Washington poursuit les distributeurs des fraudes israéliennes sur Internet
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Washington poursuit les distributeurs des fraudes israéliennes sur Internet

La SEC et la CFTC ont déposé plainte contre les escrocs aux investissements qui ont orienté des clients vers les fraudeurs aux options binaires israéliennes

Simona Weinglass est journaliste d'investigation au Times of Israël

Capture d'écran d'une vidéo présentée dans une plainte déposée par la SEC contre les distributeurs affiliés présumés des entreprises d'options binaires frauduleuses (Capture d'écran : YouTube)
Capture d'écran d'une vidéo présentée dans une plainte déposée par la SEC contre les distributeurs affiliés présumés des entreprises d'options binaires frauduleuses (Capture d'écran : YouTube)

La SEC (United States Securities), autorité des marchés financiers des Etats-Unis, et la CFTC (Exchange Commission and Commodity Futures Trading Commission) ont déposé plainte, le 27 septembre, contre un groupe de 11 personnes majoritairement de nationalité américaine et qui auraient participé à une vaste fraude aux investissements basée en Israël.

Ces individus sont accusés d’avoir commercialisé des options binaires frauduleuses auprès des consommateurs américains au nom de courtiers, dont la majorité se trouvaient en Israël.

Les actions conjointes de ces deux régulateurs financiers sont les dernières d’une série de plus de dix actions exécutoires entreprises contre des escrocs des options binaires présumés, depuis la toute première plainte déposée par la SEC et la CFTC contre l’entreprise israélienne Banc de Binary qui remonte en 2013.

L’industrie israélienne aux options binaires, mise hors la loi par la Knesset au mois d’octobre 2017, aurait employé, selon des estimations, des milliers d’Israéliens et volé approximativement 10 milliards de dollars par an à des « investisseurs » floués dans le monde entier.

Les procureurs israéliens n’ont pour leur part jamais encore inculpé un seul fraudeur aux options binaires – dont un grand nombre continuent à opérer depuis Israël en toute impunité, quoique sous une nouvelle étiquette.

Quatre des accusés impliqués dans les plaintes du 2è septembre ont accepté de trouver un compromis avec les deux commissions et elles paieront un total de 8 millions de dollars en remboursement de leurs gains mal acquis présumés ainsi qu’en pénalités.

La SEC et la CFTC ont aussi déposé plainte auprès d’une cour de district de Floride contre quatre autres individus impliqués dans l’industrie : les Américains Tim Atkinson, Ronnie Montano, Jay Passerino et Michael Wright.

Ces plaintes du 27 septembre mettent en lumière une industrie peu étudiée agissant comme outil de transmission de ces fraudes en ligne, pratiquant le hameçonnage dans les messageries, faussant les moteurs de recherche et envahissant les réseaux sociaux de publicités mensongères et trompeuses vantant une richesse rapidement acquise.

Cette industrie bien développée, connue sous le nom de « marketing affilié », vante les services de courtiers désireux de colporter des produits frauduleux et nuisibles contre des commissions qui peuvent grimper jusqu’à 350 ou 400 dollars par victime harponnée. Une fois orientés vers ces sites d’arnaques aux investissements, les clients sont mis en relation avec des courtiers qui leur dérobent des sommes significativement supérieures – ce qui rend avantageuses les commissions élevées données aux intermédiaires.

Les distributeurs affiliés reçoivent une commission pour avoir vendu le produit d’une partie tierce sur internet. Tandis que le marketing affilié peut être utilisé pour vendre des produits légitimes – des livres ou des applications non frauduleuses – la partie de l’industrie qui verse les plus importantes commissions a tendance à vanter des produits comme de faux médicaments, les casinos en ligne, des arnaques au Forex et aux options binaires.

Comme le détaille l’une des plaintes déposées par la SEC, les accusés ont mis en place des campagnes de marketing présentant « des vidéos professionnelles vantant les mérites d’un logiciel gratuit de programme de trading fonctionnant par auto-pilote, supposément capable de générer de vastes bénéfices pour les investisseurs ayant ouvert des comptes conformément aux instructions qui suivaient les vidéos ».

Les vidéos produites par les accusés ont été vues des millions de fois. Plus de 50 000 personnes ont ouvert des comptes liés aux options binaires auprès de négociants escrocs, lit-on dans les plaintes déposées par le SEC et la CFTC.

