USA : ces extrémistes de droite qui semblent (en majorité) ne pas haïr les Juifs
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USA : ces extrémistes de droite qui semblent (en majorité) ne pas haïr les Juifs

Les Boogaloo Bois, un groupe naissant appelant à un soulèvement contre le gouvernement, veut déclencher une nouvelle guerre civile - où toutes les ethnies sont les bienvenues

Matt Marshall du groupuscule de droite Washington State Three Percent (3%), vêtu de l'uniforme des Boogaloo - une chemise hawaïenne - prend la parole lors d'un rassemblement contre le confinement devant le Capitole d'Olympia, dans l'État de Washington, le 19 avril  2020. (Crédit : Karen Ducey/Getty Images via JTA)
Matt Marshall du groupuscule de droite Washington State Three Percent (3%), vêtu de l'uniforme des Boogaloo - une chemise hawaïenne - prend la parole lors d'un rassemblement contre le confinement devant le Capitole d'Olympia, dans l'État de Washington, le 19 avril 2020. (Crédit : Karen Ducey/Getty Images via JTA)

JTA – Des hommes se présentant aux manifestations en mémoire de George Floyd vêtus de gilets pare-balles et de chemises hawaïennes veulent déclencher une guerre civile. Ils se font appeler les Boogaloo Bois.

Ce n’est pas une blague, mais un véritable réseau d’extrémistes anti-gouvernementaux qui veulent profiter des manifestations pour inciter à un soulèvement plus large contre la police, l’armée et l’État. La semaine dernière, trois d’entre eux ont été arrêtés par le FBI pour conspiration de destruction de biens fédéraux et privés.

Ces arrestations sont l’illustration la plus visible à ce jour du réseau Boogaloo, dont les adhérents armés aspirent à une seconde guerre civile entre les Américains ordinaires et un gouvernement fédéral qu’ils considèrent comme oppressif.

Mais il y a un rebondissement : alors que la figure d’un extrémiste masculin blanc détestant le gouvernement, aimant les armes et provoquant la guerre est souvent associée à la suprématie blanche (et à l’antisémitisme), les Boogaloo Bois n’en relèvent pas pour la plupart. Les chercheurs affirment que les tenants de la suprématie blanche ne représentent qu’une part relativement faible du réseau Boogaloo, et un article du Middlebury Institute affirme que « de nombreux groupes Facebook [Boogaloo] s’efforcent de désavouer le racisme et les nationalistes-socialistes ».

Mais si de nombreux Boogaloo Bois n’aiment pas les suprémacistes blancs, certains militants suprémacistes blancs les adorent. En particulier, les soi-disant « accélérationnistes », qui veulent créer les conditions d’une guerre raciale aux États-Unis, ont utilisé un langage et une iconographie associés aux Boogaloo Bois. L’Anti-Defamation League (ADL) a découvert qu’un t-shirt de Boogaloo vendu en ligne comporte la photo du tireur qui a commis la fusillade de la synagogue de Poway, en Californie, l’année dernière.

La synagogue Habad de Poway, en Californie, après une fusillade, le 27 avril 2019 (Crédit : SANDY HUFFAKER / AFP)

« Des éléments du mouvement se croisent avec d’autres choses, y compris les suprémacistes blancs, et ils se croisent avec certains accélérateurs suprémacistes blancs qui veulent, vraiment, le chaos maintenant, le national-socialisme plus tard », indique Spencer Sunshine, qui fait des recherches sur les mouvements d’extrême droite.

Selon cette ligne de pensée, les suprémacistes blancs sont « peu susceptibles d’obtenir le national-socialisme en essayant de convaincre les gens de rejoindre un mouvement. Ils ont plus de chances de l’obtenir en créant un énorme chaos et en se faufilant ensuite par-derrière », d’après Spencer Sunshine.

L’idée du Boogaloo est née sur 4chan, un forum de discussion sur Internet populaire auprès des extrémistes. Le réseau tire son nom d’un film des années 1980 intitulé « Breakin’ 2 : Electric Boogaloo ». Les extrémistes qui plaisantent sur une seconde guerre civile l’appellent parfois « Civil War 2 : Electric Boogaloo » [Guerre civile 2], abrégé depuis en « Boogaloo ». Bois est une orthographe alternative de « Boys ».

Les sympathisants utilisent parfois des termes similaires comme « Big Igloo » ou « Big Luau ». C’est pourquoi ils ont adopté des chemises hawaïennes comme uniforme, et pourquoi les drapeaux et autres accessoires diffusés par les Boogaloo Bois comportent des images d’un igloo.

