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Washington suspend le retour du consulat de l’AP de Jérusalem – sources

Mais l'Unité des affaires palestiniennes est dorénavant en liaison directe avec l'administration, comme c'était le cas de la mission installée dans la capitale jusqu'en 2019

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

La première dame américaine Melania Trump, à gauche, et le président Donald Trump, au centre, sur scène alors que le candidat à la présidence démocrate et ancien vice-président Joe Biden, à droite, se retire après le deuxième et dernier débat présidentiel à Nashville, dans le Tennessee, le 22 octobre 2020. (Crédit : AP Photo/Julio Cortez)
La première dame américaine Melania Trump, à gauche, et le président Donald Trump, au centre, sur scène alors que le candidat à la présidence démocrate et ancien vice-président Joe Biden, à droite, se retire après le deuxième et dernier débat présidentiel à Nashville, dans le Tennessee, le 22 octobre 2020. (Crédit : AP Photo/Julio Cortez)

Sept mois se sont écoulés depuis que le secrétaire d’État américain Antony Blinken a informé le président de l’Autorité palestinienne (AP), Mahmoud Abbas, du plan de l’administration Biden de rouvrir les portes du consulat américain de Jérusalem – mais Washington n’a encore présenté aucun calendrier concernant la mise en œuvre de ce projet.

Un diplomate, un ancien haut-responsable américains et une source proche du dossier ont fait savoir au Times of Israel, cette semaine, que l’administration avait suspendu son initiative visant à redonner vie à la mission qui servait de facto les Palestiniens et qui avait été fermée par l’ancien président Donald Trump en 2019.

Si aucune décision finale n’a été prise et que le positionnement officiel du département d’État reste que l’administration Biden « va faire avancer le processus de réouverture du consulat de Jérusalem », les trois sources confirment que le processus en question n’a pas encore débuté. De plus, même les défenseurs les plus convaincus de la nécessité de rouvrir la mission, dans l’entourage de Biden, préfèrent dorénavant consacrer leur attention aux politiques les plus susceptibles d’avoir un impact sur le quotidien des Palestiniens, indique l’ancien haut-responsable.

Cette volte-face présumée survient alors qu’Israël a clairement fait part de son opposition au projet – qui, pour être mené à bien, aurait dû obtenir le feu vert de Jérusalem. Et alors que l’État juif se prépare d’ores et déjà à affronter l’administration Biden en raison de l’insistance de cette dernière à se maintenir dans la voie diplomatique, à Vienne, pour redonner vie à l’accord sur le nucléaire moribond de 2015 qui a été conclu avec l’Iran, les États Unis semblent ne pas être désireux d’ouvrir un nouveau front sur la question du consulat de Jérusalem actuellement, affirme la source proche du dossier.

Le bâtiment du consulat général des États-Unis à Jérusalem, le 4 mars 2019. (Crédit : Ariel Schalit / AP)

La décision prise par Trump, en 2019, n’avait pas pour autant vidé le bâtiment de la rue Agron, à Jérusalem-Ouest. Les diplomates continuent à y travailler, placés sous l’autorité de la toute nouvelle Unité des Affaires palestiniennes. Toutefois, ce département est une sous-section de l’ambassade américaine de la ville – et les Palestiniens avaient considéré cette nouvelle organisation contre une rétrogradation, dans les faits, de leurs relations avec les États-Unis.

L’ex-ambassadeur américain en Israël, David Friedman, qui avait facilité la fermeture du consulat, avait justifié cette initiative en disant que l’ancienne mission affichait sa partialité anti-israélienne et que les informations transmises par son biais contredisaient parfois les notes de l’ambassade américaine qui étaient reçues par Washington. En transmettant les informations par une seule source, les communications seraient plus cohérentes, avait affirmé l’envoyé de Trump.

De leurs côté, les détracteurs de l’initiative avaient déploré une fermeture qui entraînerait des informations centrées sur le point de vue israélien, biaisées, qui empêcheraient les décisionnaires aux États-Unis d’avoir un point de vue authentiquement palestinien. De plus, après des décennies de contacts réguliers avec le consulat américain, l’AP avait cessé de travailler avec les diplomates qui y étaient stationnés – ce qui avait fortement limité l’efficacité de l’Unité des Affaires palestiniennes dès le premier jour.

