Une start-up caritative nourrit des survivants de la Shoah confinés à New York
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Une start-up caritative nourrit des survivants de la Shoah confinés à New York

L'association "333.charity" d'Evan Rosenberg s'efforce de collecter des fonds pour l'UJA-Federation of New York afin de venir en aide à des seniors vivant sous le seuil de pauvreté

Evan Rosenberg avec sa grand-mère. (Autorisation)
Evan Rosenberg avec sa grand-mère. (Autorisation)

Avec 40 % des rescapés de la Shoah à New York vivant dans la pauvreté, un entrepreneur de Long Island crée des moyens de collecter des fonds pour leurs soins pendant le confinement lié à la Covid-19.

En novembre, quand Evan Rosenberg a lancé son organisation « 333.charity », on estimait à 40 000 le nombre de survivants vivant dans la région de New York. En partie à cause de l’impact épouvantable de la pandémie sur les maisons de retraite, ce nombre est tombé à moins de 36 000 personnes.

Se concentrant sur les survivants vivant dans la pauvreté, Evan Rosenberg, âgé de 34 ans, a commencé par vendre des marchandises pour collecter des fonds. Avec l’assaut de la Covid dans la ville, il est passé à la vitesse supérieure pour soutenir un programme de l’UJA-Federation of New York qui nourrit les survivants de la Shoah vivant dans la pauvreté.

M. Rosenberg apporte à l’organisation caritative 15 ans d’expérience dans le secteur de la restauration. Lorsqu’il a organisé un cours de fitness via Zoom pour collecter des fonds, par exemple, il a réussi à convaincre des célébrités – dont la star de la NBA Isaiah Thomas et le joueur de la NFL Julian Edelman – de faire des apparitions. Ce cours a permis de récolter 12 000 dollars pour les survivants.

Sur l’avant-bras d’Evan Rosenberg est tatoué le numéro « 333 ». L’histoire de la famille derrière ce numéro, confie M. Rosenberg, a été la source d’inspiration de ses efforts.

Sa grand-mère maternelle, qui vit en Floride, a grandi avec deux cousins qui ont été les seuls membres de leur famille à survivre à la Shoah. Lorsque les frères sont arrivés à New York après la guerre, ils savaient exactement où aller grâce à leur mère décédée – la grand-tante d’Evan Rosenberg – qui a été assassinée à Auschwitz.

Evan Rosenberg, fondateur de ‘333.charity’ (Autorisation)

Avant d’y être déportée, la famille juive tchèque a discuté de la possibilité de trouver le « salut » au numéro 333 de la 7e Avenue à New York – l’adresse de travail de l’oncle Bernard. Alors que les frères et sœurs étaient séparés de leur mère pour la dernière fois au camp de la mort, elle a levé trois doigts en guise de rappel.

Evan Rosenberg ignorait jusqu’à il y a quelques années l’histoire de la Shoah de sa famille. Dans une carte de Hanoukka envoyée par sa grand-mère en 2014, elle a expliqué l’histoire du « 333 » et des retrouvailles avec ses cousins dans la 7e Avenue.

Pendant les mois qui ont suivi la réception de la lettre de son aïeule, l’entrepreneur n’a cessé de rencontrer le numéro 333. Il ne s’agissait pas seulement de son adresse professionnelle à l’époque, mais également de son numéro de casier au pressing. Cette tendance s’est poursuivie pendant des années et l’a incité à se faire tatouer « 333 » sur son avant-bras, avec l’écriture de sa grand-mère, il y a quatre mois.

Dans un message avant le début du cours de fitness de Zoom, Sami Steigmann, survivant de la Shoah, a déclaré qu’il « se trouve vivre sous le seuil de pauvreté ». Remerciant les participants d’avoir soutenu les rescapés pendant « cette période très difficile », M. Steigmann a fait l’éloge de M. Rosenberg et de son initiative.

Enfant, Sami Steigmann a été emprisonné avec sa famille dans le camp de travail forcé de Mogilev-Podolsky en Ukraine. Parce qu’il était trop jeune pour travailler, il a été soumis à des expériences médicales nazies. Depuis quelques années, il fait des apparitions dans les universités et les écoles pour témoigner.

Soutenus par l’organisme caritatif UJA-Federation of New York, des bénévoles distribuent à manger à des personnes âgées, dont des survivants de la Shoah, en mai 2020 (Crédit : Met Council)

En plus d’obtenir l’aide des survivants et des joueurs de la NFL, Evan Rosenberg s’est associé à 14 restaurants locaux qui sont sur GrubHub, DoorDash, ou d’autres services de livraison de nourriture. Chaque restaurant a ajouté une option pour le règlement de l’addition, invitant les clients à « faire un don aux survivants de la Shoah » par tranches de 10, 15 ou 30 dollars.

« Je voulais aider les restaurants à ne pas avoir à puiser dans leurs frais de nourriture », explique M. Rosenberg, qui fait les dons à l’UJA au nom des restaurants. Ces dernières semaines, les dons et la vente de marchandises de marque ont augmenté régulièrement, indique-t-il.

« C’est vraiment fou », se réjouit l’entrepreneur social. « Nous avons reçu des dons de nombreux pays, une surprise bouleversante ».

Elle a pleuré des larmes de joie

L’exploitation de 333.charity depuis novembre a rapproché Evan Rosenberg de plusieurs membres de sa famille, révèle-t-il.

Lorsqu’il a montré à sa grand-mère le tatouage « 333 » sur son avant-bras, basé sur la lettre qu’elle lui avait adressée, « elle a pleuré des larmes de joie », confie-t-il. « Cela a développé ma relation avec ma grand-mère – nos conversations sont plus profondes, et il y a généralement des pleurs ».

Il s’est également rapproché de parents qu’il n’avait jamais rencontrés, notamment un parent survivant de la Shoah en Islande, indique-t-il. Au niveau national, le projet l’a mis en contact avec des parents en Californie.

L’avant-bras d’Evan Rosenberg tatoué du numéro « 333 » dans l’écriture de sa grand-mère. (Autorisation)

Depuis qu’il a trouvé une résonance dans l’histoire de sa famille, Evan Rosenberg a rencontré de nombreux survivants de la Shoah à New York, Long Island et ailleurs.

« Ces personnes ont déjà vécu quelque chose de si traumatisant », commente-t-il. « Ils ne méritent pas de traverser autre chose ».

Au total, les efforts de M. Rosenberg ont aidé la fédération à livrer des colis à 1 525 rescapés à New York, fait-il savoir. Il s’est également associé avec une entreprise qui fabrique des substituts de repas casher, lesquels sont envoyés directement aux survivants.

Le fondateur de « 333 Charity » Evan Rosenberg fait le mannequin pour les produits qu’il vend à des fins caritatives.

La page Facebook du site 333.charity illustre l’orientation mode prise par l’entrepreneur pour ses collectes de fonds. On y trouve des images des équipements sportifs « 333 », la plupart du temps consacré au fitness. On y trouve des casquettes, des pantalons de sport et des popsockets, ainsi que des sweat-shirts à capuche « 333 ».

Pour Evan Rosenberg, le but de « 333 » est de permettre aux gens de s’interroger sur la signification des chiffres. Après son premier contact avec le chiffre fin 2014, un de ses amis lui a acheté une casquette avec le 333 gravé dessus. C’était un signe des choses à venir, suscitant l’intérêt de l’entrepreneur pour ce qu’il pourrait faire avec l’héritage de sa famille.

« 333 » est censé être un message universel selon lequel on peut tout surmonter », explique M. Rosenberg. « Je n’ai jamais rien fait de tel qui ait un impact aussi important. »

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