L’organisation a commencé à attirer l’attention au début de l’année lors des manifestations pour le droit du port d’armes, puis à nouveau lors des protestations contre les ordres de confinement visant à contenir la propagation du coronavirus. Les manifestations concernant le récent assassinat de George Floyd par la police de Minneapolis ont donné au groupe une autre plateforme publique.

Des citoyens américains, y compris des membres du mouvement boogaloo, manifestent contre les fermetures d’entreprises en raison de la crise de coronavirus, à la State House à Concord, New Hampshire, le 2 mai 2020. (Crédit : AP / Michael Dwyer)

En chiffres bruts, le réseau ne semble pas être grand et, selon Alex Friedfeld, un enquêteur de l’ADL, pas bien organisé. Mais ils semblent se développer rapidement. Selon le site d’investigation Bellingcat, le groupe Facebook Big Igloo Bois comptait 30 637 adeptes le 27 mai dernier. Huit jours plus tard, il en comptait 34 163. Une chaîne de l’application de messagerie Telegram appelée « Boogaloo : How to Survive » comptait 1 700 membres en novembre 2019, selon l’ADL.

« C’est un réseau très lâche et décentralisé », commente Alex Friedfeld. C’est une chose tellement nouvelle qu’on l’appelle le ‘mouvement Boogaloo’, et il n’en est pas tout à fait au stade de l’organisation structurée. Il n’en est encore qu’à ses débuts, mais nous commençons à le voir se structurer ».

L’arrestation de mercredi nous a rappelé que le groupe n’est pas seulement un groupe de personnes qui s’agitent en ligne. Les trois suspects avaient tous une expérience militaire et se rendaient à une manifestation. Ils étaient armés de cocktails Molotov lorsqu’on leur a passé les menottes. Les hommes avaient également discuté de faire exploser une sous-station électrique ainsi qu’une structure située sur un terrain fédéral, selon la plainte déposée par le procureur du Nevada.

En réponse à l’acte d’accusation, un message publié dans le groupe Facebook Big Igloo Bois disait : « Ne soyez pas ce crétin qui fabrique des explosifs à la vue de tous tout en discutant des subtilités de votre crime avec votre nouveau copain fédéral. Ces crétins ne font que retarder le travail de beaucoup de gens qui essaient de régler nos problèmes de relations publiques ».

Les Boogaloo Bois qui ont participé à des manifestations contre la brutalité policière sont souvent des sympathisants du mouvement Black Lives Matter parce que les extrémistes de Boogaloo détestent la police.

« Au sein du mouvement Boogaloo, la possession d’armes à feu et la liberté individuelle précèdent généralement les sentiments de suprématie blanche et de néo-nazisme », peut-on lire dans le document de recherche de Middlebury.

ILLUSTRATION – Un membre de la milice d’extrême droite Boogaloo Bois marche à côté de manifestants à Charlotte, en Caroline du Nord, le 29 mai 2020. (Crédit : Logan Cyrus / AFP)

Mais l’activité des suprémacistes blancs a été mise à jour lors de certains rassemblements de protestation de ces deux dernières semaines. Des membres du groupe nationaliste blanc VDARE se sont fait passer pour des journalistes de Vice et ont tenté d’amener les manifestants anti-racistes à s’identifier publiquement, selon le Southern Poverty Law Center. NBC a rapporté qu’un compte Twitter se présentant comme faisant partie du réseau antifasciste Antifa était en fait géré par un groupe nationaliste blanc appelé American Identity Movement. Mardi, Facebook a suspendu les comptes nationalistes blancs liés à deux groupes haineux, selon le New York Times.

La plupart des Boogaloo Bois ne partagent peut-être pas les idéologies de ces groupes. Mais Alex Friedfeld affirme qu’ils deviennent plus actifs dans la poursuite d’un soulèvement anti-gouvernemental – et plus disposés à se présenter en personne dans des situations déjà tendues.

« Il s’agit simplement de fournir les ingrédients d’une catastrophe », explique-t-il. « C’est un mouvement en ligne, mais nous le voyons de plus en plus se manifester dans le monde réel. Il y a six mois, on ne voyait pas les gens de Boogaloo opérer en public et maintenant, tout d’un coup, il est assez courant, lors d’une manifestation, de voir quelqu’un avec une chemise hawaïenne ».

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