Une synagogue bulgare en ruine va devenir un centre culturel et inter-religieux
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Une synagogue bulgare en ruine va devenir un centre culturel et inter-religieux

L'espace ne sera pas utilisé pour les offices, mais l'injection de 6 millions d'euros de fonds européens pourrait créer une nouvelle destination touristique

  • L'extérieur de la synagogue de Vidin présente les contours de fenêtres en forme des dix commandements. Elle a été conçue par le célèbre architecte autrichien Friedrich Grünanger. (Crédit : Jonah Goldman Kay/ JTA)
    L'extérieur de la synagogue de Vidin présente les contours de fenêtres en forme des dix commandements. Elle a été conçue par le célèbre architecte autrichien Friedrich Grünanger. (Crédit : Jonah Goldman Kay/ JTA)
  • L'ancien sanctuaire de la synagogue centrale de Vidin, en Bulgarie, construit en 1894, est aujourd'hui en ruine et dépourvu de toit. La communauté locale investit 6 millions d'euros dans la rénovation de la synagogue pour en faire un centre communautaire. (Crédit : Jonah Goldman Kay/JTA)
    L'ancien sanctuaire de la synagogue centrale de Vidin, en Bulgarie, construit en 1894, est aujourd'hui en ruine et dépourvu de toit. La communauté locale investit 6 millions d'euros dans la rénovation de la synagogue pour en faire un centre communautaire. (Crédit : Jonah Goldman Kay/JTA)
  • Shelly Vladeva, à gauche, et Rosa Marinova sont membres de la communauté juive de Vidin, en Bulgarie, qui compte aujourd'hui moins d'une douzaine de membres. Elles n'utilisent plus l'unique synagogue de la ville, en raison de son état de délabrement. (Crédit : Jonah Goldman Kay/JTA)
    Shelly Vladeva, à gauche, et Rosa Marinova sont membres de la communauté juive de Vidin, en Bulgarie, qui compte aujourd'hui moins d'une douzaine de membres. Elles n'utilisent plus l'unique synagogue de la ville, en raison de son état de délabrement. (Crédit : Jonah Goldman Kay/JTA)
  • Une vue du Danube depuis la ville de Vidin, en Bulgarie, avec le nouveau pont entre la Bulgarie et la Roumanie au loin. (Crédit : AP Photo/Valentina Petrova)
    Une vue du Danube depuis la ville de Vidin, en Bulgarie, avec le nouveau pont entre la Bulgarie et la Roumanie au loin. (Crédit : AP Photo/Valentina Petrova)

VIDIN, Bulgarie (JTA) – Pendant 40 ans, la synagogue centrale de cette ville portuaire a ressemblé à la population juive de la ville – à peine existante et très vieillissante.

La synagogue, qui a été construite au 19e siècle, n’est littéralement plus que la coquille de son ancien corps. Des vignes grimpent le long des murs de pierre et les motifs complexes peints des colonnes du bâtiment ont pâli. L’un des dômes a entièrement disparu, à cause d’une bombe de la Seconde Guerre mondiale. Le toit du sanctuaire a également disparu, mais les Juifs de la ville n’en ont pas l’utilité. Avec une douzaine de membres, les Juifs de Vidin peuvent à peine former un minyan [quorum de dix hommes adultes nécessaire à la récitation des prières les plus importantes de tout office ou de toute cérémonie (NDT)].

Mais au cours des six prochains mois, la synagogue va subir une transformation radicale, pour devenir un centre culturel et un centre communautaire d’une valeur de 6 millions d’euros, tant pour les Juifs que pour les non-Juifs.

La municipalité de Vidin espère que le projet fera plus que restaurer un vieux bâtiment. La ville est nichée dans un méandre du Danube et fait partie d’une petite partie du nord-ouest de la Bulgarie qui s’avance dans un espace entre la Roumanie et la Serbie. Elle est également située dans la région la plus pauvre de l’Union européenne et, ce n’est pas une coïncidence, dans l’un des centres de population du continent qui diminue le plus rapidement. (La Bulgarie elle-même détient le triste titre de pays dont la population diminue le plus rapidement au monde).

