Barack Obama a proposé de bâtir une coalition internationale visant à « détruire » l’Etat islamique (EI), mais les éventuels partenaires, échaudés par les expériences malheureuses des Etats-Unis en Irak et empêtrés dans leurs propres conflits régionaux, pourraient être difficiles à convaincre.

Le président américain a promis d’agir : « On doit tout faire pour organiser le monde arabe, le Moyen-Orient, le monde musulman, les rallier au reste de la communauté internationale pour isoler ce cancer », a-t-il dit mercredi en Estonie.

Mais qui participera à cette nouvelle coalition ?

Barack Obama tentera de la faire avancer durant le sommet de l’Otan au pays de Galles jeudi et vendredi, et il s’apprête à envoyer au Moyen-Orient son secrétaire à la Défense, Chuck Hagel, son secrétaire d’Etat, John Kerry, et la coordinatrice antiterroriste de la Maison Blanche, Lisa Monaco.

« Le défi est effectivement très grand, étant donnés les multiples intérêts contradictoires existant dans la région », dit Nora Bensahel, du Center for a New American Security. Mais « c’est absolument essentiel pour les pays qui veulent que l’EI soit vaincu ».

Le terme de coalition ravive le souvenir de la solide alliance montée par le président George Bush en 1990 et 1991 contre Saddam Hussein, mais aussi celle, plus fragile, de son fils George W. Bush en 2003 pour envahir l’Irak.

Toute nouvelle coalition devrait prendre la forme d’un groupe moins ouvert, reflétant la réalité géopolitique d’une région volatile et en plein chambardement.

L’éventualité d’un accord entre l’Iran et l’Arabie saoudite, qui mènent par procuration le conflit régional entre chiites et sunnites, pour qu’ils n’interfèrent pas dans leurs initiatives respectives contre l’Etat islamique, est intrigante. De même que le soutien apporté par Washington au gouvernement chiite de Bagdad, qui est soutenu par Téhéran.

Mais Washington exècre le régime du président syrien Bashar el-Assad, aidé par l’Iran et la Russie, deux adversaires des Etats-Unis.

L’administration Obama rejette l’idée d’une cause commune avec Assad, qu’elle considère comme un criminel de guerre. Mais Bachar al-Assad profiterait de toute frappe américaine contre l’Etat islamique sur le territoire syrien, dont les jihadistes contrôlent de grandes portions et où ils ont établi leur fief.

En Irak, les bombardements américains contre l’EI ont permis aux forces kurdes et irakiennes de reprendre plusieurs zones. Mais en Syrie, les Américains n’ont pas de partenaire pour l’après-EI, Barack Obama étant accusé par ses détracteurs de n’avoir pas assez aidé les rebelles syriens « modérés ».

Manque de dextérité diplomatique

Toute coalition anti-EI requerrait un rôle conséquent des Européens.

Mais des questions demeurent sur l’engagement britannique, près d’un an après la révolte du parlement contre le Premier ministre David Cameron, qui souhaitait participer à la campagne de bombardements en Syrie en raison de l’utilisation d’armes chimiques par le régime.

François Hollande, en revanche, a dit mercredi qu’une réponse « si nécessaire, militaire » était envisageable.

La réalité d’une coalition signifie que nombre d’opérations pourraient rester clandestines, car initiées par la CIA et les services secrets de pays comme la Turquie, la Jordanie et l’Arabie saoudite.

Une coopération entre Washington et Téhéran resterait tacite.

D’autres activités, comme l’exclusion du système financier international de l’EI, seraient davantage publiques.

Mais il ne faut pas s’attendre à un renouvellement « de la grande coalition de 1991 », estime Brian Katulis, du Center for American Progress. « La région est totalement différente ».

Une ultime incertitude concerne, enfin, Barack Obama. Depuis son élection, il a tenté avant tout de mettre fin aux engagements militaires américains en Irak et en Afghanistan, et a essayé de rééquilibrer la politique étrangère américaine vers l’Asie.

Or l’établissement d’une coalition aussi complexe nécessite un niveau d’engagement, et de dextérité diplomatique, dont les Etats-Unis de Barack Obama n’ont pas vraiment fait preuve au Moyen-Orient.

Surtout que le capital politique du président américain s’épuise, à deux ans et demi de la fin de son mandat, et alors qu’il a admis n’avoir pas encore de stratégie formelle contre l’EI.

Mais Matthew Olsen, directeur du Centre national antiterroriste, a expliqué mercredi que le Liban, la Turquie, la Jordanie et l’Arabie Saoudite travaillaient déjà « à la fois ouvertement et moins ouvertement » avec les Etats-Unis contre l’EI.

« Il y a toutes les raisons de penser, étant donné ce qui s’est passé jusqu’à présent, que ça va s’unifier », a dit ce responsable du renseignement.