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Analyse

Vidéo de Mamdani sur Netanyahu : le débat sur l’antisémitisme est relancé

Les partisans du maire crient au déni de débat, des critiques de Netanyahu jugent que le discours du maire de NY dépasse les limites et nuit à la sécurité des Juifs

Des manifestants pro-Israël participent à un rassemblement contre le maire de New York, Zohran Mamdani, à New York, le 26 juillet 2026. (AP Photo/Ryan Murphy)
Des manifestants pro-Israël participent à un rassemblement contre le maire de New York, Zohran Mamdani, à New York, le 26 juillet 2026. (AP Photo/Ryan Murphy)

JTA — En 2002, Lawrence Summers, alors président de Harvard, avait pris la parole suite à des actes anti-Israël commis sur le campus et ailleurs : il avait alors parlé d’actes « antisémites dans leurs effets, si ce n’est leur intention ».

Depuis, la réputation de Summers a été écornée pour des raisons sans rapport avec Israël, mais ses propos ont marqué les esprits. Les dirigeants juifs reprennent souvent cette phrase pour dire que même des critiques d’Israël formulées de bonne foi peuvent inspirer des actes de haine.

Ce mois-ci, la question est revenue au premier plan, comme en a témoigné la réaction de fameux rabbins et de responsables juifs à la vidéo de deux minutes et demie qui na été diffusée par le maire de New York, Zohran Mamdani, pour expliquer qu’il n’avait pas le pouvoir d’arrêter Benjamin Netanyahu en vertu du mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale qui accuse le Premier ministre israélien de crimes contre l’humanité. Dans cette même vidéo, il traite Netanyahu de « criminel de guerre » et d’« architecte d’un génocide atrocement meurtrier ».

« Un discours qui n’est peut-être pas antisémite dans son intention peut tout de même être antisémite dans ses effets, comme l’a été le vôtre », a écrit le rabbin Joshua Davidson du Temple Emanu-El dans une lettre ouverte adressée au maire.

La vidéo de Mamdani et la réaction de la communauté juive sont le signe de relations une fois de plus très tendues entre le maire et la communauté juive pro-Israël.

Depuis sa campagne pour les municipales de 2025, ce n’est pas la première fois que Mamdani se montre critique – durement d’ailleurs – envers Netanyahu ; c’est d’ailleurs ce qui lui a valu le boycott, par les autorités juives, d’un événement du Mois du patrimoine juif américain, en mai dernier. Et le mois dernier, certains de ses soutiens juifs ont pris ombrage de son utilisation du mot « monstres » pour parler de l’AIPAC, le lobby pro-Israël.

Mais cette fois, le calendrier est bien différent. Quelques jours après la diffusion de cette vidéo, un homme juif s’est fait poignarder à proximité d’une synagogue dans l’Upper West Side. Sur la plateforme de diffusion de la vidéo, le compteur flirtait avec les 200 millions de vues avant même que les autorités juives n’aient publié la moindre déclaration.

Il n’est pas certain que ce soit les propos de Mamdani qui aient inspiré l’agresseur, qui, selon des témoins oculaires, a crié en arabe « Allahu akbar » en attaquant ses victimes, un Juif donc et un asiatique (il est poursuivi pour crimes de haine contre les deux victimes.) Certains dirigeants juifs ont été plus prudents que d’autres au moment de le préciser.

Pour les défenseurs du maire, la critique légitime d’Israël, aussi dure soit-elle, n’est pas a priori antisémite, pas plus qu’elle n’est une incitation à la haine.

Les critiques de Mamdani sont eux-mêmes divisés, entre ceux qui, comme Jonathan Greenblatt de l’Anti-Defamation League, affirment que les propos du maire dénotent d’une « vision du monde antisémite », et ceux qui soutiennent que sa « vision du monde » n’est pas le problème mais que son discours anti-Israël fait que les Juifs ne se sentent plus en sécurité – quand il n’augmente pas la menace.

Les lieux d’une agression au tournevis dans l’Upper West Side de Manhattan, à New York, le 23 juillet 2026. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

Critiques et défenseurs débattent de la même question, mais sous des angles différents: certains se demandent jusqu’où un homme politique peut faire part de ses critiques envers Israël sans que cela ne devienne antisémite, dans l’intention ou dans l’effet ; d’autres estiment que le terme « antisémitisme » sert à contrôler la critique d’Israël et nourrir les craintes de la population face à un adversaire politique perçu comme tel.

