Une maison de retraite juive de Los Angeles mise sur les kits de dépistage
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Une maison de retraite juive de Los Angeles mise sur les kits de dépistage

Même avec une pénurie de fournitures cruciales, la LAJH (Los Angeles Jewish Home) passe à l'action pour protéger les résidents contre le COVID-19 avec l'aide de la municipalité

Des contrôles obligatoires sont effectués sur les visiteurs et les employés avant d'entrer dans la structure du Village  Eisenberg à la LAJH (Los Angeles Jewish Home), le 12 avril 2020 (Crédit : Noam Haykeen/ Times of Israel)
Des contrôles obligatoires sont effectués sur les visiteurs et les employés avant d'entrer dans la structure du Village Eisenberg à la LAJH (Los Angeles Jewish Home), le 12 avril 2020 (Crédit : Noam Haykeen/ Times of Israel)

LOS ANGELES — Juste avant une réunion de l’équipe administrative de la LAJH (Los Angeles Jewish Home) organisée à la mi-mars, le médecin-conseil en chef de l’établissement, le docteur Noah Marco, avait appris qu’un résident de ce foyer de vie à destination des personnes du troisième âge avait été testé positif au COVID-19.

Agés en moyenne de 90 ans, les résidents du foyer entrent dans la catégorie des personnes « les plus susceptibles de connaître de graves complications du virus et ils sont les plus vulnérables face à la maladie », explique Marco.

Marco s’était alors hâté de faire ce qu’il pensait devoir faire. Il avait averti les responsables de la LAJH, la famille du malade et son colocataire. La LAJH avait alors commencé à mettre en place une opération de communication publique pour s’assurer que sa communauté serait informée en temps et en heure de la manière dont l’organisation se préparait à répondre face au virus.

Le résident malade avait finalement guéri et il était revenu à la LAJH. Depuis, deux autres personnes âgées de l’établissement ont été testées positives au COVID-19. L’une d’entre elles a succombé à la maladie, à la fin du mois dernier. Quatre membres du personnel de la structure ont été également touchés par le virus.

Photo de l’extérieur de la LAJH. (Los Angeles Jewish Home), le 12 avril 2020 (Crédit : Noam Haykeen/Times of Israël)

Toutefois, et malgré ses cas récents de coronavirus, l’organisation fait face à une pénurie concernant les matériels de dépistage étant donné que « le processus de test, aux Etats-Unis, est incroyablement limité en termes de ressources », dit Marco au Times of Israël.

La LAJH a commencé à effectuer des dépistages auprès de ses résidents et de ses employés en date du 1er avril. Le 10 avril, seulement 5 % des personnes âgées et des employés, au sein de la LAJH, avaient été testés pour le COVID-19.

Cette pénurie reflète une situation difficile qui touche tous les Etats-Unis. Selon David Eisenman, professeur de médecine et de santé publique à l’université de Californie, à Los Angeles, « un mélange de bureaucratie, de régulations et un manque de compétence dans la gouvernance a amené la FDA et le CDC au point qu’ils ont été pris au dépourvu quand le virus est arrivé ici ».

Pour atténuer l’impact du COVID-19, La LAJH a commencé à mettre en œuvre de nouvelles politiques le 4 mars – le jour où la Californie a connu son premier décès consécutif au nouveau coronavirus. L’établissement a ainsi décidé de contrôler la température des visiteurs et du personnel avant qu’ils ne rentrent dans la structure. Le centre pour les seniors, très prisé, a suspendu ses activités de groupe qui incluent des personnes venant de l’extérieur.

Le docteur Noah Marco de la LAJH (Los Angeles Jewish Home). (Autorisation)

La crise sanitaire ne cessant de se détériorer et des membres de la LAJH en subissant l’impact, l’institution a alors appliqué des mesures plus strictes. Des pièces d’isolement ont été mises en place pour les résidents testés positifs au COVID-19 afin de réduire la transmission du virus. La LAJH a également dégagé une aile spéciale dans son bâtiment pour les résidents revenant de l’hôpital ou de la communauté extérieure, où ils sont placés en quarantaine pendant 14 jours.

Le 29 mars, Marco est entré en contact avec Eric Garcetti, le maire de Los Angeles, et la LAJH a été choisie comme pôle de distribution de tests de dépistage à destination des personnes du troisième âge de la ville. Cette décision a été prise dans le cadre d’une initiative visant à augmenter les dépistages dans tout Los Angeles, une initiative lancée par Garcetti, l’adjoint au maire Jeff Gorell, et les services de livraison UPS.

Mais la LAJH n’a reçu que 500 kits de dépistage pour une population de 1 100 résidents et de 1 300 employés. Avec l’obligation de distribuer les kits à deux autres établissements, seule une petite fraction de la communauté a été dépistée. La LAJH a également fait une liste de dix organisations supplémentaires qui souhaitent, elles aussi, recevoir de futurs kits permettant de tester leurs résidents.

Une situation difficile au niveau national

Ce centre de vie pour les seniors a prévu une unité de dépistage dans sa structure. Pour les personnels qui ont eu droit à un test, l’examen s’est passé à l’intérieur du centre pour certains, et à l’extérieur pour d’autres. Une fois le test effectué à la LAJH, il faut attendre deux à quatre jours pour recevoir les résultats.