Une vue du Danube depuis la ville de Vidin, en Bulgarie, avec le nouveau pont entre la Bulgarie et la Roumanie au loin. (Crédit : AP Photo/Valentina Petrova)

Il n’en a pas toujours été ainsi.

Lorsque la synagogue a été construite en 1894, Vidin s’industrialisait rapidement. L’architecte autrichien Friedrich Grünanger a conçu la synagogue pour en faire un monument majestueux : le bâtiment de deux étages comportait une tourelle à chaque coin, ce qui le rendait visible de loin. Des vitraux délicats et des peintures murales complexes recouvraient l’intérieur.

Grünanger s’est inspiré de la Grande Synagogue de Vienne, espérant que Vidin deviendrait un jour aussi grande et puissante que la capitale autrichienne. À cette époque, la communauté juive comptait environ
1 500 personnes, soit environ 10 % de la population de Vidin. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, ce nombre était passé à un quart, soit environ 2 000 Juifs. La communauté juive de Vidin représentait environ 5 % de la population juive totale de la Bulgarie. Sofia, la capitale, en abritait 50 %.

Contrairement à ses voisins, la Bulgarie n’a pas déporté ses Juifs pendant la Shoah (bien qu’elle ait déporté la population juive de la Macédoine voisine, que le pays a occupée pendant la guerre).

Cependant, après la création d’Israël en 1948, la Bulgarie a fortement encouragé sa population juive à immigrer dans le nouvel État juif.

La plupart des Juifs de Vidin ont accepté et sont partis pour Israël, laissant derrière eux leur synagogue détruite par la guerre. En 1949, il ne restait plus que 17 familles juives à Vidin, dont beaucoup se sont mariées et assimilées à la population.

Shelly Vladeva, à gauche, et Rosa Marinova sont membres de la communauté juive de Vidin, en Bulgarie, qui compte aujourd’hui moins d’une douzaine de membres. Elles n’utilisent plus l’unique synagogue de la ville, en raison de son état de délabrement. (Crédit : Jonah Goldman Kay/JTA)

Aujourd’hui, ce nombre s’est encore réduit. Rosa Marinova, présidente de l’organisation communautaire juive de Vidin, estime qu’il y a environ une douzaine de Juifs en ville, dont la moitié participe régulièrement aux événements communautaires.

« Nous n’avons plus de synagogue », dit Marinova. « Nous nous réunissons à l’occasion de Rosh HaShana et de certaines autres fêtes et faisons quelque chose de modeste, mais rien de formel ».

Il y a quelques années, Vidin a érigé un petit monument dans le parc central de la ville pour commémorer sa communauté juive autrefois florissante.

Sans rabbin et sans personne pour utiliser l’espace, la synagogue en mauvais état est tombée en désuétude. Dans les années 1980, la ville a tenté de rénover la synagogue avec l’aide du ministère de la Culture et de l’Institut national des monuments de Bulgarie. Mais la chute du communisme a fait échouer ce projet, laissant la synagogue sans toit.

Totalement abandonnée, la synagogue déjà décrépite est tombée dans un état de délabrement complet. L’herbe a poussé sur le sol carrelé, les colonnes métalliques emblématiques ont rouillé et les murs ont été couverts de graffitis réalisés par des adolescents du quartier.

Bien que la synagogue ait été rendue à l’organisation communautaire juive bulgare au milieu des années 2000, les quelques membres restants n’avaient aucune utilité pour la structure chancelante.

