Israël en guerre - Jour 495

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Yom HaAtsmaout: Les plans des Juifs américains compliqués par la refonte judiciaire

Les communautés s'interrogent pour savoir si elles peuvent - ou si elles doivent - mettre de côté la controverse politique au sein de l'État juif pour célébrer les 75 ans de son indépendance

Photo d'illustration : des familles israéliennes fêtent la journée de l'indépendance au centre communautaire juif de Palo Alto, en Californie, le 9 mai 2019. (Crédit : : Saul Bromberger/Autorisation : JCC Palo Alto)
Photo d'illustration : des familles israéliennes fêtent la journée de l'indépendance au centre communautaire juif de Palo Alto, en Californie, le 9 mai 2019. (Crédit : : Saul Bromberger/Autorisation : JCC Palo Alto)

JTA — Comme l’ont fait de nombreuses synagogues le temps passant, la congrégation Kol Ami, à Seattle, a établi un partenariat avec les Israéliens locaux pour fêter l’anniversaire du pays – un anniversaire qui s’avère être particulier cette année.

Mais Kol Ami n’organisera pas de simples festivités en 2023. La congrégation travaille actuellement avec UnXeptable, un groupe d’activistes israéliens expatriés qui protestent depuis des mois contre le plan de réforme du système de la justice avancé par le gouvernement de Jérusalem, dans le but de mettre en place ce que la congrégation a appelé « un rassemblement familial en hommage à la démocratie ». Les fidèles vont ainsi étudier la Déclaration d’indépendance de l’État juif, puis signer une nouvelle copie pour la « reconsacrer ».

« La majorité des villes vont simplement organiser un 75e anniversaire parvé et elles ne vont pas reconnaître la réalité émotionnelle vécue par un grand nombre d’Israéliens aujourd’hui », commente Yohanna Kinberg, rabbin, utilisant le terme juif désignant les produits alimentaires qui ne contiennent ni viande, ni dérivé du lait – un choix sûr, en d’autres mots.

« Nous avons tous ces gens, dans nos communautés, qui s’inquiètent au sujet de leurs amis et de leurs familles et nous allons seulement faire des danses folkloriques en mangeant des falafels ? », s’interroge-t-elle.

C’est la dynamique actuellement en jeu alors qu’Israël s’apprête à célébrer un anniversaire déterminant dans l’ombre d’un conflit politique et culturel que les Israéliens, des deux côtés du combat entraîné par le plan de refonte judiciaire avancé par le gouvernement, affirment qu’ils pourraient changer le caractère du pays pour l’éternité – et qui ont altéré les relations entre les Juifs américains et Israël.

Longtemps réticents à l’idée de peser dans les affaires intérieures d’Israël, de nombreux groupes juifs et américains et leurs dirigeants – avec des rabbins parmi eux – ont passé les derniers mois à critiquer ouvertement le gouvernement de droite, d’extrême-droite et religieux du pays pour sa tentative d’affaiblir considérablement les pouvoirs de la Cour suprême israélienne.

Aujourd’hui, alors que le plan de réforme du système de la justice est mis en pause, ces groupes ont, dans leur majorité, porté leur attention sur Yom HaAtsmaout – qui commencera, cette année, dans la soirée du 25 avril – et sur le 75e anniversaire laïc de l’indépendance israélienne, le 14 mai. Les JFNA (Jewish Federations of North America) apportent leur soutien à leurs 146 fédérations locales pour l’organisation d’une programmation dans le cadre du projet « Israel @ 75 » tandis que les synagogues issues de toutes les dénominations ont prévu des fêtes, des sessions d’études et des événements particuliers.

Avec une question à laquelle elles doivent toutes répondre : Alors que même le président israélien met en garde contre des violences politiques possibles, quelle place doivent occuper les festivités dans cet anniversaire ?

Pour Kinberg, la réponse à cette interrogation est évidente : Organiser des réjouissances seulement reviendrait « à fêter le 4 juillet alors que nous sommes au beau milieu d’une guerre civile ».

Des manifestants contre la refonte judiciaire de la coalition israélienne et le gouvernement Netanyahu lors d’un rassemblement devant le consulat d’Israël à New York, le 27 mars 2023. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

La journée de l’indépendance américaine est aussi un exemple instructif aux yeux du rabbin Erez Sherman, responsable du Sinaï Temple de Los Angeles – il en tire toutefois une conclusion différente de celle de Kinberg. Il déclare que sa communauté fête Yom HaAtsmaout comme la majorité des Américains fêtent le 4 juillet – sans plier sous les vents politiques du moment, fussent-ils mauvais.

« Est-ce que nous allons passer la journée à évoquer toutes les difficultés rencontrées par le Congrès ? », demande-t-il. « Ou est-ce que nous allons dire : ‘Ce pays est unique ? ».

