Une famille palestinienne fête l’élection d’une des leurs au Capitole
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Une famille palestinienne fête l’élection d’une des leurs au Capitole

La députée Rashida Tlaib a exprimé son soutien à une solution à un État et à la fin de l'aide militaire américaine à Israël, mais ses proches palestiniens sont plus circonspects

Dans cette photo du 8 août 2018, Fadwa Tlaib, une tante de Rashida Tlaib, désigne la jeune Rashida dans une photo de 1987 avec sa mère Fatima et son frère Nader, dans la maison familiale du village de Beit Ur al-Foqa, en Cisjordanie. (AP/Nasser Nasser Nasser)
Dans cette photo du 8 août 2018, Fadwa Tlaib, une tante de Rashida Tlaib, désigne la jeune Rashida dans une photo de 1987 avec sa mère Fatima et son frère Nader, dans la maison familiale du village de Beit Ur al-Foqa, en Cisjordanie. (AP/Nasser Nasser Nasser)

BEIT UR AL-FOQA, Cisjordanie – Dans une petite maison surplombant une grande route en Cisjordanie qui relie Jérusalem et Tel Aviv, la famille Tlaib s’est réunie mercredi pour célébrer la victoire électorale d’une des leurs – à 10 000 km de là, dans le 13e district du Congrès du Michigan.

Bassam Tlaib a déclaré que la victoire de sa nièce Rashida Tlaib aux élections de mi-mandat aux Etats-Unis a été une « grande source de fierté », en buvant du café et en mangeant des chocolats avec ses cousins et d’autres membres de sa famille éloignée à Beit Ur al-Foqa.

Tlaib, une Palestino-Américaine et démocrate de 42 ans, a remporté un siège dans l’organe législatif américain mardi après avoir obtenu plus de 80 % des voix dans la 13ème circonscription du Michigan, qui comprend une partie de Detroit. Elle ne faisait pas face à un concurrent républicain.

En août, Tlaib a battu cinq candidats aux primaires démocrates du district. Après avoir gagné cette course, sa mère a brièvement placé un drapeau palestinien autour de ses épaules pendant qu’elle s’adressait à ses sympathisants.

Tlaib est la première femme arabo-américaine et l’une des deux musulmanes à être élue au Congrès américain, une autre première. Elle a été rejointe pour briser le plafond de verre par Ilhan Omar, une démocrate qui a remporté un siège à la Chambre des représentants des États-Unis pour représenter le 5e district du Congrès du Minnesota.

« En tant que famille, nous sommes très heureux que Rashida soit la première femme arabe et palestinienne élue à ce poste », a déclaré Bassam, 54 ans.

Rashida Tlaib,candidate démocrate pour le 13e district du Michigan, le 26 octobre 2018. (Crédit ! AP /Paul Sancya, File)

Rashida est avocate, née aux États-Unis d’une mère originaire de Beit Ur al-Foqa et d’un père du quartier de Beit Hanina à Jérusalem, qui ont tous deux immigré aux États-Unis dans les années 1970. Alors que ses parents l’ont élevée dans le Michigan, les membres de sa famille ont indiqué qu’elle était venue à plusieurs reprises à Beit Ur al-Foqa, qu’elle y avait épousé son mari Fayez et avait failli étudier à l’université de Birzeit près de Ramallah.

Dans une interview accordée en août au magazine mensuel progressiste In These Times, Rashida, ancienne députée du Michigan, s’est prononcée en faveur d’une solution à un État dans le conflit israélo-palestinien, en rupture avec la position du parti démocrate qui soutient une solution à deux États.