Davidson et un autre rabbin influent ont invoqué la sécurité dans leurs réponses à la vidéo. Dans sa propre lettre ouverte, la rabbine Angela Buchdahl de la Central Synagogue a accusé Mamdani d’utiliser un « langage déshumanisant utilisé pour nul autre pays » et de « contribuer à créer un climat dans lequel prospèrent menaces et violences ».

Davidson a pris soin de préciser qu’il ne qualifiait pas l’attaque au couteau de « résultat direct » de la vidéo avant de passer le reste de la lettre à sous-entendre exactement cela, écrivant que le « fait [pour Mamdani] de nourrir constamment le ressentiment envers Israël » a « mis en danger » les Juifs.

Les défenseurs de Mamdani affirment que de telles accusations sont infondées, suggérant souvent que l’opposition à Mamdani vise moins à assurer la sécurité des Juifs qu’à protéger Israël face à toute forme de critique.

Un manifestant antisioniste portant un bandeau du Hamas, à New York, le 6 janvier 2025. (Luke Tress/Times of Israel)

« La communauté ne cesse de répéter : « C’est très bien de critiquer Israël, c’est très bien de critiquer Bibi » », a déclaré Mik Moore, membre du conseil d’administration du groupe progressiste de défense des droits des Juifs New Jewish Narrative, lors d’une interview. « Mais la liste des exceptions est très longue : pas trop, ou pas de cette façon, ou pas si vous ne le dites pas aussi à propos d’autres personnes, ou pas si votre travail est d’être maire de New York. »

Il a ajouté, en se référant à un concept rabbinique traditionnel qui crée des règles supplémentaires pour empêcher les gens de transgresser un commandement biblique : « Je pense que la communauté crée simplement des barrières autour des barrières autour des barrières, de sorte que l’idée selon laquelle on peut critiquer Israël est aujourd’hui vide de sens. »

Un rabbin : Le maire évoque une identité juive « moralement souillée »

Les critiques modérés de Mamdani rétorquent qu’ils ne disent aucunement qu’un homme politique ne peut pas critiquer Netanyahu. En réalité, la forte attention que le maire porte à ce sujet, ses propos durs et son anti-sionisme avoué ne font à aucun moment le distinguo entre un partisan d’Israël et un partisan du gouvernement israélien. C’est ce soutien même, tout comme le sionisme, qui devient suspect et met une cible sur chaque Juif.

C’était le point central de Buchdahl dans sa lettre ouverte au maire : « Vous continuez de diviser les Juifs entre ceux dont vous jugez la politique acceptable et les sionistes, que vous rejetez au-delà du tolérable — sachant, comme vous le savez, combien de Juifs dans cette ville sont profondément attachés à Israël, vous ne pouvez pas prétendre protéger les Juifs tout en utilisant les prérogatives de votre fonction pour parler d’une identité juive moralement souillée et mise en danger. »

La rabbine Angela Buchdahl prend la parole lors d’une réception de Hanoukka en présence du président américain Joe Biden dans la East Room de la Maison Blanche à Washington, le 11 décembre 2023. (Andrew Caballero-Reynolds/Pool via AP)

Dans sa déclaration, Mark Treyger, PDG du Jewish Community Relations Council de New York, explique que l’attention portée par Mamdani à Israël « le détourne des responsabilités locales urgentes… y compris de la réaction à une épidémie mortelle de légionellose ». (La bactérie a récemment tué cinq personnes et en a contaminé plus de 80 dans l’Upper East Side de Manhattan.)

« Diriger signifie résoudre les crises que vous avez le pouvoir de régler, pas d’en inventer que vous ne pouvez pas résoudre », écrit Treyger. En d’autres termes : restez à votre place.

Par le passé, il est arrivé que des maires de New York fassent des incursions en politique étrangère

En réalité, les maires de New York, avec leurs vastes électorats ethniques, se sont souvent aventurés dans les affaires internationales dans le cadre de leurs fonctions. Ed Koch s’est rendu en Irlande mais a fini par exaspérer les électeurs irlandais en suggérant que les soldats britanniques d’Irlande du Nord n’étaient pas des « forces d’occupation » — des propos qu’il a par la suite retirés.

