale de l’Etat de Kachin.

En tant que participante à un programme d’un an en agriculture et entreprenariat, organisé par le biais d’un partenariat entre la Convention baptiste de Kachin (KBC) et le Centre international Arava de formation agricole (AICAT), Zenan Sumlut récolte et conditionne des poivrons 5 jours par semaine, tout en suivant des cours hebdomadaires.

C’est son désir d’apprendre, de vivre à l’étranger et de visiter des sites religieux qui l’a poussée à suivre ce programme. Comme la majorité des habitants de Kachin, Zenan est chrétienne, et le programme prévoit trois visites de sites religieux. Certains habitants de Kachin s’identifient également aux Israéliens parce qu’ils partagent une histoire de peuple persécuté.

Zenan Sumlut gère désormais un moulin à riz bio et une presse à huile à Myitkyina. Les produits sont vendus à des prix raisonnables aux communautés locales, y compris à ceux qui ont été déplacés au cours du conflit. On estime que 97 000 Kachin vivent actuellement dans les camps pour personnes déplacées.

Elle n’a aucun souvenir tangible de ses parents, qui sont morts avant qu’elle ne finisse le lycée. Élevée par des proches, elle a grandi dans des récoltes de riz, d’oranges et de teck. En 2017, ses proches sont retournés dans leur village pour retrouver leur terre et ont découvert que des soldats vivaient dans leur maison. Peu après, une connaissance a été tuée par une mine anti-personnelle durant une autre visite.

Zenan Sumlut a étudié en Israël avant de gérer un moulin à riz dans sa Birmanie natale. (Crédit : Emily Fishbein/Times of Israel)

« À cause de la guerre, ma famille n’a tiré aucun profit de notre terre », explique-t-elle. « À vivre dans les camps, nous en avons perdu notre dignité. J’ai tant perdu avec la guerre, mais la seule bonne chose [qui me soit arrivée] a été d’aller en Israël. Avant cela, je n’aurais jamais pensé quitter mon village, vivre dans un autre pays. En étudiant en Israël, j’ai acquis de nouvelles connaissances et compétences, et j’ai gagné en expérience. »

Ses études font partie d’une formation diplômante via le KBC, en plus de l’année en Israël, elle a étudié pendant un an à l’Ake Eco Farm and Sustainable Development Learning Center (Éco-ferme et Centre de formation au développement durable) et de KBC, près de Myitkyina. Depuis qu’elle a obtenu son diplôme en 2017, elle a supervisé la production et la vente de riz, de moutarde et d’huile d’arachide, et d’un engrais fabriqué à base de produits dérivés, pour le service du développement communautaire du KBC.

Environ 340 participants du KBC ont étudié l’agriculture grâce à l’AICAT depuis le début du partenariat en 2011. Les étudiants birmans rejoignent ceux des 13 autres pays asiatiques et africains dans l’une des cinq coopératives agricoles dans la région d’Arava : Ein Yahav, Hatzeva, Paran, Idan et Tsofar.

Le moulin à riz bio, dirigé par
Zenan Sumlut, à Kachin, en Birmanie. (Crédit : Emily Fishbein/Times of Israel)

La forme de flatterie la plus sincère

De retour à Kachin, Pauhkyi Sinwa Naw, ancien diplômé et actuel coordinateur de l’Ake Learning Center, a tenté de reproduire le modèle de l’AICAT. Il pratique l’entrepreunariat en allouant aux étudiants des fonds et des lopins de terre pour qu’ils développent leurs propres petits commerces. Ces derniers ont également la possibilité de faire de la recherche appliquée sur le campus d’Ake de 36 hectares.

Hanni Arnon, directrice-fondatrice de l’AICAT, se rend une fois par an en Birmanie. Elle est consciente qu’il existe « un immense décalage » entre les pays en termes de ressources et d’avancées technologiques. Cependant, elle souligne que l’agriculture dans le désert d’Arava, où les précipitations annuelles sont inférieures à 50 millimètres, peuvent servir d’exemple sur la façon de « faire marcher l’impossible », et que la réussite « n’est pas magique, c’est du travail, de la pensée créative, la conviction que vous pouvez le faire ».

De gauche à droite : Jat Tu Seng, Htoi Send Mai, et Dumdaw Naw Zet à l’école Ake Eco Farm and Sustainable Development Learning Center près de Myitkyina, en Birmanie. (Crédit : Emily Fishbein/Times of Israel)

A Ake, on retrouve cette attitude volontariste chez les étudiants. Dumdaw Naw Zet, fils d’un ancien fermier, fait pousser des concombres sous une serre en bambou, avec un système d’irrigation qu’il a conçu grâce à des tubulures de perfusion et des bouteilles d’eau. Il a l’intention de venir étudier en Israël en juillet, où il pourra apprendre comment « cultiver plus systématiquement afin de partager ces connaissances avec ma famille ».

