Une étoile murale mystérieuse vieille de 6 000 ans voit le jour à Jérusalem – une première
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ReportageLa signification et le symbolisme de cette vieille étoile à 8 pointes sont encore inconnus

Une étoile murale mystérieuse vieille de 6 000 ans voit le jour à Jérusalem – une première

L’étoile ghassoulienne, découverte dans une grotte jordanienne dans les années 1930, a quitté brièvement le musée de Jérusalem-Est pour être exposée au siège de l’Autorité des Antiquités de l’autre côté de la ville

Ilan Ben Zion est journaliste au Times of Israel. Il est titulaire d'une maîtrise en diplomatie de l'Université de Tel Aviv et d'une licence de l'Université de Toronto en études du Proche-Orient et en études juives

Une reproduction moderne de l'étoile ghassoulienne à l'Institut Pontifical Biblique de Jérusalem, le 10 novembre 2016. (Crédit : Archives de l'Institut Pontifical Biblique)
Une reproduction moderne de l'étoile ghassoulienne à l'Institut Pontifical Biblique de Jérusalem, le 10 novembre 2016. (Crédit : Archives de l'Institut Pontifical Biblique)

Pour la première fois depuis sa découverte dans les années 1930, une peinture spectaculaire et mystérieuse figurant sur le mur d’une grotte de la Jordanie contemporaine d’il y a 6 000 ans – plus d’un millénaire avant la formation de la première ville ou l’invention de l’écriture – a été dévoilée à Jérusalem sans tambours ni trompettes.

Mais le récent déménagement de l’étoile ghassoulienne de la réserve du musée Rockefeller dans l’est de Jérusalem, où elle était installée depuis le mandat britannique, son exposition ultérieure jusqu’à dimanche dans les nouvelles structures de l’Autorité israélienne des Antiquités à proximité du Musée d’Israël, de l’autre côté de la ville sont venus contrevenir à la promesse faite par l’Autorité, il y a quelques mois, de ne pas enlever les artefacts du musée.

Cette magnifique pièce maîtresse appartient à une série de peintures murales réalisées dans des grottes et découvertes lors de fouilles dirigées par l’Institut Pontifical Biblique entre 1929 et 1938 ainsi qu’en 1959 à Teleilat el-Ghassul, un site localisé à l’est de la rivière du Jourdain et au nord de la mer Morte.

Peu de peintures murales nord-orientales appartenant à cette période ont pu ainsi traverser les âges et seulement deux fragments ont été trouvés au sud du Levant.

Les peintures ont été exécutées en rouge, brun, jaune, noir et blanc, à partir de peintures constituées de minéraux naturels, de boue et sur crépi calcaire. Aux côtés de l’étoile, les dessins affichent des personnages masqués, des animaux et des créations géométriques.

Ces peintures murales, qui ont été très endommagées lors de leur déménagement des grottes, sont des exemples extrêmement rares de la période Chalcolithique – il y a entre six ans et sept cent ans, avant l’invention du travail du bronze et lorsque l’habitation humaine se limitait à de petits villages agricoles.

Une reproduction moderne de l'étoile ghassoulienne à l'Institut Pontifical Biblique de Jérusalem, le 10 novembre 2016. (Crédit : Archives de l'Institut Pontifical Biblique)
Une reproduction moderne de l’étoile ghassoulienne à l’Institut Pontifical Biblique de Jérusalem, le 10 novembre 2016. (Crédit : Archives de l’Institut Pontifical Biblique)

Au musée de l’Institut Pontifical Biblique situé au centre de Jérusalem, le directeur Stephano Bittasi écarte un rideau, dévoilant en dessous une reproduction de l’étoile ghassoulienne dans un sanctuaire intérieur où sont conservées certaines des trouvailles les plus fascinantes de Ghassoul.

Retirant un tissu qui recouvre des caisses de bois, surplombées de verre, il montre certains des fragments restant d’une section du mur, contenant des visages à bec masqué, aux couleurs noires et ocres encore très vives. Le squelette d’un bébé, le nez cassé, enterré dans un pot de glaise sous le sol d’un appartement se trouve encore derrière les fragments de mur dans une autre boîte.

Le dessin exact et le symbolisme de l’étoile ghassoulienne restent un mystère. La population de Ghassoul maintenait une culture de base similaire à celle de ses successeurs de l’Age de Bronze, cultivant des olives et des raisins et élevant des moutons et des chèvres. Mais nous savons peu de choses de leurs pratiques cultuelles.

Les spécialistes ont suggéré de manière variée que les bébés enterrés sous le sol des habitations étaient considérés comme des protecteurs du foyer, ou qu’ils étaient les victimes de sacrifices d’enfant, dit Bittas. Que le peuple Chalcolithique se soit référé à un panthéon de dieux, toutefois, est incertain, mais l’allégation générale parmi les historiens est que la religion, durant cette période, s’appuyait sur des déités de la fertilité qui répondaient aux besoins basiques de l’humanité.

Reproduction moderne d'une peinture murale de   Teleilat el-Ghassul à l'Institut Pontifical Biblique de Jérusalem, le 10 novembre 2016 (Crédit : Institut Pontifical Biblique) .
Reproduction moderne d’une peinture murale de Teleilat el-Ghassul à l’Institut Pontifical Biblique de Jérusalem, le 10 novembre 2016 (Crédit : Institut Pontifical Biblique) .

La centralité de l’étoile à huit pointes découverte dans la grotte de Ghassoul, entourée de visages masqués et d’animaux, suggère que “le soleil était vénéré et adoré comme un dieu majeur’, déclare Bitassi, ce qui n’émerge dans d’autres cultures que bien plus tard. C’est une préfiguration de la formation de la dynastie égyptienne d’au moins mille ans, de l’émergence du premier monothéisme possible – le culte d’Aton – d’au moins 3 000 ans. Cela bouscule également la notion selon laquelle les déités abstraites n’existaient pas à cette période reculée de l’antiquité.

