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Une start-up israélienne s’associe à Eta Space pour créer de l’oxygène sur la Lune

La start-up Helios apportera son expertise dans le développement de la production d'oxygène lunaire et dans la mise en place d'une usine de liquéfaction

Ricky Ben-David est journaliste au Times of Israël

Photo d'illustration : Un dépôt d'oxygène sur la Lune. (Crédit : Helios)
Photo d'illustration : Un dépôt d'oxygène sur la Lune. (Crédit : Helios)

La start-up technologique Helios a annoncé un partenariat, ce mois-ci, avec Eta Space, une firme de Floride. Les deux entreprises se sont associées pour créer et stocker de l’oxygène sur la lune, une tentative visant à rendre les missions spatiales plus efficaces au niveau du coût. Elles sont également déterminées à offrir à terme de meilleures solutions en matière d’approvisionnement concernant les carburants nécessaires pendant les voyages en orbite.

Helios a été créée en 2018 dans le cadre d’un atelier d’innovation organisé par l’Agence spatiale israélienne lors de la semaine de l’espace en Israël cette année-là. L’entreprise affirme avoir développé une technologie capable de produire l’oxygène nécessaire au carburant à partir du sol lunaire, ce qui rendra économiquement viables les missions multiples et à long-terme sur la Lune, car cela permettra aux colonies lunaires de « vivre de la terre » au lieu de devoir transporter tout leur carburant et autres ressources depuis la Terre.

L’un des principaux obstacles à l’envoi de missions sur la Lune est le coût du transport des objets de la Terre à la surface lunaire. Le lancement de fusées avec une cargaison nécessite du carburant ; plus la cargaison est lourde, plus il faut de carburant. Ce carburant supplémentaire s’ajoute au poids, ce qui nécessite encore plus de carburant. L’oxygène est un composant vital pour la combustion du carburant.

Dans le cadre du nouvel accord, Helios pourra profiter de l’expertise d’Eta Space en termes de technologies cryogéniques – et spécifiquement dans l’oxygène et dans l’hydrogène liquides – pour produire et stocker de l’oxygène. Les deux compagnies prévoient de développer ensemble une usine de production et de liquéfaction d’oxygène sur la Lune.

« Eta Space jouera un rôle important dans la liquéfaction et dans le stockage de l’oxygène produits par le réacteur d’Helios dans ses réservoirs cryogéniques », explique le docteur William Notardonato, fondateur et directeur-général d’Eta Space, dont le siège est situé sur la Space Coast, en Floride, à proximité du Centre spatial Kennedy et de Cape Canaveral.

« Les deux entreprises se complètent l’une l’autre dans la mission qu’elles se sont données et qui est de réduire encore les coûts dans l’espace, ce qui est une initiative déterminante pour rendre durable notre présence ailleurs que sur la terre », continue Notardonato, qui a travaillé pour la NASA pendant 30 ans.

Illustration de la technologie de l’extracteur lunaire développée par Helios, dont la startup espère qu’elle permettra de produire de l’oxygène sur la lune (Autorisation).

Jonathan Geifman, directeur-général et co-fondateur d’Helios, estime pour sa part que « pour permettre l’établissement d’une base lunaire permanente, les technologies développées par Helios ne sont pas suffisantes – il faut toute une gamme de technologies pour réaliser une chaîne de valeur économique sur la Lune. Cette nouvelle collaboration avec Eta Space va, pour la première fois, assurer la connexion entre deux liens purement commerciaux de la chaîne – la production et le stockage d’oxygène – ce qui rendra les missions multiples et à long-terme sur la Lune plus viables au niveau économique ».

Créer une base lunaire ou mettre en place des déplacements sur la lune plus récurrents, comme le prévoient pour la prochaine décennie des firmes spatiales privées comme SpaceX, pourraient nécessiter des milliers de tonnes d’oxygène par an qui seraient utilisées comme carburant. Expédier quoi que ce soit sur la lune coûte plusieurs centaines de milliers de dollars par kilogramme – ce qui rend les missions à long-terme économiquement non viables, à moins que l’oxygène puisse être produit sur la lune, indique Helios.

Le processus que la société a mis au point s’appelle l’électrolyse du régolithe fondu et utilise un réacteur alimenté par le sol. Il fait fondre le sol lunaire à 1 600 degrés Celsius, puis, par électrolyse, crée de l’oxygène qui est stocké pour être utilisé.

L’entreprise a simulé la plupart des conditions de la lune pour tester son système, en utilisant du sable semblable à celui de la lune, développé par l’Université de Floride centrale, sur la base d’échantillons ramenés de la lune.

La startup a signé un accord, l’année dernière, avec la multinationale technologique européenne OHB SE afin de fournir la technologie Helios pour produire de l’oxygène et des métaux sur la lune à bord du système d’atterrissage lunaire LSAS (Lunar Surface Access Service). La technologie d’Helios volera sur les trois premières missions LSAS vers la surface lunaire à partir de 2025, ce qui permettra à la firme de tester son high-tech dans des conditions réelles.

Helios note que sa technologie peut être utilisée pour extraire 99 % de fer pur à partir de minerai de fer, nécessitant 50 % de moins d’énergie que ce n’est actuellement le cas dans l’industrie. Ce qui peut entraîner de meilleures méthodes pour la production sidérurgique, une industrie à forte émissions de gaz à effet de serre, et la création d’une « sidérurgie verte ».

Une pièce de monnaie fabriquée en fer « vert » dans un laboratoire d’Helios. (Crédit : Helios)

La start-up, basée à Tzur Yigal, dans le centre d’Israël, a fait savoir qu’elle allait lancer des accords commerciaux concernant la construction d’usines pilotes qui pourront, à terme, produire de multiples tonnes de fer par jour, et l’intégration de sa technologie dans la chaîne de production.

Helios a bénéficié de financements de la part de l’Agence spatiale israélienne et du ministère de l’Énergie. Le mois dernier, la compagnie a obtenu la somme de six millions de dollars dans le cadre d’un apport de capital, dans le cadre d’un capital d’amorçage, qui a été dirigé par At One Ventures, la firme d’investissement « à bénéfice net pour la nature », et par la compagnie israélienne Doral Energy-Tech Ventures. Mataplanet, firme d’investissement spécialisée dans la Deep Tech, a aussi participé à cette série de financement.

Shoshanna Solomon a contribué à l’écriture de cet article.

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