Hpung Jat Tu Seng, qui commencera aussi à étudier en Israël en juillet, a développé un intérêt pour les engrais naturels, qu’il teste sur des plants de gombos.

« Dans mon village, l’agriculture n’est pas systématique, et on utilise beaucoup d’engrais chimiques. Je compare [ces méthodes] à ce que j’ai appris à Ake, et je vois que les [méthodes naturelles] sont les bonnes », explique Hpung Jat Tu Seng.

Pour d’autres, le programme apporte une lueur d’espoir. Htoi Seng Mai a eu du mal à trouver sa voie quand son père, qui l’a élevé seul, est décédé.

Htoi Send Mai avec ses recherches sur les concombres,à l’Ake Eco Farm and Sustainable Development Learning Center, récolte des carottes. (Crédit : Emily Fishbein/Times of Israel)

« J’étais perdue », a raconté Mai. « Je ne savais pas quoi faire. Je passais mon temps à jouer, faire les magasins avec mes amis, à jouer au foot. »

Un ami lui a parlé d’Ake, et si elle a eu du mal au début, on perçoit désormais son sourire aux premiers rangs de la classe. Après avoir intégré le programme israélien en juillet, elle espère se servir de ses économies pour lancer une petite affaire à son retour.

Pour leur travail, les étudiants de l’AICAT sont payés à l’heure, à un tarif fixé par les fermiers, qui doivent se conformer à un salaire minimum et des lois sur le temps de travail. Les frais de scolarité et d’hébergement sont déduits : les étudiants s’auto-financent et doivent aussi régler les frais de voyage, notamment les billets d’avion. En travaillant aux côtés d’agriculteurs thaïlandais, les étudiants sont dispensés des tâches les plus éprouvantes. Selon les diplômés, la plupart des étudiants reviennent avec peu d’économies, mais suffisamment pour lancer une petite affaire.

Un tableau de Jérusalem sur lequel il est écrit « cadeau de remerciement », à l’Ake Eco Farm and Sustainable Development Learning Center, récolte des carottes. (Crédit : Emily Fishbein/Times of Israel)

Fondée en 1994, l’AICAT, soutenue par le ministère des Affaires étrangères et celui de l’Agriculture, forme près de 1 200 étudiants par an. Les étudiants birmans étudient aussi au Centre de formation international pour l’Agriculture, à Ramat Negev.

Entre les deux écoles, la Birmanie envoie entre 200 et 300 étudiants par an par le biais de KBC et d’autres organisations.

Plusieurs étudiants ont lancé des entreprises agricoles à leur retour en Birmanie. Soe Min, qui a étudié à Ramat Negev en 2010 via l’université Yaesin, a créé une ferme de noix de macadamia de 24 hectares sur le modèle d’un kibboutz, et Thida Win, qui a étudié à l’AICAT en 2011 par le biais de la Myanmar Fisheries Federation, est désormais PDG d’une entreprise sociale qui emploie et soutient des apiculteurs exploitant 2 000 ruches. Les apiculteurs produisent du miel pour le distribuer en Birmanie et à Hong Kong.

De la diplomatie terre-à-terre

Htawshae Lum Hkawng, le premier étudiant de l’AICAT via le KBC et désormais coordinateur du programme de KBC, a expliqué qu’en plus d’inculquer des connaissances et des compétences, le programme encourage les rapprochements entre les participants de l’Etat de Kachin et d’Israël.

L’ambassadeur israélien en Birmanie, Ronen Gilor, a déclaré au Times of Israël que le programme peut également renforcer les relations bilatérales sur le plan diplomatique.

Zenan Sumlut dans le moulin à riz qu’elle gère, à Kachin, en Birmanie. (Crédit : Emily Fishbein/Times of Israel)

« On s’attend à ce qu’au retour [des étudiants], ils représenteront dignement ce qu’est Israël. [Le programme] donne une opportunité d’étendre et d’élargir la relation entre les deux pays », souhaite Ronen Gilor.

La Birmanie et Israël ont tous les deux pris leur indépendance de la Grande-Bretagne en 1948, et les deux pays ont établi une relation diplomatique en 1953. Selon le site de l’ambassade israélienne, « les deux pays ont développé un fort lien d’amitié ».

La Birmanie a été le premier pays d’Asie du Sud-Est à reconnaître Israël comme Etat indépendant, et en 1955, U Nu a été le premier chef de gouvernement étranger à se rendre dans l’État hébreu.

À ce jour, 22 ambassadeurs birmans se sont rendus en Israël, et 23 ambassadeurs israéliens sont allés en Birmanie, et notamment le premier Premier ministre israélien David Ben Gurion, l’ancien président Yitzhak Ben-Zvi, et les anciens ministres des Affaires étrangères israéliens Moshe Sharett, Golda Meir, Abba Eban, Moshe Dayan et Shimon Peres.

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