En 1995, le maire Rudy Giuliani a expulsé le dirigeant palestinien Yasser Arafat d’un concert en l’honneur des Nations Unies au Lincoln Center, en déclarant qu’il serait « extrêmement offensant » d’accueillir un dirigeant comme Arafat « en raison des meurtres qui lui sont reprochés depuis longtemps ».

Avant Mamdani, les 11 maires de New York élus depuis la création d’Israël en 1948 s’y étaient tous rendus. Eric Adams, le prédécesseur immédiat de Mamdani, s’y est même rendu à deux reprises et a qualifié un jour New York de « Tel Aviv de l’Amérique ».

Le maire de New York, Eric Adams, en train de prier devant le mur Occidental, à Jérusalem, le 16 novembre 2025. (Benny Polatseck/ Service Presse Municipal via AP)

« La communauté juive a toujours été très heureuse que les maires s’expriment sur Israël lorsque c’était en soutien à Israël », explique Moore.

Pour les New-Yorkais juifs habitués à de tels gestes, en particulier ceux qui sont assez âgés pour se souvenir d’une époque où Israël était un sujet moins polarisant, le rejet du sionisme dont fait preuve Mamdani est un affront politique et personnel.

Une vidéo en forme de « coup politique » qui n’aide pas les Palestiniens, estime un chroniqueur

Le chroniqueur du New York Times Thomas Friedman, pour sa part, encourage vivement le maire à mettre à profit son intérêt pour les Palestiniens — mais pas de la manière dont il l’a fait jusqu’à présent.

Qualifiant la récente vidéo de « coup politique », il exhorte Mamdani à mettre de côté ses appels irréalistes en faveur d’une solution à un seul État et à organiser une réunion de toutes les parties concernées autour d’une voie vers deux États pour deux peuples.

« Au lieu d’être un bâtisseur de ponts entre [les musulmans et les juifs de la ville], Mamdani, le premier maire musulman de la ville, a choisi d’être un destructeur de ponts, qui utilise le conflit israélo-palestinien comme une hache », a écrit Friedman.

Au-delà du débat sur la critique d’Israël, la vidéo de Mamdani a également ravivé le débat sur l’amalgame entre le sionisme et le fait d’être juif, une confusion que les critiques comme les partisans de Mamdani accusent d’être instrumentalisée dans le débat autour de son militantisme.

Une manifestante pro-Israël crie en direction de contre-manifestants juifs ultra-orthodoxes de l’organisation anti-sioniste Neturei Karta (hors champ) lors d’un rassemblement contre le maire de New York, Zohran Mamdani, à New York, le 26 juillet 2026. (AP Photo/Ryan Murphy)

Dans une lettre ouverte publiée le 23 juillet dernier dans le Jerusalem Post à l’occasion de Tisha Beav, Dov Bleich — présenté comme un homme d’affaires juif orthodoxe de Brooklyn — a écrit que la vidéo du maire l’avait blessé non pas parce qu’elle critiquait Netanyahu, mais parce qu’elle omettait toute mention des liens qui unissent les Juifs à Israël, à la terre et à son peuple.

Bleich a suggéré que les Juifs étaient acculés à un choix qui n’en est pas un : « Soit défendre chacune des actions du gouvernement israélien, soit renoncer à notre attachement à Israël pour prouver notre innocence. Je ne ferai ni l’un ni l’autre. »

Il s’est abstenu d’imputer à Mamdani l’antisémitisme qui règne dans la ville, qualifiant cela de « culpabilité collective », mais il a soutenu que le maire avait sa part de responsabilité. Il a conclu en demandant à Mamdani d’accorder aux Israéliens et aux Juifs la même humanité qu’il a demandée aux New-Yorkais d’accorder aux Palestiniens.

Des manifestants antisionistes à New York, le 5 avril 2024. (Luke Tress/Times of Israel)

Le journaliste Peter Beinart, peut-être le plus visible des critiques juifs d’Israël, a pris le parti opposé dans le débat sur l’identité, accusant l’establishment juif d’incohérence dans sa manière de parler d’Israël et de la judaïté.

