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Une étude de l’Université de Tel Aviv sur les espèces animales marines invasives

Selon l'étude, certaines espèces marines envahissantes sont capables de survivre aux conditions environnementales extrêmes qu’elles subissent pendant leur voyage sur les navires

Vue du port de Haifa, le 11 juin 2015.(Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Vue du port de Haifa, le 11 juin 2015.(Crédit : Miriam Alster/Flash90)

D’après une étude première en son genre réalisée par le doctorant Doron Bereza sous la direction du professeur Noa Shenkar de l’École de zoologie et du Musée d’histoire naturelle Steinhardt de l’Université de Tel Aviv, certaines espèces marines envahissantes, qui traversent les mers en s’accrochant à la coque des navires de commerce, constituant une nuisance pour les infrastructures et la faune locales, sont capables de survivre aux conditions environnementales extrêmes qu’elles subissent pendant leur voyage, a rapporté le site de l’Association française de l’Université de Tel Aviv. Selon les chercheurs, une réglementation appropriée pourrait réduire cette menace et empêcher l’établissement de ces envahisseurs potentiels dans de nouveaux habitats.

Les résultats de cette expérience unique, comprenant une simulation des conditions environnementales des trajectoires marines entre l’Asie du Sud-Est et l’Europe du Nord, ont été publiés dans la prestigieuse revue Science of the Total Environment.

« En raison de l’augmentation continue du commerce mondial, des milliers de créatures marines voyagent à tout moment d’un endroit à un autre du globe par l’intermédiaires des navires de commerce », a expliqué le Prof. Shenkar. « Ils le font de deux manières : dans l’eau des ballasts, réservoir des navires destiné à se remplir d’eau de mer pour stabiliser le bateau, ou bien en s’accrochant à la coque du navire. Le problème des espèces envahissantes transférées par les ballasts est traité par la législation internationale ; cependant, celui des ‘auto-stoppeurs’ qui voyagent accrochés aux navires ne l’est pas. De nombreuses espèces sont ainsi transférées d’un endroit à l’autre du monde le long des routes commerciales internationales. »

Dans le cadre de l’étude, le doctorant Doron Bereza et le Prof. Shenkar ont examiné la capacité de survie de deux espèces d’ascidies, invertébrés marins qui s’attachent aux surfaces dures telles que les rochers, les brise-lames et les coques de navires, reconnues comme nuisibles, le long d’une route commerciale typique, allant de l’Asie du Sud-Est à l’Europe du Nord.

« Nous nous sommes concentrés sur deux espèces d’ascidies communes en Méditerranée, y compris en Israël, et dont on sait qu’elles sont transférées par les navires », a expliqué Doron Bereza. « Pendant plusieurs mois, j’ai construit une base de données exhaustive, comprenant des informations sur environ 200 porte-conteneurs, et je l’ai utilisée pour bâtir un itinéraire représentatif des routes commerciales de deux types de bateaux différents : d’une part des navires géants de plus de 395m de long, de l’autre des porte-conteneurs ‘normaux’, également très grands, mais qui peuvent ancrer dans davantage de ports possédant des infrastructures adaptées. Les données collectées concernaient les changements de température et la salinité de l’eau de mer, ainsi que les concentrations de chlorophylle, mesurant la disponibilité de nourriture pour les ascidies pendant le voyage et l’ancrage dans les différents ports le long de la route. »

Dans la deuxième étape de l’étude, les chercheurs ont exposé les deux espèces d’ascidies à des conditions similaires en laboratoire. « Nous avons découvert que leur capacité de survie était considérablement affectée par plusieurs facteurs : les conditions environnementales, le type de navire et les caractéristiques physiologiques de l’animal lui-même », a expliqué Bereza. « Dans des conditions extrêmes, par exemple la combinaison de températures élevées et d’une faible salinité, comme c’est le cas dans certains ports d’Extrême-Orient, l’une des espèces s’est complètement éteinte, alors que l’autre n’a subi aucune mortalité. En fait, même lorsque les routes maritimes sont similaires, les bateaux de taille différentes ne fréquentent pas forcément les mêmes ports, faute d’infrastructures adaptées. Ainsi, plus le bateau sera exposé à une plus grande diversité de ports présentant des conditions d’environnement extrêmes, plus les chances de survie d’une des deux espèces étudiées se réduit considérablement. Des expériences supplémentaires de ce type, portant spécifiquement sur des groupes de créatures marines constituant une menace, pourront conduire à des mesures réglementaires efficaces pour empêcher le déplacement des espèces. »

« Nous avons été surpris de découvrir qu’une des deux espèces d’ascidie tropicale étudiées a survécu à tout le trajet vers Rotterdam, en passant par la Méditerranée et la Mer du Nord », a ajouté le Prof. Shenkar. « Cela ne signifie pas qu’elle ait apprécié le voyage, mais le fait est qu’elle ait survécu, mais si ce n’est le cas que de quelques spécimens isolés, suffit pour l’établissement d’une population envahissante sur un nouveau territoire. De plus, en raison du réchauffement global nous supposons que d’autres espèces d’origine tropicale parviendront à prospérer dans l’avenir dans des eaux qui sont encore trop froides pour elles à l’heure actuelle. Par contre, le fait qu’ils se soient trouvés en chemin des ports dans lesquels les conditions environnementales se sont avérées mortelles pour la quasi-totalité des membres d’une des deux espèces, suggère que ces endroits peuvent être utilisés comme barrières environnementales pour empêcher la propagation des espèces envahissantes. »

« Le phénomène des animaux marins envahissant les régions éloignées de leur habitat d’origine met en danger les espèces et les environnements marins locaux », préviennent les chercheurs. « Dans cette étude, nous avons montré qu’une législation appropriée permettrait de réduire ce phénomène et d’empêcher les envahisseurs potentiels d’atteindre de nouveaux habitats. »

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