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Vendu 450 M de dollars, le « Salvator Mundi » n’aurait pas été peint par Da Vinci

Le déclassement par les conservateurs du Museo Nacional del Prado intervient après des années de questionnements sur l'attribution du tableau, vendu à un prince saoudien

Sur cette photo du 24 octobre 2017, un employé pose avec le "Salvator Mundi" de Léonard de Vinci exposé dans les salles de vente de Christie's à Londres. (AP Photo/Kirsty Wigglesworth)
Sur cette photo du 24 octobre 2017, un employé pose avec le "Salvator Mundi" de Léonard de Vinci exposé dans les salles de vente de Christie's à Londres. (AP Photo/Kirsty Wigglesworth)

Le « Salvator Mundi », qui aurait été peint par Léonard de Vinci et vendu pour la somme record de 450 millions de dollars à un acheteur qui agirait pour le compte du prince héritier d’Arabie saoudite Mohammed ben Salman, a récemment été déclassé par les conservateurs du Prado.

La décision du musée espagnol de déclasser l’attribution de l’œuvre « représente la réponse la plus critique d’un musée de premier plan depuis la vente de Christie’s », a rapporté jeudi The Art Newspaper.

Depuis sa vente chez Christie’s en 2017, le tableau, dans lequel Jésus-Christ est représenté émergeant des ténèbres bénissant le monde d’une main tout en tenant un globe transparent dans l’autre, n’a pas été exposé en public, intensifiant un mystère sur sa propriété et son emplacement, et approfondissant le débat sur son authenticité.

De nombreux experts en art sont divisés sur l’authenticité du tableau, certains affirmant qu’il n’a pas été peint par le maître italien lui-même mais par son atelier.

Le Prado dispose d’un index pour une exposition de Léonard de Vinci, dans lequel les tableaux sont répertoriés comme étant soit « de Léonard », soit « œuvres attribuées, atelier ou autorisées et supervisées par Léonard ». Le « Salvator Mundi » figure désormais dans cette dernière catégorie, selon le journal.

La conservatrice Ana Gonzáles Mozo a déclaré dans un essai pour le catalogue de l’exposition que « certains spécialistes considèrent qu’il existait un prototype [du Salvator Mundi] aujourd’hui perdu, tandis que d’autres pensent que la version Cook, très controversée, est l’original ». La version Cook est le tableau appartenant à l’Arabie saoudite, ainsi nommé parce qu’il a été acheté par Francis Cook en 1900.

Des représentants des enchères réagissent après que le « Salvator Mundi » de Léonard de Vinci a été vendu pour 450 millions de dollars chez Christie’s, le 15 novembre 2017, à New York. (AP Photo/Julie Jacobson)

Mais l’expert a déclaré qu’il se pourrait qu' »il n’y ait pas de prototype peint » par de Vinci et a noté que peut-être une autre copie du « Salvator Mundi » pourrait être la plus proche de l’original perdu.

Le catalogue du Prado contient également un essai introductif de Vincent Delieuvin, conservateur de la rétrospective 2019 des œuvres de l’artiste au Musée du Louvre à Paris. Il traite de la peinture appartenant à l’Arabie saoudite, évoquant des « détails d’une qualité étonnamment médiocre. »

« Il faut espérer qu’une future exposition permanente de l’œuvre permettra de la réanalyser avec une plus grande objectivité, » conclut Delieuvin.

Le lieu où se trouve le tableau est actuellement inconnu.

Le Wall Street Journal a d’abord rapporté que le tableau de l’artiste de la Renaissance avait été acheté en 2017 par le ministre saoudien de la Culture, le prince Badr ben Abdallah, qui représentait ben Salman. Ryad n’a jamais confirmé ni infirmé cette information.

Sur cette photo du 22 novembre 2020, le prince héritier d’Arabie saoudite Mohammed bin Salman assiste à un sommet virtuel du G-20 organisé par vidéoconférence, à Riyad, en Arabie saoudite. (Crédit : Bandar Aljaloud/Palais royal saoudien via AP, Fichier)

L’oligarque russe Dmitry Rybolovlev, qui possédait le tableau avant de le mettre en vente en 2017, a allégué que le marchand d’art suisse Yves Bouvier lui a facturé des prix gonflés sur des dizaines d’œuvres qu’il a acquises pour plus de 2,1 milliards de dollars.

Rybolovlev avait chargé Bouvier de l’aider à constituer une collection d’art rivalisant avec celle d’un petit musée – notamment des œuvres de Van Gogh, Picasso, Monet, Rodin, Matisse et le « Salvator Mundi » de Vinci. Les procureurs suisses ont classé l’affaire en septembre mais Rybolovlev a déclaré qu’il ferait appel.

L’AFP a contribué à cet article.

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