Le directeur de Breaking the Silence a réagi à une décision du ministère public qui a classé l’affaire contre le porte-parole de l’organisation, Dean Issacharoff.

Le Bureau du Procureur a clos son enquête contre le porte-parole du groupe de gauche Breaking the Silence, après avoir conclu que ses aveux sur le fait d’avoir battu un Palestinien étaient faux.

La police avait ouvert une enquête contre Dean Issacharoff qui avait affirmé lors d’un rassemblement en avril qu’il avait brutalement battu l’homme pendant son service militaire à Hébron.

En septembre, les autorités ont réussi à retrouver Hassan Julani, le Palestinien qu’Issacharoff a déclaré avoir agressé. Alors que Julani a confirmé qu’il avait effectivement été arrêté en février 2014, comme l’avait dit Issacharoff à la police, le Palestinien a insisté sur le fait qu’aucune violence n’a été employée pour l’appréhender.

En conséquence, les procureurs ont annoncé jeudi qu’ils clôturaient l’enquête contre le porte-parole de l’ONG car les témoignages du Palestinien en question et de plusieurs soldats qui ont pris part à l’arrestation se recoupent et permettent d’affirmer « que les événements qu’il a décrits ne se sont pas produits. »

L’organisation controversée, qui diffuse des témoignages de soldats sur des violations des droits de l’Homme en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, a provoqué la colère des responsables israéliens et s’est attiré la critique de ceux qui remettent en question l’authenticité de ces témoignages, pour la plupart anonymes.

Réagissant à la décision du procureur, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a tweeté : « Breaking the Silence, ment et diffame nos soldats sur la scène internationale. Aujourd’hui, au cas où quelqu’un aurait un doute, cette allégation a reçu une preuve supplémentaire. La vérité a gagné ».

La ministre de la Justice, Ayelet Shaked, qui avait approché le procureur général Avichai Mandelblit avec une demande d’enquête sur Issacharoff en juin, a également salué la décision de clôturer l’affaire.

« Il s’avère que le porte-parole de Breaking the Silence est un menteur qui diffame l’Etat d’Israël devant le monde », a-t-elle déclaré jeudi dans un communiqué.

« Bravo aux camarades de sa compagnie qui ont refusé de rester indifférents et qui ont refusé de rester silencieux face à son mensonge. Il est bon que la vérité soit révélée au sujet de cette organisation, qui fait de l’argent au détriment des soldats de l’armée israélienne et des citoyens israéliens. »

Pour sa part, l’oganisation Breaking the Silence a déclaré au Times of Israel qu’elle avait enquêté sur les affirmations de son porte-parole – comme elle le fait à chaque témoignage qu’elle reçoit d’anciens soldats – et a trouvé des témoins qui corroboraient les faits relatés par Issacharoff.

Dans un communiqué, le PDG de Breaking the Silence Avner Gvaryahu a rejeté l’annonce du ministère et a déclaré que « ce qui a commencé par une demande politique du ministère de la Justice est devenu une enquête politique et s’est terminée en une conclusion politique et tordue. Le procureur d’État Shai Nitzan est devenu un esclave politique du ministère de la Justice », qui a exhorté la police a enquêté sur Issacharoff pour suspicion de crime de guerre.

« Si cette affaire avait été jusqu’au tribunal, la vérité aurait éclaté au grand jour », a affirmé Gvaryahu. « Quiconque pense qu’il peut y avoir une occupation sans violence est plein d’illusions. »

Ayelet Shaked, ministre de la Justice, pendant la réunion de la commission de nomination judiciaire au ministère, à Jérusalem, le 22 février 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Il a poursuivi en affirmant que le témoignage de Julani avait été obtenu sous la contrainte. « Quand des policiers israéliens de Hébron enlèvent un Palestinien de sa maison et l’interrogent sur un incident survenu il y a trois ans, il va probablement dire tout ce qu’il peut pour les satisfaire et leur fournir ce qu’ils veulent », a estimé le groupe.

