JTA – La Cathédrale Notre-Dame au cœur de Paris figure parmi les sites les plus visités de la planète ; elle est un magnifique exemple de l’architecture gothique.

Chaque année, des millions de visiteurs affluent pour admirer et photographier ses arcs-boutants et ses statues, mais peu nombreux sont ceux qui font attention à deux éminentes statues de femmes placées de chaque côté de l’entrée principale.

Celle de gauche est vêtue de beaux vêtements et baignée de lumière, tandis que celle de droite a les cheveux en désordre, et un grand serpent drapé sur ses yeux comme un bandeau.

Les statues, connues sous les noms respectifs d’Ecclesia et Sinagoga sont un motif fréquent dans l’art médiéval et représentent la doctrine théologique chrétienne appelée supersessionisme, selon laquelle l’Eglise est triomphante et la Synagogue vaincue.

Sinagoga est représentée ici avec la tête baissée, le bâton cassé, les Tables de la Loi glissant de ses mains et une couronne tombée à ses pieds. Ecclesia se tient debout avec la tête couronnée et porte un calice et un bâton orné de la Croix.

La Sinagoga échevelée, les yeux bandés avec un serpent, est un motif commun dans l'art médiéval, représentant la suppression de l'Église. (Crédit : Toni L. Kamins / JTA)

La Sinagoga échevelée, les yeux bandés avec un serpent, est un motif commun dans l’art médiéval, représentant la suppression de l’Église. (Crédit : Toni L. Kamins / JTA)

Alors que le débat sur les limites de la liberté d’expression et ce qui devient une incitation à la violence a été soulevé par l’attaque meurtrière de janvier contre le journal satirique français Charlie Hebdo, des représentations se moquant des Juifs et du judaïsme et encourageant à la violence antisémite ont été affichées dans toute l’Europe depuis le début du Moyen-Age.

À une époque où l’alphabétisation était rare, ces images étaient les caricatures politiques et les affiches de l’époque.

Les risées et les carnages qu’elles engendraient étaient à la fois systématiques et encouragés par le gouvernement. Qui plus est, la plupart des images et des statues restent visibles si vous savez où chercher. En voici quelque unes.

Judensau

Wittenberg, en Allemagne, est connue comme la ville où Martin Luther a cloué ses 95 thèses sur la porte de l’église du château de Wittenberg et où la Réforme protestante a commencé. Mais sur la façade de l’imposante Stadtkirche, l’église où Luther prêcha, figure un autre motif médiéval connu sous le nom Judensau (la truie de Juifs).

Cette Judensau qui date de 1305 montre des Juifs tétant le lait d’une truie, tandis qu’un autre se nourrit à l’anus de l’animal.

Au-dessus se trouve une inscription en lettres latines, « Rabini Shem hamphoras », ce qui se réfère aux mots hébreux « Shem HaMephorash », l’un des noms cachés de Dieu.

L’accusation de crime rituel

L’accusation de crime rituel en Europe, une fausse allégation selon laquelle les Juifs assassinaient des enfants chrétiens afin qu’ils puissent utiliser leur sang pour faire des pains azymes, est probablement originaire d’Angleterre avec l’assassinat de William de Norwich en 1144, suivie par des accusations à Gloucester (1168), Bury St. Edmonds (1181), Bristol (1183) et Lincoln (1255). Elle s’est rapidement propagée comme un cancer à travers tout le continent.

Cette plaque au Palazzo Salvadori à Trente, en Italie, illustre le martyre supposée de Simon de Trente aux mains des Juifs (Crédit : Wikimedia Commons / JTA)

Cette plaque au Palazzo Salvadori à Trente, en Italie, illustre le martyre supposée de Simon de Trente aux mains des Juifs (Crédit : Wikimedia Commons / JTA)

La Cathédrale de Tolède en Espagne comporte une fresque représentant l’assassinat rituel présumé de Christopher de La Guardia à proximité d’une de ses portes de sortie – on voit d’un côté un homme maléfique traînant un enfant tandis que sur l’autre côté l’enfant est crucifié.

Au Palais Salvadori à Trente en Italie, qui a été construit au 16e siècle sur les fondations d’une synagogue, deux plaques qui illustrent le martyre de Simon de Trente par des Juifs (supposément infligé par des Juifs), en 1475, furent fixées sur le portail au 18e siècle.

Certaines des victimes supposées de crimes rituels – William de Norwich, Affaire Hugues de Lincoln, St. Christopher de La Guardia et Simon de Trente – ont été canonisées, mais, en 1965, le Concile Vatican II de l’Eglise les a enlevées du canon, a interdit leur culte et absous les Juifs de toute culpabilité dans ces meurtres.

Malheureusement, certains catholiques croient encore à la diffamation et continuent à célébrer ces saints chaque année.

Il y a des milliers de représentations de Ecclesia / Sinagoga, de Judensau et de crimes rituels sur les églises, dans les peintures, vitraux, sculptures sur bois et dans les manuscrits médiévaux de toute l’Europe.

Pendant ce temps, l’accusation de crime rituel continue à être portée en différents endroits du monde tels que la Biélorusssie, le monde arabe et, bien sûr, sur Internet.

Jésus de Prague

Cette statue sur Pont Charles de Prague combine un crucifix avec des lignes de la prière Kedushah et a un aleph à l'envers (Crédit : Toni L. Kamins / JTA)

Cette statue sur Pont Charles de Prague combine un crucifix avec des lignes de la prière Kedushah et a un aleph à l’envers (Crédit : Toni L. Kamins / JTA)

A Prague, le pont Charles du 15e siècle, situé sur la rivière Vltava, relie la vieille ville au Château de Prague.

Quelque trente statues longent la passerelle piétonne, mais une seule est susceptible de faire grincer les dents des Juifs – Jésus, sur une croix, entourée par les mots hébreux « Kadosh, Kadosh, Kadosh, Adonaï Tzva’ot » (saint, saint, saint est le Seigneur des armées) de la prière juive connue sous le nom Kedushah.

La statue et l’inscription, dont les origines sont contestées, se sont appropriées la liturgie juive pour insinuer que les Juifs considèrent Jésus comme Dieu.

Elias Backoffen, un leader de la communauté juive, a été contraint, en 1696, de payer les lettres plaquées or, en punition pour un blasphème réel ou monté de toutes pièces par un homme d’affaires juif concurrent.

Des plaques explicatives en anglais, tchèque et hébreu ont été ajoutées en 2009, après que le maire de la ville a été saisi par un groupe de rabbins nord-américains.

Notez-bien la lettre ‘aleph’ dans le mot ‘Tzva’ot’ – elle est à l’envers. Un signal secret pour d’autres Juifs ?

Non : l’inscription a été enlevée par les nazis pendant l’occupation de Prague, et quand les Tchèques ont restauré les lettres après la guerre, ils ont fait une erreur. Et le ‘vav’ de ‘Adonaï’ ? Il semble avoir disparu.