Le secrétaire général sortant des Nations unies, Ban Ki-moon, a condamné vendredi un projet de loi israélien qui cherche à légaliser les avant-postes de Cisjordanie, tout en reconnaissant le parti-pris de son organisation contre l’Etat juif.

Ban s’est adressé vendredi au Conseil de sécurité au sujet de la situation au Moyen Orient, quelques semaines avant la fin de son mandat d’une décennie à la tête de l’institution internationale. Il a concentré son intervention sur le conflit israélo-palestinien, dont la résolution « peut créer une dynamique de paix dans toute la région. »

Le secrétaire général a déploré un projet de loi soutenu par la coalition gouvernementale du Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui veut « régulariser » les avant-postes illégaux de Cisjordanie de manière rétroactive. Le projet de loi cherchait à empêcher l’évacuation de l’avant-poste d’Amona, en Cisjordanie, qui doit être démantelé cette semaine, mais a été voté en première lecture la semaine dernière sans la clause qui aurait assuré la reconnaissance d’Amona et contourné un jugement de la Haute cour de justice.

L’association anti-implantation La Paix Maintenant affirme que le projet de loi de régulation légalisera 55 avant-postes et 4 000 logements d’implantations et d’avant-postes de Cisjordanie, et concernera 800 hectares de terrains palestiniens privés.

 L'avant-poste d'Amona, en Cisjordanie, le 28 novembre 2016. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

L’avant-poste d’Amona, en Cisjordanie, le 28 novembre 2016. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Ban a déclaré que si le projet de loi était voté par la Knesset, il « appliquerait pour la première fois la loi israélienne sur le statut des terres palestiniennes en Cisjordanie occupée », en violation flagrante du droit international.

« J’appelle fortement les députés à reconsidérer l’avancement du projet de loi, qui aura des conséquences juridiques négatives pour Israël et diminuera substantiellement les chances d’une paix israélo-arabe », a-t-il déclaré.

Le secrétaire général sud-coréen a appelé à l’unité palestinienne, à la fin du terrorisme palestinien et de l’incitation à la violence, et à une pause de la construction dans les implantations israéliennes pour qu’une solution à deux états puisse porter ses fruits.

« Le cadre pour la paix n’a pas changé : l’établissement de deux états, sur la base du principe de la terre pour la sécurité, et une paix régionale juste et complète, cohérente avec les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité ainsi qu’avec les accords existants signés entre les parties », a-t-il déclaré.

Ban a cependant reconnu et critiqué le parti-pris de sa propre organisation contre Israël ces dernières années.

« Des décennies de manœuvre politique ont créé un volume disproportionné de résolutions, rapports et conférences critiquant Israël, a-t-il déclaré. Dans de nombreux cas, plutôt que d’aider la cause palestinienne, cette réalité a gêné la capacité des Nations unies à remplir efficacement leur rôle. »

« Parallèlement, Israël doit réaliser que la réalité dans laquelle un état démocratique, un état de droit, maintient le peuple palestinien sous occupation militaire continuera à générer des critiques et des appels à la responsabilité. »

Ban a appelé le Conseil de sécurité à publier un engagement à la solution à deux états, déclarant que « le statu quo enracine une réalité à un état d’occupation et de conflit perpétuels. »

« Nous ne devons pas abandonner le droit de la Palestine à exister, tout comme nous devons protéger le droit d’Israël à exister en paix et en sécurité avec ses voisins », a-t-il déclaré.

Danny Danon, ambassadeur d'Israël auprès des Nations unies, devant le Conseil de sécurité, le 19 octobre 2016. (Crédit : Nations unies)

Danny Danon, ambassadeur d’Israël auprès des Nations unies, devant le Conseil de sécurité, le 19 octobre 2016. (Crédit : Nations unies)

Danny Danon, l’ambassadeur d’Israël auprès des Nations unies, a répondu aux déclarations de Ban en ciblant l’ONU.

« Le secrétaire général a reconnu la vérité évidente, l’hypocrisie des Nations unies envers Israël a atteint des records pendant la dernière décennie, a déclaré Danon dans un communiqué. Pendant ce temps, l’ONU a voté 223 résolutions condamnant Israël, et huit résolutions contre le régime syrien pendant qu’il massacrait ses citoyens ces six dernières années. C’est absurde. »

Il a déclaré espérer que le prochain secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, travaille à la modification de ce parti-pris.