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Une nouvelle traduction des journaux intimes de Kafka évoque son rapport au judaïsme

Cet ouvrage montre que l’auteur tchèque de 'La métamorphose', qui entretenait une relation complexe avec le judaïsme, était fasciné par le théâtre yiddish

Franz Kafka en 1906. (Domaine public)
Franz Kafka en 1906. (Domaine public)

JTA – Grand amateur de théâtre yiddish, on sait que Franz Kafka a été amoureux de sa professeure d’hébreu et même qu’il est un jour tombé nez à nez, à la synagogue au moment de Yom Kippour, avec le propriétaire d’un bordel où il avait ses habitudes.

Les grandes lignes de la vie de Kafka sont depuis longtemps connues des historiens, mais une nouvelle traduction – anglaise – de ses journaux intimes donne du célèbre auteur tchèque une image plus complète, évoquant sa relation complexe et parfois contrariée avec le judaïsme.

Rendu célèbre par son talent pour parler de la solitude, de l’aliénation et des bureaucraties aveugles, Kafka voyait dans le judaïsme le moyen de vivre en communauté.

« Ces belles et fortes séparations que porte le judaïsme », évoque-t-il à un moment, dans le style décousu qui caractérise ses journaux intimes.

« On a de l’espace. On se voit mieux, on se juge mieux. »

Plus tard, parlant d’une pièce yiddish qu’il trouvait particulièrement émouvante, Kafka réfléchit à sa vision de « ceux qui sont juifs de manière particulièrement pure, parce qu’ils ne vivent que dans la religion, mais sans effort, compréhension ou misère ».

Membre de plusieurs organisations sionistes, vers la fin de sa vie, il tombe amoureux de Dora Diamant, sa professeure d’hébreu, fille d’un rabbin orthodoxe (elle est peu mentionnée dans ces journaux intimes).

« The Diaries of Franz Kafka », traduit par Ross Benjamin et publié cette semaine chez Penguin Random House, évoque l’ensemble des écrits des journaux intimes de l’écrivain, de 1908 à 1923, un an avant sa mort de la tuberculose, à l’âge de 41 ans.

D’autres versions des journaux intimes de Kafka ont déjà été publiées, grâce à son ami juif et exécuteur littéraire Max Brod (avec une traduction de Hannah Arendt), mais bien souvent, elles étaient partielles et souvent oublieuses de précieux écrits sur sa compréhension du judaïsme.

Une édition allemande de ses journaux intimes a été publiée en 1990.

Elevé par un père non pratiquant, à Prague, l’auteur de « La Métamorphose », « Le Procès » et « Le Château » n’apprécie pas les quelques éléments de culture juive auxquelles il est exposé pendant son enfance, bar mitzvah comprise.

A l’époque à Prague, la population juive germanophone assimilée méprise les Juifs d’Europe de l’Est plus pauvres, qui parlent yiddish.

Ces journaux intimes révèlent la fascination du jeune Kafka, une fois devenu adulte, pour la culture juive, et notamment une troupe de théâtre itinérante yiddish de Pologne qu’il va voir plus de vingt fois.

Il entretient une relation forte avec l’acteur star de la compagnie, Jizchak Löwy, pour lequel il organise des événements et l’occasion d’interpréter des histoires de la vie juive à Varsovie.

Kafka lui-même présente ces spectacles avec quelques mots de yiddish.

Son propre père a des préjugés envers Löwy : il l’évoque ainsi « Mon père disait de lui: Celui qui se couche avec des chiens se réveille avec des puces. »

« La Métamorphose » parle d’un homme qui, sans raison, se transforme en cafard géant et est rejeté par sa famille.

Dans son propos introductif, Benjamin souligne : « Les chercheurs pensent que de tels tropes, très répandus dans la culture antisémite qui baigne l’existence de Kafka, ont eu une influence sur ses thèmes littéraires. »

Il ajoute même que Brod a censuré les propos parfois ambigus de Kafka sur ses frères juifs.

Du temps de son amitié avec Löwy, Kafka invoque des stéréotypes antisémites sur la prétendue saleté juive : « Mes cheveux ont touché les siens quand je me suis penché vers lui, et j’ai eu peur d’avoir attrapé des poux. »

Benjamin explique : « Ici, Kafka se confronte à sa propre anxiété de Juif d’Europe de l’Ouest envers l’hygiène de son compagnon juif d’Europe de l’Est. »

Cette version des journaux intimes non censurée réserve d’autres révélations, comme les réflexions de Kafka sur sa sexualité.

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