L’avocate d’Issacharoff, Gaby Lasky, a remis en question la motivation des enquêteurs. « Tout au long de l’histoire de l’occupation israélienne, un dossier n’a jamais été ouvert aussi rapidement, la victime palestinienne n’a jamais été localisée aussi rapidement et aucune décision de classer l’enquête sans suite n’a été prise aussi rapidement. Cela éveille des soupçons quand aux motivations politiques derrière cette enquête, et le fait qu’elle n’ait pas été fondée sur des considérations pertinentes », a-t-elle déclaré dans un communiqué.

L’un de ses anciens camarades, Ruben Silverstone, a pris également la défense d’Issacharoff. Il a affirmé qu’il se devait de prendre la parole après que quelques membres de leur compagnie ont « tenté de ternir la réputation de Dean ».

Dans un message vidéo posté jeudi soir, Silverstone a déclaré qu’il s’était rappelé être témoin de l’incident, comme Issacharoff l’avait décrit. « Ce jour-là, nous faisions partie d’une force de sécurité chargée des émeutes. Nous avons arrêté une personne, et Dean lui a donné un coup de genou pour l’arrêter. Ce sont des faits. Ce n’est pas un mensonge, et je voulais juste mettre les choses au clair », a-t-il déclaré.

Lors du rassemblement au mois d’avril, Issacharoff a raconté que son unité d’infanterie de la brigade Nahal était déployée à Hébron et qu’elle avait régulièrement à faire face aux manifestants palestiniens qui jetaient des pierres. Une fois, raconte-t-il, son commandant de compagnie lui a ordonné de menotter un Palestinien, plus tard identifié comme Julani, qui résistait passivement à l’arrestation.

Issacharoff a décrit comment, avec ses soldats et son commandant, ils ont attrapé le Palestinien par la nuque et qu’ils « ont commencé à lui mettre des coups de genoux au visage et à la poitrine jusqu’à ce qu’il saigne et soit étourdi » avant de le traîner pour l’appréhender.

« En tant que soldat, je n’ai jamais su gérer quelqu’un qui résiste de manière non-violente », a déclaré Issacharoff au rassemblement.

Un mois après qu’Issacharoff a raconté son histoire au rassemblement, Reservists on Duty, une organisation qui travaille pour « exposer les véritables intentions » de Breaking the Silence, a publié une vidéo dans laquelle d’anciens membres de son peloton, y compris son commandant, le traitaient de menteur.

Des étudiants protestent durant une conférence de Breaking the Silence à l’université hébraïque de Jérusalem, le 22 décembre 2015. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

En juin, Shaked a déclaré à la radio militaire qu’elle allait demander au procureur général d’ouvrir une enquête sur les crimes de guerre contre Issacharoff, ce que les critiques ont dénoncé comme une tentative de discréditer Breaking the Silence en démontrant qu’Israël enquêtait sur les allégations d’abus contre les Palestiniens.

« Le porte-parole de Breaking the Silence se lève et dit qu’il a lui-même commis un crime contre un Palestinien et l’a frappé à coups de poing », a déclaré Shaked. « Si c’est vraiment ce qui s’est passé, il devrait faire l’objet d’une enquête et être puni. Si cela ne s’est pas produit, l’Etat doit déclarer officiellement que cela n’a pas eu lieu. »

Breaking the Silence avait déclaré au Times of Israel à l’époque qu’il ne céderait pas à la pression de Shaked et qu’il ne se laisserait pas détourner de son objectif.

« Si la ministre de la Justice pense qu’en sautant hypocritement sur un témoignage d’un militant de Breaking the Silence, elle réussira à décourager les soldats de témoigner et de s’opposer à l’occupation, elle commet une grave erreur », avait affirmé le groupe dans un communiqué.

« Parce qu’il n’y a qu’une seule façon de nous arrêter, c’est en mettant fin à l’occupation. »