Une empreinte de chaussure a permis au Shin Bet de trouver le tueur de Duma
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Une empreinte de chaussure a permis au Shin Bet de trouver le tueur de Duma

Selon les enquêteurs, des preuves sur les lieux, dont une empreinte de pied, ont permis d'incriminer Amiram Ben-Uliel

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Les enquêteurs ont révélé lundi certains éléments de preuve, y compris les empreintes de pieds et des détails de l’enquête tenus à l’écart de la presse, qui ont conduit à la mise en accusation des extrémistes juifs présumés responsables de l’attaque terroriste de Duma.

Dès le début de l’enquête, il est devenu clair pour le service de sécurité du Shin Bet que Amiram Ben-Uliel, qui a été inculpé dimanche sur trois chefs d’inculpation pour assassinat et deux chefs d’inculpation pour incendie criminel, a été l’auteur principal de l’attaque de bombes incendiaires contre la famille Dawabsha, au cours de laquelle le bébé Ali de 18 mois et ses parents Saad et Riham Dawabsha ont été tués, ont indiqué les responsables au quotidien Yedioth Ahronoth.

« Même dans les premières semaines, notre principal soupçon a été centré autour de Ben-Uliel. Nous savions que c’était lui en raison d’un grand nombre de faits qui se sont mis en place pendant l’enquête et pendant que nous avancions de plus en plus les choses ont commencé à correspondre presque parfaitement », a déclaré un enquêteur dont on a repris les propos.

L’un des premiers indices sur l’implication de Ben-Uliel, 21 ans, qui vivait à Jérusalem à l’époque, était une empreinte de chaussure retrouvée à la sortie du village de Duma, situé au sud de Naplouse dans le nord de la Cisjordanie.

Les enquêteurs se sont rendus à la résidence de Ben-Uliel pour prendre ses chaussures afin de voir s’il y avait un match. Les chaussures ont non seulement confirmé les soupçons des enquêteurs que Ben-Uliel était leur homme mais ont aussi informé la police qu’elle se rapprochait de la résolution de l’affaire, ont indiqué les responsables.

« Et puis il l’a compris », a ajouté un enquêteur. « Quand nous sommes arrivés à son domicile et avons pris ses chaussures, il a réalisé que nous nous rapprochions de lui ».

Dans un laboratoire du Shin Bet, les médecins légistes ont constaté que la chaussure de Ben-Uliel correspondait à l’empreinte laissée sur les lieux.

Mais les enquêteurs n’ont pas arrété Ben-Uliel à ce moment, mais plutôt le mineur qui a été inculpé dimanche comme son complice. Comme il est mineur, le suspect est seulement désigné par ses initiales hébraïques Aleph Aleph.

L'un des suspects arrêtés dans le cadre de l'assassinat des Dawabsha le 3 décembre 2015. Encore sous embargo, l'identité des suspects ne peuvent pas être divulgués (Crédit : Capture d'écran)
L’un des suspects arrêtés dans le cadre de l’assassinat des Dawabsha le 3 décembre 2015. Encore sous embargo, l’identité des suspects ne peuvent pas être divulgués (Crédit : Capture d’écran)

Environ deux semaines après son arrestation, Aleph Aleph a donné quelques informations sur les attaques « Prix à payer » – des actes de violence et de vandalisme contre les Palestiniens en Cisjordanie et en Israël – que lui et d’autres membres de son groupe, les Givonim, avaient menées, et qui reliaient directement Ben-Uliel avec Aleph Aleph.

Une fois qu’ils avaient l’information, le Shin Bet et les policiers sont retournés vers Ben-Uliel, dit le rapport. D’autres soupçons ont été soulevés quand ils ont découvert qu’au moment des attentats, Ben-Uliel avait déménagé de la Cisjordanie à Jérusalem.

Une des personnes impliquées dans l’enquête, qui a affirmé bien connaître les habitudes de Ben-Uliel, a expliqué que son déménagement à Jérusalem était un signe certain que quelque chose se tramait, puisque Ben-Uliel s’est montré « fervent dans sa conviction » qu’il devait vivre sur les collines de Cisjordanie.

Amiram Ben-Uliel, qui a été inculpé dimanche 3 janvier 2016, pour assassinat dans les meurtres de la famille Dawabsha à Duma (Autorisation)
Amiram Ben-Uliel, qui a été inculpé dimanche 3 janvier 2016, pour assassinat dans les meurtres de la famille Dawabsha à Duma (Autorisation)

Mais Ben-Uliel est resté silencieux pendant les interrogatoires, en gardant la tête vers le bas et évitant tout contact visuel avec ses enquêteurs. Comme beaucoup de la Jeunesse des Collines, des extrémistes juifs qui vivent souvent dans des implantations illégales en Cisjordanie, Ben-Uliel avait été formé pour rester silencieux et calme pendant les interrogatoires, avaient affirmé les enquêteurs.

À un certain moment, le Shin Bet et le bureau du procureur a déclaré que Ben-Uliel et Aleph Aleph étaient des « bombes à retardement », des suspects soupçonnés d’être des menaces imminentes, ce qui a permis aux interrogateurs de prendre des « mesures extrêmes ».

Alors que certains ont dénoncé ces mesures comme étant une forme de torture tolérée par le gouvernement, les responsables des forces de l’ordre prétendent que ce sont des outils juridiques nécessaires pour extraire des informations de certains suspects qui restent muets.

Face à cette nouvelle forme de pressions, Ben-Uliel a commencé à parler aux enquêteurs, selon le rapport. Il a avoué avoir commis le crime et s’est aussi incriminé seul en fournissant certains détails qui n’ont pas été rendus publics. Ben-Uliel a révélé aux enquêteurs la couleur de la bouteille en verre utilisée pour la bombe incendiaire, qui était verte et a donné une description précise de la voiture des Dawabshas – une Skoda berline noire – ont précisé les enquêteurs au journal.

Lors de la reconstitution de son présumé crime le mois dernier a Duma, Ben-Uliel a retracé avec les agents chaque étape de l’attaque du 31 juillet, étape par étape. Il a également mentionné avoir trébuché alors qu’il fuyait la scène du crime – un détail qui correspondait au compte-rendu d’un voisin des Dawabsha.

Le compte rendu du Shin Bet sur ce qui est arrivé sur la base du témoignage de Ben-Uliel, cependant, ne colle pas à la description donnée par certains des témoins oculaires, qui ont affirmé avoir vu deux auteurs fuir la scène, pas seulement un.

En fin de compte, Israël a déposé 36 actes d’accusation contre les extrémistes juifs pour différents niveaux de connexion avec l’attaque, de Ben-Uliel à Aleph Aleph, qui auraient été directement impliqués, à d’autres qui n’étaient qu’accessoirement associés.

En plus de l’attaque de Duma, les suspects ont été inculpés pour une variété d’autres attaques « Prix à payer » – des actes de violence et de vandalisme contre les Palestiniens en Cisjordanie et en Israël.

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