« Un État. Il faut qu’il n’y ait qu’un seul État », a déclaré Mme Tlaib au magazine. « Séparés tout en étant égaux, ça ne marche pas. Je n’ai que 42 ans, mais mes professeurs faisaient partie de la génération qui a marché avec Martin Luther King. Toute cette idée d’une solution à deux États, ça ne marche pas. Même si nous continuons la lutte aux Etats-Unis, nous aurons une meilleure chance de nous intégrer. »

Des soldats inspectent une voiture palestinienne à un poste de contrôle situé près de l’entrée de Beit ur al-Foqa, le 28 mai 2010. (GILI YAARI / FLASH90)

De nombreux partisans israéliens de la solution à deux États soutiennent qu’un État unique entre le Jourdain et la mer Méditerranée signifierait la fin du caractère juif d’Israël et mettrait effectivement fin au statut du pays en tant que refuge sûr pour les Juifs du monde entier.

Lorsqu’on lui a demandé s’il appuyait la position de sa nièce sur la solution à un seul État, Bassam a éludé la question en disant qu’il « n’aime pas parler de politique ». Plusieurs autres membres de la famille Tlaib ont également déclaré qu’ils ne voulaient pas débattre de politique.

Mais alors que Deifallah Tlaib, 45 ans, membre éloigné de la famille, s’est abstenu de prendre position, il a déclaré que les Palestiniens comme les Israéliens devraient jouir de « droits fondamentaux ».

« L’important, c’est que nous soyons égaux et que chacun jouisse de ses droits fondamentaux », a déclaré M. Deifallah, un ouvrier du bâtiment. « Nous ne voulons pas de guerre ou de problèmes. Nous voulons vivre en paix ici ».

Rashida Tlaib n’a pas répondu à une demande d’interview.

Dans une interview télévisée avec Channel 4 en Grande-Bretagne il y a deux mois, elle a clairement indiqué qu’elle voterait contre l’aide militaire à Israël.

Des membres de la famille Tleib à Beit Ur al-Foqa le 8 novembre 2018. (Adam Rasgon/Times of Israel)

« Absolument, si cela est lié aux inégalités et à l’absence d’accès à la justice », a-t-elle précisé quand on lui a demandé si elle voterait contre l’aide militaire américaine à l’État juif. « Pour moi, l’aide américaine devrait être un moyen de pression… J’utiliserai ma position au Congrès pour qu’aucun pays, pas un seul, ne puisse obtenir de l’aide de notre part, le peuple américain… lorsqu’il continue à promouvoir ce type d’injustice.

En 2016, les États-Unis et Israël ont convenu que Washington verserait 38 milliards de dollars à Israël au cours de la prochaine décennie. Plus récemment, la Chambre des représentants et le Sénat ont adopté un projet de loi qui, s’il était voté, garantirait à Israël les 38 milliards de dollars d’aide à la défense.

Alors que Bassam a réitéré son désir d’éviter de discuter de politique lorsqu’on lui a posé des questions sur l’aide militaire américaine à Israël, M. Deifallah a déclaré sans équivoque qu’il était favorable à sa suppression.

« Je pense que l’Amérique devrait réduire son aide militaire pour faire pression sur Israël pour qu’il opte pour la paix plutôt que pour la guerre », a-t-il dit. « Si Dieu le veut, ce genre de pression pourrait nous apporter la paix. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu insiste sur le fait qu’Israël cherche la paix avec les Palestiniens mais que l’Autorité palestinienne ne s’est pas montrée disposée à travailler pour un accord viable qui assure la sécurité israélienne.

« La première chose à laquelle je pense quand quelqu’un dit que vous allez être la première musulmane est de fêter ce moment », a déclaré Rashida à CBS après sa victoire mardi dernier. « Nous avons changé le cours de l’histoire à une époque où nous pensions que c’était impossible. Je suis juste croyante, je crois en quelqu’un comme moi ».

De retour chez eux à Beit Ur al-Foqa, les membres de la famille Tlaib ont dit espérer que Rashida leur rendrait visite prochainement.

« Elle a promis de revenir nous rendre visite ici », dit Bassam. « Mais je ne sais pas quand elle viendra. J’imagine qu’elle sera très occupée avec son nouveau travail ».

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