Yad Ezer La-Haver, au chevet de survivants de la Shoah, isolés par la pandémie
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Yad Ezer La-Haver, au chevet de survivants de la Shoah, isolés par la pandémie

L'association qui fournit aides alimentaire et médicale aux personnes âgées à Haïfa, a mis en place un centre d'appels pour assister les rescapés à distance, en permanence

Motti Liber, 88 ans, survivant de la Shoah, reçoit les soins d'un bénévole dans les locaux de la fondation Yad Ezer L'Haver, qui soutient les rescapés en leur fournissant de la nourriture ainsi qu'une assistance médicale et psychologique, à Haïfa le 24 janvier 2021. (Crédit : Emmanuel DUNAND / AFP)
Motti Liber, 88 ans, survivant de la Shoah, reçoit les soins d'un bénévole dans les locaux de la fondation Yad Ezer L'Haver, qui soutient les rescapés en leur fournissant de la nourriture ainsi qu'une assistance médicale et psychologique, à Haïfa le 24 janvier 2021. (Crédit : Emmanuel DUNAND / AFP)

Sur l’écran de l’ordinateur, le doux visage de Naomie Lichthaus apparaît. Cette Israélienne de 86 ans est en communication avec un centre d’appels qui soutient des rescapés de la Shoah, isolés et particulièrement vulnérables face à la pandémie.

Dans son petit appartement de Haïfa, grande ville du nord d’Israël, Naomie Lichthaus dispose d’une tablette sur laquelle elle peut contacter ou être contactée par le centre d’appels de l’association Yad Ezer La-Haver (« Une main tendue à un ami », en hébreu) qui vient en aide à des rescapés du génocide nazi.

Ce dimanche de janvier, Naomie demande ainsi à recevoir un déambulateur. Ni une ni deux, Mourad Marehi, un jeune bénévole, enfourche sa moto et lui apporte l’appareil.

« On est entre de bonnes mains », se réjouit Mme Lichthaus à l’arrivée de Mourad, disant toutefois pudiquement qu’avec la pandémie, « les souvenirs remontent ».

Née dans le ghetto de Tchernivtsi, ville alors roumaine aujourd’hui en Ukraine, Naomie était une fillette lorsque la Seconde guerre mondiale a éclaté. Et ce qu’elle a vu, dit-elle, « elle ne l’oubliera jamais ». Comme ce jour où deux Ukrainiens sont entrés chez elle et ont battu sa mère, parce que juive.

Naomie Lichthaus, 86 ans, survivante de la Shoah, parle par appel vidéo avec Shimon Shabag, assis au centre d’appel de la fondation israélienne Yad Ezer La-Haver, qui soutient les rescapés en leur fournissant de la nourriture ainsi qu’une assistance médicale et psychologique, à Haïfa, au nord du pays, le 24 janvier 2021. (Crédit : Emmanuel DUNAND / AFP)

« On appelle chaque jour plus de 3 500 personnes », explique Shimon Sabag, fondateur de Yad Ezer La-Haver, ONG basée à Haïfa, ville portuaire où de nombreux juifs venus d’Europe ont posé bagages.

Selon lui, les milliers de rescapés de la Shoah encore en vie en Israël ont « connu le pire » et souffrent aujourd’hui terriblement en raison de la pandémie de nouveau coronavirus qui a poussé les autorités à multiplier les confinements.

AVC, crise cardiaque, chute

Beaucoup n’ont plus de famille et connaissent des difficultés financières, dit-il à l’AFP. Ils ne peuvent pas sortir à cause des mesures de confinement, de leur âge avancé et des risques encourus.

Cet isolement fait remonter les traumatismes du passé, « les souvenirs des camps d’extermination, le manque, la peur », selon M. Sabag.

C’est pour faire face à cette détresse que son association, qui fournit depuis 2001 aides alimentaire et médicale aux personnes âgées à Haïfa, a mis en place ce centre d’appels qui permet d’assister les rescapés à distance, 24 heures sur 24, sept jours sur sept.

« On leur parle, on leur montre qu’on est là, qu’on prend soin d’eux », raconte Shimon Sabag, pour qui « la technologie a permis de donner de la chaleur aux gens ».

Shimon Shabag (à droite), fondateur de la fondation israélienne Yad Ezer La-Haver, qui soutient les survivants de la Shoah en leur fournissant de la nourriture ainsi qu’une assistance médicale et psychologique, s’entretient avec un survivant de la Shoah par appel vidéo depuis le centre d’appel de la fondation, à Haïfa, au nord, le 24 janvier 2021. (Crédit : Emmanuel DUNAND / AFP)

« Si quelqu’un ne répond pas, on envoie tout de suite sur place un de nos motards » pour voir ce qu’il se passe, explique M. Sabag. « Plus d’une fois, on a trouvé des gens par terre après un AVC, une crise cardiaque ou une chute ».

« Rue des survivants »

Non loin du centre d’appels, dans une avenue surnommée la « rue des survivants », un foyer accueille 100 rescapés du génocide en fin de vie qui sont logés dans des appartements acquis par l’association. Là, ils peuvent rompre leur solitude, et hors pandémie, se divertir.

« On est habitués à être actifs, il y a un club où on joue aux cartes mais maintenant il est fermé et tout le monde reste chez soi », déplore Sara Leibovitz, dite Sophie, 93 ans. « C’est très dur, on s’ennuie ».

Originaire de Roumanie, elle a été déportée adolescente avec sa famille dans les camps de Transnistrie où elle a vu ses parents mourir du typhus.

Règles de distanciation obligent, le réfectoire du foyer a fermé et il a fallu s’adapter pour livrer les repas.

« Yad Ezer me donne un toit, à manger, des vêtements et tout ce dont j’ai besoin », glisse Sophie qui a retrouvé le sourire en déballant le sac plastique qu’on vient de lui porter et qui contient un plat chaud.

« C’est dur parce qu’on est seuls, mais ici on a de la chance car on prend soin de nous. On nous considère, on nous respecte », déclare d’une voix essoufflée Haya Caspi, sa voisine, une rescapée roumaine de 88 ans, qui attend qu’on vienne la chercher pour aller se faire vacciner contre le virus..

Haya Caspi, 88 ans, survivante de la Shoah, reçoit un colis de nourriture d’un bénévole dans les locaux de la fondation israélienne Yad Ezer La-Haver, qui vient en aide aux rescapés en leur fournissant de la nourriture ainsi qu’une assistance médicale et psychologique, à Haïfa, le 24 janvier 2021. (Crédit : Emmanuel DUNAND / AFP)
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