Paris a connu une attaque terroriste sans précédent dans les locaux d’un magazine satirique, descendant du célèbre Hara kiri qui a vu le jour en 1960.

Dès cette époque, l’équipe comprend Francis Blanche, Topor, Fred, Reiser, Wolinski, Gébé, Cabu. Autrement dit, des noms de dessinateurs et caricaturistes qui illustrent cet art qui critique en se moquant.

En 1992, après avoir affronté divers interdits de publication (rappelons au passage le titre tristement célèbre : « Bal tragique à Colombey – un mort », suite à la mort de Charles De Gaulle), l’équipe décide de les contourner en modifiant le titre du support.

Désormais, celui s’appellera Charlie Hebdo, qui tire son nom du personnage principal du comic strip Peanuts, Charlie Brown, – le maître de Snoopy, le fameux chien de la BD.

Par ailleurs, Une société par actions est établie, Les Éditions Kalachnikof (cruelle ironie du sort), détenue à environ 80 % par Philippe Val et Cabu, les rendant indépendants. Pas de ligne éditoriale clairement affichée, mais une volonté de faire part d’une large diversité d’opinions.

Le support s’éloigne d’autres publications jugées anti-américaines. Tariq Ramadan, petit-fils du fondateur des Frères musulmans, est conspué dans un édito de Philippe Val, qui le traite de « propagandiste antisémite » (édito du 15 novembre 2003).

Enfin, le journaliste fustige une partie de la gauche à qui il prête des opinions antisémites au nom de l’antiracisme, en pointant du doigt la conférence de Durban de 2001 organisée par l’UNESCO contre le racisme, où le sionisme a été assimilé à une idéologie raciste.

En 2006, l’hebdomadaire fait le choix, au nom de la liberté d’expression, de publier des caricatures du prophète Mahomet. Avec les vives réactions suscitées, le quotidien Libération avait donné la parole aux dessinateurs dont Charb qui a été assassiné aujourd’hui.

Stéphane Charbonnier - Charb - (Crédit : Coyau / Wikimedia Commons / CC-BY-SA-3.0)

Stéphane Charbonnier – Charb – (Crédit : Coyau / Wikimedia Commons / CC-BY-SA-3.0)

« J’ai vu les dessins, c’est énormément de bruit pour pas grand-chose. En France, je parle pour Charlie, on a publié des représentations du prophète qui étaient beaucoup plus choquantes que ce qui a été publié au Danemark. Une fois, une association musulmane très minoritaire et plutôt discrète a intenté un procès à Charlie parce qu’un dessin avait mis en scène le prophète. Ils sont allés en justice, ils ont perdu. À Charlie, avant qu’on soit embêtés par les musulmans intégristes, on a eu affaire à l’extrême droite catholique. Ça s’est terminé normalement devant les tribunaux, ils ont perdu et voilà. Ils attaquent pour tester en espérant gagner et que la législation change. Les juifs, on doit constater qu’ils ne nous font pas chier. Dans Charlie, on traite surtout de l’Église catholique parce qu’elle est encore très majoritaire ».

« Quand c’est Charlie Hebdo, la critique ne porte pas sur les musulmans mais sur l’aliénation dans la foi, » avait indiqué Luz, un autre dessinateur.

Un manifeste des douze est publié le 1er mars 2006 pour dénoncer l’islamisme, au nom d’ « une lutte globale qui oppose les démocrates aux théocrates. » Il est signé par Ayaan Hirsi Ali, Chahla Chafiq-Beski, Caroline Fourest, Bernard-Henri Lévy, Irshad Manji, Maryam Namazie, Mehdi Mozaffari, Taslima Nasreen, Salman Rushdie, Antoine Sfeir, Philippe Val, Ibn Warraq.

Bien que le manifeste s’oppose à l’islamophobie, en affirmant, « renoncer à l’esprit critique par peur d’encourager ‘l’islamophobie’, concept malheureux qui confond critique de l’islam en tant que religion et stigmatisation des croyants », le texte est dénoncé pour avoir confondu islam et islamisme.

Je suis Charlie ou pas ?

Aujourd’hui, les adeptes du réseau Twitter ont créé un hashtag #JeSuisCharlie pour dénoncer l’acte terroriste à l’encontre d’un symbole de presse qui mettait la liberté au-dessus de tout.

Cependant, un autre hashtag a été créé #JeNeSuisPasCharlie. Certains remettent en cause les positions défendues par le journal vis-à-vis de l’islam. D’autres soulignent leur désaccord face au terrorisme mais privilégient leur amour pour le prophète Mahomet.

Sur Facebook, la tendance est au partage de photos où l’on peut lire le même slogan.

La page officielle de Charlie Hebdo avait publié un dessin destiné au chef du groupe terroriste de l’État islamique.

Ou bien :

Des manifestations se sont organisées à Londres pour dénoncer cet acte terroriste.

Plus de 100 000 personnes se sont rassemblées dans toute la France mercredi soir pour rendre hommage aux victimes de l’attentat sanglant contre l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo, selon un décompte de l’AFP.

A Paris, 35.000 personnes se sont réunies place de la République, non loin du siège de la rédaction de Charlie Hebdo, selon la police. Beaucoup arboraient un autocollant noir ou une pancarte sur laquelle on pouvait lire « Je suis Charlie », un slogan de solidarité envers les 12 victimes.

Dans les deuxième et troisième villes du pays, Marseille (sud-est) et Lyon (centre-est) ils étaient 7.000 et entre 10 et 15 000 respectivement.

A Toulouse, quelque 10 000 personnes s’étaient rassemblées, selon des chiffres de la police.

L’ancien président israélien a quant à lui opté pour une lettre pour manifester son ressenti :

L’ancien président Shimon Peres a adressé une lettre de condoléances au peuple français à la suite de l’attaque meurtrière.

Le président Shimon Peres (Crédit : chatham house/Flickr/CC BY 2.0/Wikimedia commons)

Le président Shimon Peres (Crédit : chatham house/Flickr/CC BY 2.0/Wikimedia commons)

Peres, très proche des dirigeants des organisations médiatiques françaises, et ayant inauguré le cercle des medias français il y a peu, a fait parvenir le message suivant aux françaises et français :

« Les cœurs de chacun de nos citoyens sont avec le peuple français aujourd’hui. C’est la France en tant que pays qui a établi la liberté à la base de ses valeurs fondamentales qui a été attaquée ce matin. Nous partageons le deuil des familles des nombreuses victimes de cette atrocité. Ils étaient des soldats de la liberté, tombés dans l’accomplissement de leur devoir. »

« Ceci est une véritable bataille entre le monde civilisé qui lutte pour la liberté, et les sombres groupes qui ont recours à de telles tueries aveugles. Le choix devant nous est clair – la liberté ou le terrorisme. Les deux ne peuvent coexister. Je suis convaincu que, malgré la douleur, la liberté l’emportera. Chacun d’entre nous, partout, doit se joindre au combat de cette plaie. »

Pour Nicolas Sarkozy, il a choisi la vidéo :

A vous de choisir votre moyen d’expression. Charlie Hebdo l’a choisi.