L’ancien sanctuaire de la synagogue centrale de Vidin, en Bulgarie, construit en 1894, est aujourd’hui en ruine et sans toit. La communauté locale investit 6 millions de d’euros dans la rénovation de la synagogue pour en faire un centre communautaire. (Crédit : Jonah Goldman Kay/JTA)

« Nous avons entendu pendant des années que nous devrions faire des efforts pour restaurer cette synagogue, car elle est considérée comme l’une des plus belles de Bulgarie », a déclaré Maxim Delchev, directeur de l’éducation à Shalom, l’organisation qui chapeaute la communauté juive de Bulgarie. « Mais, pour être honnête, nous ne pourrions pas mettre une tonne d’argent dans une synagogue dans une ville qui n’aura probablement pas de communauté juive dans 20 ans. »

Ainsi, lorsque la municipalité de Vidin a approché Shalom en 2017 avec une proposition visant à transformer la synagogue en un centre culturel, l’organisation juive était appréhensive mais excitée. Après tout, elle venait juste de récupérer la synagogue, et la ville s’était déjà révélée être un intendant négligent de la propriété.

Toutefois, le fait que la ville ait pris l’initiative de restaurer la synagogue et qu’elle dispose d’un plan concret à cet effet a donné de l’espoir à Shalom. Il en va de même pour les 6 millions d’euros de fonds européens qui ont été réservés au projet, dans le cadre d’un projet plus vaste de près de 1,4 milliard d’euros destiné à accélérer le développement de la Bulgarie.

Pour de nombreux habitants de Vidin, l’effort de reconstruction de la synagogue locale est leur dernière chance de créer une destination touristique qui relancera la région à court d’argent.

« Si elle ne sera plus utilisée pour la pratique religieuse, elle connaîtra une nouvelle vie en tant qu’espace culturel », a déclaré Yordan Tsenov, l’architecte du projet.

Dans toute l’Europe, des petites villes ont transformé des synagogues délabrées en espaces culturels, en musées, voire en restaurants, par le biais de la réutilisation adaptative. Ces espaces ne sont généralement pas conçus pour être exclusivement juifs. Si la municipalité de Vidin montre un réel intérêt pour la préservation de l’histoire juive de Vidin, elle y voit également une occasion unique d’attirer des étrangers – juifs et non juifs – dans la ville.

Le bâtiment ne sera plus utilisé pour la pratique religieuse, mais il connaîtra une nouvelle vie en tant qu’espace culturel.

Au cours des dernières années, le projet a lentement pris forme. Nommé d’après un artiste juif de Vidin, le centre culturel Jules Pascin abritera un musée, une salle de spectacle, une bibliothèque et un café. Il est également prévu d’installer une exposition permanente consacrée à l’histoire de la communauté juive ici.

M. Tsenov a déclaré que, bien que la synagogue ne soit plus fonctionnelle, la ville prévoit de restaurer la plupart des caractéristiques architecturales d’origine. La plupart des premiers travaux consisteront à stabiliser la structure initiale, notamment en posant une nouvelle fondation et en remplissant de béton les colonnes métalliques creuses.

Fin juin, la ville de Vidin a organisé une cérémonie de pose de la première pierre en présence du maire et de plusieurs Juifs de la communauté. La construction a commencé le mois dernier et l’ouverture du centre est prévue pour la fin de l’année 2022, sauf retard.

« C’est un bâtiment merveilleux et une partie importante de l’histoire de notre ville », a déclaré Shelley Vladeva, une autre membre de la communauté juive. « Tout le monde à Vidin – juif et non-juif – veut le voir restauré ».

Même après son ouverture, la communauté juive ne prévoit pas d’utiliser la synagogue pour les offices. Les membres continueront à organiser des dîners de Shabbat, des offices de Rosh HaShana et des seders de Pessah dans leur nouvel espace communautaire, une petite pièce près du monument de la ville à la disposition de la communauté juive. C’est beaucoup plus modeste que la synagogue, mais cela correspond beaucoup mieux à leur communauté.

De plus, ajoute Vladeva avec un sourire, celle-ci est à côté du parc.

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