Certains spécialistes, dont Andrea Polcaro de l’Université de Pérouse en Italie, affirment que les peintures reflètent une “pensée religieuse homogène associée à un culte solaire important” et ont servi de calendrier solaire rudimentaire.

Après la découverte des premières peintures murales en 1930, des archéologues jésuites issus de l’IPB les ont déménagées de Ghassoul. Une section découverte au cours de fouilles ultérieures dans les années 1970 a fini sur les murs du musée national jordanien à Amman, et certains autres fragments sont partis à l’Institut Pontifical Biblique. Mais l’étoile a échoué dans une réserve du Rockefeller.

Une inscription romaine monumentale trouvée à Jérusalem exposée aux abords de l'Autorité des Antiquités israélienne au musée Rockefeller, à l'est de Jérusalem, en 2014. (photo credit: Moti Tufeld)
Une inscription romaine monumentale trouvée à Jérusalem exposée aux abords de l’Autorité des Antiquités israélienne au musée Rockefeller, à l’est de Jérusalem, en 2014. (photo credit: Moti Tufeld)

Le musée Rockefeller a ouvert ses portes au public en 1938 et accueilli le Département des Antiquités sous le mandat britannique ainsi que le premier musée archéologoque significatif du pays. Des artéfacts issus de tout le territoire gouverné par la Grande-Bretagne – qui comprend aujourd’hui Israël, la Jordanie et les territoires palestiniens – ont été collectés et stockés là-bas.

La Jordanie a repris la main sur le musée entre 1948 et 1967 lorsqu’elle a occupé Jérusalem-est puis Israël en a repris le contrôle durant la guerre des six jours de juin 1967. Lors des cinquante dernières années, le bâtiment a été géré conjointement par le Musée d’Israël et l’AAI, qui en a fait le siège de son organisation.

Les gouvernements israéliens depuis 1967 ont maintenu un statu quo non-officiel au sein du Rockefeller en s’abstenant d’ajouter ou de retirer quoi que ce soit à la collection de reliques de l’endroit (avec certaines exceptions, notamment le transfert de quelques rouleaux anciens dans un laboratoire moderne hébergé sur le campus du musée d’Israël).

Une pétition récente lancée par Emek Shaveh, ONG s’opposant à la politisation de l’archéologie, a fait connaître son désaccord face au transfert de la bibliothèque de Rockefeller au nouveau siège de l’Autorité des Antiquités dans l’ouest de Jérusalem.

L’argument utilisé contre la démarche entreprise par l’AAI était que le transfert d’artéfacts depuis Jérusalem-est à Jérusalem–ouest constituait une violation du protocole de la convention de La Haye portant sur la protection de la propriété culturelle en 1954 visant à « empêcher l’exportation, depuis un territoire occupé à la suite d’un conflit armé, de la propriété culturelle ».

La Haute-Cour de Justice a rejeté cette pétition, jugeant que l’Autorité des Antiquités pouvait transférer la bibliothèque dans son nouveau siège dans la mesure où le musée Rockefeller ne peut assurer, par ses propres infrastructures, la préservation des livres fragiles de la collection, et que ce transfert est donc conforme à la Convention de La Haye.

Au même moment, l’Autorité des Antiquités a insisté sur le fait qu’elle ne transférerait aucune découverte archéologique depuis le musée Rockefeller à son nouveau siège.

“Les reliques archéologiques existantes qui sont au sein du musée Rockefeller resteront dans le cadre de cette structure historique et il n’y a aucune intention de les transférer sur le campus archéologique”, avait fait savoir l’AAI dans un communiqué à ce moment-là.

“Pourquoi devrait-il y avoir une opposition ? » s’est exclamé Hava Katz, directeur des trésors nationaux au sein de l’Autorité des Antiquités, alors que nous visitions la nouvelle infrastructure. « En 67, quand nous sommes allés au Rockefeller… l’état nous a fait don de la bâtisse, et tout ce qui était là – selon la loi jordanienne – nous a été transféré, à Israël. [Les Jordaniens] nous ont également permis de recevoir la propriété des objets qui s’y trouvaient.

La loi internationale considère toutefois le musée Rockefeller comme la propriété souveraine de la Jordanie et la communauté internationale ne reconnaît pas l’annexion par Israël de Jérusalem-est en 1980.

Le Rockefeller, un refuge sécurisé pour les objets culturels artisanaux, a été établi pour rassembler les Juifs et les Arabes, c’est “une île face au conflit », a déclaré le Professeur Raphael Greenberg de l’Université de Tel Aviv lors d’un entretien téléphonique.

L’édifice présente des marques gravées dans la pierre en arabe, en hébreu et en anglais. Mis à part les problèmes juridiques potentiels concernant la suppression de l’étoile et d’autres antiquités du musée, a indiqué Greenberg, la question la plus large est également celle du symbolisme impliqué par le démantèlement de la collection : la situation entre Juifs et Arabes est “sans espoir”.

Concernant le retour de l’étoile du musée de l’AAI au Rockefeller, après la fin de son exposition dans la journée de dimanche, Katz a expliqué que les « peintures en fresque sont comme des matériaux et des métaux organiques, elles sont fragiles. Nous ne les exposons pas pendant trop longtemps » pour ne pas qu’elles se détériorent au point de ne plus être réparées.

A moins qu’une exposition sur les artéfacts Chalcolithiques soit organisée à l’avenir, l’étoile restera dans la réserve où elle pourra être correctement préservée.

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