Les personnes présentées dans les vidéos prétendaient qu’elles avaient gagné beaucoup d’argent grâce aux options binaires, menant désormais des vies oisives. Elles affirmaient montrer aux spectateurs potentiels de vrais relevés de comptes, présentant des soldes qui évoluaient en direct.

« Et pourtant, ce qui était présenté était entièrement de la fiction », dit l’une des plaintes de la SEC.

« Des acteurs rémunérés prétendaient être de nouveaux millionnaires. De faux témoignages affirmaient de manière mensongère qu’une grande richesse avait été acquise en investissant dans les options binaires et en utilisant le logiciel gratuit de trading permettant de les acheter. Des photos conçues de toutes pièces montraient des relevés de comptes fictifs. Les démonstrations ‘en direct » de trading avantageux n’étaient qu’une imposture ».

La SEC a publié des exemples de certaines des vidéos créées par les accusés pour tromper les victimes des options binaires.

Tandis qu’aucun des accusés nommés dans les plaintes de la SEC et de la CFTC n’est Israélien, l’une d’entre elles mentionne une entreprise israélienne sans pour autant la nommer.

Dans une section intitulée « Autres parties concernées », les avocats de la CFTC écrivent que « le partenaire est une entreprise israélienne dont le siège se situe à Tel Aviv, propriété de deux Israéliens qui mènent des activités commerciales variées liées aux options binaires. Le partenaire n’a jamais été enregistré par la commission à aucun titre quelconque. Le partenaire a travaillé avec les accusés dans leurs campagnes de marketing d’options binaires et ils ont effectué des paiements aux accusés relatifs à ces activités ».

« Par exemple, le partenaire a fourni/procuré le logiciel de trading présenté dans les campagnes des accusés et qui a été utilisé par les consommateurs pour mener des opérations sur leurs comptes. Le partenaire a également sélectionné des courtiers pour les campagnes des accusés et contrôlé les pages internet sur les sites de campagne des accusés, qui eux-mêmes orientaient les clients vers différents courtiers. En contrôlant ces liens, le partenaire a été l’intermédiaire réel – mais dissimulé – ayant orienté les clients vers divers courtiers vendant des options binaires ».

La CFTC ne nomme pas ce « partenaire » parce que sa politique interdit d’identifier des individus ou des entités spécifiques dans les plaintes, à moins qu’ils ne soient également accusés. Toutefois, dans une série de pièces à conviction présentées par la CFTC au mois de juillet dans une affaire contre le distributeur affilié Michael Shah, la CFTC a montré des paiements extrêmement importants figurant sur son compte en banque et déposés par des entreprises de marketing affilié israéliennes, notamment par Boa Elite/Affilomania, BoostAff/Wise Group Media, et Clicksure.

De manière similaire, la CFTC et la SEC ne précisent pas dans leurs plaintes avec quels sites israéliens les victimes de ces plans de commercialisation frauduleux ont finalement engagé des tractations. Néanmoins, des documents présentés dans l’affaire de la CFTC contre Shah – avec lequel ont travaillé également les plus récents accusés – impliquent les sites d’options binaires Banc de Binary, Lbinary, Optionrally, Traderush, et RBoptions.

Disparaissant avec l’argent

Une option binaire est un contrat d’option dont le gain dépend du prix d’un autre actif – comme des actions Apple, ou encore le marché de l’or et du blé. Si le propriétaire de l’action anticipe correctement la direction prise par le prix au moment d’une échéance prévue, il gagne un montant prédéterminé et, si ce n’est pas le cas, il perd alors la somme « investie » dans le marché particulier.

Dans le cas de l’industrie israélienne des options binaires, toutefois, les entreprises offrant ces contrats étaient largement frauduleuses. Elles trompaient des victimes dans le monde entier en leur faisant croire qu’elles avaient gagné de l’argent en investissant, les encourageant à investir encore davantage avant de couper tout contact avec le client et de disparaître avec les fonds.

La Knesset a rendu l’industrie des options binaires illégale au mois d’octobre 2017, en partie en raison d’une pression énorme placée sur les représentants de l’Autorité israélienne des titres lors des rencontres de l’Organisation internationale des commissions de valeur (OICV). Néanmoins, depuis cette interdiction, les forces israéliennes chargées de l’application de la loi n’ont inculpé aucun fraudeur aux options binaires.

Les initiés de l’industrie ont indiqué au Times of Israel que si cette dernière a connu un lent ralentissement au moment de son interdiction, elle a depuis repris ses activités de plus belle, commercialisant dorénavant des produits frauduleux issus du FOREX, du CFD et des crypto-devises à la place des options binaires.