Le Sinai Temple a établi un partenariat avec plusieurs organisations juives locales et notamment avec la Jewish Federation of Greater Los Angeles, le Pico Union Project et le Jewish Journal, pour sa série d’événements « Israel @ 75 » – des événements qui durent depuis des semaines. Autre sponsor pour le lieu de culte, StandWithUs, un groupe pro-israélien qui s’est impliqué dans les célébrations organisées dans plusieurs villes.

Ensemble, le consortium accueillera des concerts, des conférences historiques, des expositions et des offices de Shabbat particuliers – même si l’actualité tendue doit être évoquée à un moment ou à un autre, elle ne sera pas ainsi au centre des événements.

« Alors que nous comprenons très bien les difficultés qui se posent, il faut aussi accorder du temps aux célébrations et à l’anniversaire », dit Sherman, qui supervise la programmation des réjouissances au sein de la synagogue. « Israël n’est pas parfait, mais un monde sans Israël serait bien moins parfait qu’il ne l’est maintenant ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) et Richard Sandler, président du conseil d’administration de la Jewish Federation of North America, lors de l’Assemblée générale de la JFNA à Tel Aviv, le 24 octobre 2018. (Tomer Neuberg/Flash90)

Un exercice d’équilibriste auquel s’est également prêtée, cette semaine, l’organisation-cadre des Fédérations juives américaines d’Amérique du nord (JFNA), sur le territoire israélien cette fois, à l’occasion de sa convention annuelle au sein de l’État hébreu – un plan qui avait été décidé avant la réélection du Premier ministre Benjamin Netanyahu et la formation, par ce dernier, de son gouvernement de la ligne dure. UnXeptable avait appelé le groupe à ne pas donner la parole à cette occasion à Netanyahu, qui s’est engagé à relancer son initiative visant à réformer le système judiciaire israélien et à faire adopter ces projets de loi controversés au cours de la prochaine session de la Knesset. Cet appel au boycott du Premier ministre avait été rejeté, lundi dernier, par les JFNA qui ont estimé que « l’opportunité donnée d’entendre le président et le Premier ministre dûment élus lors de l’Assemblée générale est un symbole de la réussite israélienne ».

Ce qui est clair, c’est que les Juifs américains intéressés par l’occasion donnée de célébrer Israël lors de son 75e anniversaire ne manqueront pas d’options – festivals culinaires, carnavals et concerts… Les experts sur Israël sont aussi très demandés, avec des emplois du temps remplis d’interventions en direct et d’événements Zoom qui offrent un choix apparemment sans fin pour tous, spécialistes ou non-initiés de l’histoire et de la politique israéliennes.

Pour certains leaders juifs américains – qui ont parfois fait part de leur inquiétude face à l’engagement en faveur d’Israël au sein de leurs communautés – la diversité et l’abondance des offres est une victoire en tant que telle.

« C’est formidable d’avoir une communauté juive bénéficiant de tant de formes d’expression différentes », s’exclame Rachel Jacoby Rosenfield, rabbin et vice-présidente exécutive du Shalom Hartman Institute of North America, un think-tank qui organise sa propre série d’événements dans le cadre d’Israel @ 75 – en commençant par une conférence qui aura lieu à la Central Synagogue de New York City qui sera intitulée « Dépêches d’une nation anxieuse ».

La mairie de Beverly Hills éclairée en bleu et blanc en l’honneur de la Journée israélienne de l’Indépendance, le 14 avril 2021. (Crédit : ministère des Affaires étrangères)

Pour certains organisateurs communautaires juifs, fêter Israël et évoquer l’avenir du pays en tant que démocratie vont main dans la main, une dynamique facilitée par cette année historique et par l’invitation à organiser de multiples événements.

A Cleveland, par exemple, la fédération juive va mettre en place un « festival d’Israël » avec un concert du Shalva Band, un groupe de musiciens en situation de handicap qui avait fait son apparition dans une émission israélienne de recherche de talents. Mais la communauté accueillera aussi le journaliste israélien Matti Friedman, critique du projet de refonte judiciaire, qui fera une intervention.

La fédération a offert de petites subventions aux Juifs de Cleveland désireux d’accueillir leur propre événement dans le cadre du projet « Israel @ 75 », avec peu d’obligations à respecter concernant leur contenu.

Si les personnes désirent ainsi profiter de cette opportunité pour évoquer la lutte en faveur de la démocratie israélienne ou même débattre de la présence israélienne en Cisjordanie, ils peuvent le faire, déclare Ilanit Gerblich Kalir, vice-présidente adjointe des affaires extérieures au sein de la fédération. S’ils veulent juste accueillir « une fête en bleu et blanc », ajoute-t-elle, rien ne les empêche de le faire.

« Nous devons célébrer ce qui fait notre fierté en Israël. Il y a beaucoup de choses dont nous pouvons être fiers », explique Kalir. « Mais en même temps, ce qui nous lie à Israël est forcément affecté par ce qui est en train de se passer actuellement ».

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