D’un côté, a-t-il dit dans sa propre vidéo, les dirigeants juifs insistent sur le fait que les Juifs américains ne doivent pas être tenus pour responsables des actions d’un gouvernement israélien. De l’autre, les dirigeants juifs américains répètent régulièrement, selon lui, « qu’il y a quelque chose d’inhérent au fait d’être juif qui vous transforme en partisan de l’État d’Israël et de la manière dont le pays traite les Palestiniens ».

Peter Beinart prend la parole lors d’un rassemblement pour la libération de Mahmoud Khalil, diplômé de l’université Columbia, placé en détention par l’ICE après des actions militantes pro-palestiniennes et anti-Israël, à Foley Square, à New York, le 20 mars 2025. (Crédit : Selcuk Acar/Anadolu via Getty Images via JTA)

Pourtant, il n’y a pas que les dirigeants juifs qui insistent sur le lien entre Israël et la judaïté, et les Juifs sont loin d’être unanimes sur le traitement réservé aux Palestiniens. Comme beaucoup d’autres enquêtes, celle du Pew Research Center a révélé que pour la très grande majorité des Juifs, « le fait de se soucier d’Israël était une partie essentielle ou importante de ce que signifie être juif pour eux ».

Pour un Juif américain pratiquant sur quatre, Israël a commis un génocide

Quant à savoir s’ils soutiennent la manière dont Israël « traite les Palestiniens », un récent sondage AP-NORC a révélé que les Juifs américains étaient de plus en plus divisés sur les politiques israéliennes. Parmi les Juifs « rattachés à une religion » — essentiellement les membres de synagogues —, la moitié déclarent que les opérations militaires à Gaza sont justifiées, et un quart estime qu’Israël a commis un génocide.

Qu’ils soutiennent ou non le gouvernement israélien, l’amalgame entre les Juifs et Israël constitue « l’un des problèmes les plus graves auxquels nous sommes confrontés », estime Jonathan Jacoby, directeur national du Nexus Project, un groupe de surveillance de l’antisémitisme positionné à la gauche de l’ADL.

« Je ne pense pas que les manifestations contre Israël devraient avoir lieu devant des institutions juives, toutes choses étant égales par ailleurs », a-t-il déclaré lors d’une interview. « Mais je comprends pourquoi, dans le contexte où des gens déclarent que le sionisme est une partie intégrante de l’identité juive, ces manifestations vont inévitablement avoir lieu. Et je pense que nous avons la responsabilité de faire attention à la façon dont nous amalgamons [judaïté et sionisme], et pas seulement pointer du doigt les autres personnes qui le font. »

Des manifestants antisionistes devant une école et une synagogue à New York, le 8 janvier 2026. (Luke Tress/Times of Israel)

Dans sa déclaration sur la vidéo de Mamdani, le Nexus Project a rejeté les accusations selon lesquelles la critique d’Israël par Mamdani était antisémite, les qualifiant d’« infondées, incendiaires et clivantes ».

En même temps, Jacoby a reconnu que Mamdani « devrait parler avec plus de prudence au sujet d’Israël et de la Palestine », citant sa remarque sur les « monstres » et son hésitation à condamner l’expression « Mondialiser l’intifada », en laquelle de nombreux Juifs perçoivent un appel à la violence.

« Il lui faut respecter la complexité des enjeux. Il lui faut comprendre la portée de ses propos », a déclaré Jacoby. À l’inverse, « Nous devons comprendre que tant que les actions d’Israël susciteront l’indignation, il y aura de plus en plus de critiques contre Israël, et que tant que les institutions juives soutiendront ces actions, elles inviteront à l’hostilité. »

À tout le moins, le débat a montré ce qu’un optimiste qualifierait de diversité de la communauté juive, et ce qu’un pessimiste qualifierait de fractures.

Dans un autre sondage mené auprès de Juifs américains « engagés », qui a été publié cette semaine par le Jewish People Policy Institute en Israël, 50 % jugent mauvaise la gouvernance de Netanyahu.

Quant à Mamdani, qui a remporté plus de 33 % des voix des électeurs juifs aux élections de 2025, les Juifs « engagés » sont globalement d’accord : 69 % des répondants ont déclaré qu’il était à la fois anti-Israël et antisémite.

Les opinions exprimées dans cet article sont ceux de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement ceux de la JTA ou de sa société mère, 70 Faces Media.

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