Les lanceurs d’alerte qui ont tenté de tirer la sonnette d’alarme auprès de la police et de l’Autorité des titres ces derniers mois ont indiqué au Times of Israel que les responsables ont paru les ignorer.

Les options binaires se sont implantées en Israël au cours de la dernière décennie par le biais de vétérans de l’industrie en ligne du casino (notamment des expatriés américains) des Etats-Unis, du Canada et d’Allemagne d’un côté, et de personnalités du crime organisé originaires de l’ex-Union soviétique de l’autre. Un article paru dans l’édition russe de Forbes a détaillé comment des professionnels occidentaux du jeu étaient venus en Russie dans les années 1990 en important leur expertise et leurs méthodes, tout en infiltrant l’industrie locale semi-criminelle.

Depuis 2008, l’Etat juif a mis en place une politique fiscale très libérale qui permet aux nouveaux immigrants de ne pas payer d’impôts et de ne pas déclarer leurs revenus acquis à l’étranger pendant dix ans – y compris pour les entreprises fictives. L’existence et la persistance de cette loi a d’ailleurs mené l’ancien président israélien de l’Autorité fiscale à dépeindre le pays comme « l’un des paradis fiscaux les plus généreux ».

Cette loi, combinée à des autorités judiciaires qui ont fait preuve de laxisme dans ce secteur, peut avoir encouragé les criminels à immigrer en Israël et à faire du pays une base d’opérations. De tels criminels se sont unis à des malfaiteurs locaux, employant des milliers de ressortissants israéliens dans des opérations frauduleuses et créant une sous-culture délictueuse dont rien n’indique qu’elle est aujourd’hui contenue.

Jusqu’à présent, le seul pays à avoir pris des sanctions contre les fraudeurs israéliens aux options binaires est les Etats-Unis. En 2016, la firme d’options binaires israélienne Banc de Binary a accepté de payer 11 millions de dollars en remboursement et en amendes à la SEC et à la CFTC.

Au mois de juillet 2016, une cour fédérale américaine a ordonné à deux sites internet d’options binaires israéliens, Vault Options, Ltd. et Global Trader 365, de payer conjointement et individuellement la somme de 3 millions de dollars en pénalités civiles et de 1 587 731 dollars en remboursement à leurs clients trompés. Toutefois, les propriétaires de ces entreprises basées au sein de l’Etat juif ne se sont jamais rendus devant un tribunal israélien.

Au mois de juillet 2017, la CFTC a porté plainte contre Jason B. Scharf, habitant la Californie (qui vivait dans le passé en Israël) et contre des complices présumés pour avoir obtenu illégalement 14 millions de dollars à travers, entre autres, le site internet Citrades.

Au mois de mai 2018, un grand jury américain a inculpé Lee Elbaz pour une fraude aux options binaires présumée menée par le biais des sites internet BigOption et BinaryBook. Ancienne directrice-générale d’une firme d’options binaires israélienne appelée Yukom Communications. Elbaz avait été arrêtée par le FBI au mois de septembre 2017 à son atterrissage à l’aéroport JFK, alors qu’elle allait rendre visite à des amis aux Etats-Unis.

Au mois de juin 2018, le FBI et l’IRS ont arrêté un ressortissant américain, Jared J. Davis, l’accusant d’avoir exploité les sites OptionMint, OptionKing, et OptionQueen depuis le territoire des Etats-Unis. Davis utilisait la plateforme SpotOption qui opérait depuis Israël.

Au mois de juillet, le gouvernement des Etats-Unis a demandé à un tribunal de Floride d’imposer environ 75 millions de dollars d’amende et de pénalités contre le distributeur présumé d’options binaires Shah, qui travaillait en tandem avec des centres d’appels d’Israël et qui aurait orienté ses victimes américaines et d’autres vers de nombreux sites d’options binaires basés au sein de l’Etat juif.

L’enquête de la SEC la plus récente sur des distributeurs affiliés frauduleux est actuellement menée par Jason Anthony, Michael Fuchs et Deborah Maisel et supervisée par Jennifer Leete. Participent également à cette enquête sur les distributeurs affiliés, Allison V. Passman, Brigitte Weyls, Joseph Patrick, Susan J. Gradman, Scott R. Williamson, et Rosemary Hollinger, de la division chargée de l’application de la loi au sein de l’instance.

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