La priorité est accordée aux résidents et employés qui sont malades, ou identifiés comme particulièrement vulnérables face au virus.

La LAJH ignore quand elle recevra de nouveaux tests de dépistage. Même si le plan, à l’origine, était d’obtenir des tests de façon permanente, « la bureaucratie et des problèmes de traitement empêchent cela », déplore Marco.

Photo de l’extérieur de la LAJH (Los Angeles Jewish Home), le 12 avril 2020. (Crédit : Noam Haykeen/Times of Israël)

Selon Eisenman, de l’UCLA, « les kits approuvés par les laboratoires n’ont pas été assez rapidement livrés aux sites de dépistage locaux. Cela a été impossible de rattraper quelque chose qui aurait dû être anticipé dans les semaines et les mois qui ont précédé l’arrivée du COVID-19 ».

Sans dépistage, les résidents doivent être isolés les uns des autres en permanence, explique Eisenman. « Ce qui crée une solitude terrible, une anxiété et des dépressions », ajoute-t-il. « Cet état de fait peut précipiter l’apparition d’autres malades et entraîner de tristes résultats. »

Eisenman s’attend à ce que la situation nouvelle entraîne un déclin émotionnel et cognitif chez les personnes âgées.

Jusqu’à 25 % des individus touchés par le coronavirus restent asymptomatiques, selon le directeur des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), le docteur Robert Redfield, ce qui signifie que des employés qui se sentent en bonne santé peuvent aider à propager la maladie.

« Le dépistage des personnels et des seniors dans les lieux de vie pour le troisième âge est absolument déterminant pour empêcher une épidémie potentielle du COVID-19 dans cette population vulnérable », dit Zuo-Feng Zhang, professeur d’épidémiologie et de médecine à l’UCLA.

S’il vous plaît, dépistez nos parents – et leurs soignants

Mike Sirota, dont la mère vit dans le village Eisenberg de la LAJH, fait part de son inquiétude face aux ressources de dépistage limitées fournies par le gouvernement.

Nancy, la mère de Mike Sirota, fête son 91è anniversaire. (Autorisation)

« L’idée que les résidents puissent être infectés et qu’on ne le sache pas me préoccupe. Cela serait une bonne chose de le savoir, de manière à pouvoir anticiper un traitement », dit Sirota. « Si les employés du centre étaient dépistés, alors on pourrait les informer de ne pas venir au travail en cas de test positif au virus », clame-t-il.

Les efforts visant à lutter contre le COVID-19 ont transformé la vie des résidents et de leurs proches. Il y a quelques semaines, Rachel Kaufman était venue à la LAJH avant le Shabbat, avec son père, son mari et ses enfants. La mère de Kaufman, Margarete, 77 ans, vit dans le village Eisenberg de la LAJH et souffre de la maladie de Parkinson. Les membres de la famille s’étaient tenus à une distance de deux mètres les uns des autres, face à l’établissement, de l’autre côté de la rue. Margarete, au troisième étage, avait observé les siens depuis sa fenêtre.

La famille avait apporté des panneaux sur lesquels étaient écrit « On t’aime », « Shabbat Shalom » et « Merci aux infirmiers et aux employés ». Elle avait entonné des chants juifs familiers comme « Gesher Tzar Meod » et « Yedid Nefesh ».

« Nous voir a été une bouffée d’oxygène pour elle », dit le père de Kaufman, Joshua. « C’est une tragédie de devoir être, pour ma part, séparé de mon épouse. Je lui dois tout », ajoute-t-il.

« Depuis, on a pu parler via Skype », ajoute Rachel Kaufman. « On continue à chanter. On voit bouger ses lèvres, et son regard brille quand elle nous voit. Mon père bénit habituellement tous ses enfants le vendredi soir mais avant Pessah, il a récité les bénédictions à ma mère par Skype. Et on a répondu en disant ‘Amen’. »

Des contrôles obligatoires sont effectués sur les visiteurs et les employés avant d’entrer dans la structure du Village Eisenberg à la LAJH (Los Angeles Jewish Home), le 12 avril 2020. (Crédit : Noam Haykeen/Times of Israël)

Espoir à l’horizon

Malgré ces expériences de dépistage insuffisant, des initiatives annoncées la semaine dernière pourraient redonner de l’espoir à la LAJH. Le 9 avril, Garcetti a fait savoir que Los Angeles allait déployer une équipe de dépistage mobile. Elle « aidera à former au dépistage du COVID-19 dans les établissements de soins accueillant des personnes âgées, dans les foyers de vie, dans les cabinets d’infirmiers, et dans toutes les autres structures au service des populations les plus vulnérables » face au coronavirus, selon le site internet du maire.

Le 6 avril, Garcetti avait également dit que tous les habitants de Los Angeles pouvaient se présenter sur un site de dépistage. Il y en a actuellement treize. Une nouvelle qui pourrait être significative pour les employés de la LAJH qui pourront dorénavant se faire dépister à l’extérieur de l’établissement.

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