Mais suite à l’annonce faite par Blinken au mois de mai, l’AP avait mis un terme à son boycott et Abbas avait accepté plusieurs réunions avec le chargé d’affaires de l’époque de l’ambassade, Michael Ratney, ainsi qu’avec le chef de l’Unité des Affaires palestiniennes, George Noll.

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas accueille une délégation américaine dirigée par le secrétaire d’État-adjoint aux Affaires palestiniennes et israéliennes Hady Amr, avec à sa gauche le chargé d’affaires de l’ambassade américaine Michael Ratney et le chef de l’Unité des Affaires palestiniennes George Noll, le 5 octobre 2021. (Crédit : WAFA)

Il est difficile de dire si la politique plus flexible de l’AP va rester en place avec cette mise en suspens de l’ouverture nouvelle du consulat. Mais, en même temps, Washington fait malgré tout un pas significatif – quoique discret – en direction du statu-quo qui était en place avant Trump.

Depuis plusieurs mois, l’Unité des Affaires palestiniennes transmet de manière indépendante ses propres informations à Washington, ont confirmé les trois sources au Times of Israel.

Sollicité, le département d’État s’est refusé à tout commentaire.

« La solution n’est pas parfaite et nous aimerions encore voir le consulat rouvrir ses portes et fonctionner comme avant. Mais dans la mesure où cela ne va pas arriver bientôt – si cela se produit un jour – il s’agit tout de même d’un changement important qui n’entraînera pas la colère des Israéliens », a commenté la source.

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, à droite, rencontre le secrétaire d’État américain Antony Blinken, dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 25 mai 2021. (Crédit : Majdi Mohammed, Pool/AP)

Alors qu’il lui était demandé comment l’AP pourrait réagir à ce processus dans l’impasse, la source a suggéré que la politique officielle d’ambiguïté pour laquelle a opté l’administration sur le sujet montre que Washington reconnaît que Ramallah ne se satisfera pas d’une solution intermédiaire. « Le sujet n’est pas en tête de la liste des priorités pour le moment, c’est tout, même si cela peut changer – peut-être quand le ministre des Affaires étrangères Lapid deviendra Premier ministre », a continué la source.

Lapid, le parlementaire centriste qui doit remplacer le Premier ministre Naftali Bennett au mois d’août 2023, s’est aligné publiquement sur le positionnement gouvernemental d’opposition à la réouverture du consulat. Mais une source officielle familière du dossier a expliqué, au début de l’année, au Times of Israel que Lapid avait changé d’avis après avoir donné initialement l’impression à Blinken que l’opposition de Jérusalem était entraînée par des histoires de calendrier et que rouvrir le consulat serait possible lorsque le gouvernement aurait adopté un budget – ce qui est arrivé au mois de novembre.

Expliquant cette volte-face présumée, David Makovsky, spécialiste au sein de l’Institut de politique proche-orientale à Washington, déclare que « Lapid ne veut donner à aucun parti de la coalition une raison de ne pas soutenir l’accord de rotation au pouvoir en 2023 ».

Analysant l’impasse sur la question du consulat, continue-t-il, « les deux parties ont campé sur leurs positions ».

David Makovsky. (Capture d’écran : YouTube)

« Le gouvernement de Bennett est réellement convaincu que Benjamin Netanyahu, dans l’opposition, exploitera toute volonté de rouvrir le consulat pour mettre l’accent sur l’absence d’attachement à la souveraineté israélienne sur Jérusalem. Et quand les gens pensent que c’est tout leur avenir politique qui en dépend, cela entraîne des positionnements sans compromis possible », note Makovsky qui a été haut-conseiller du secrétaire d’État John Kerry et qui a pris part aux négociations de paix israélo-palestiniennes en 2013 et 2014.

« La position américaine, c’est que l’administration veut démontrer que le point de vue des Palestiniens remontra directement vers les décisionnaires de Washington », dit-il.

« La conclusion la plus logique est donc de chercher des moyens créatifs pour ce faire. L’idée des informations transmises directement à Washington – si elle est réelle – permettrait de garantir que toutes les évaluations faites sur les problèmes rencontrés par les Palestiniens parviendront à Washington sans être filtrées. »

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